As primeras 200 linias.
Ça, c'est chez moi,
dans le quartier du Mile-End, à Montréal, au Canada.
Tout le monde croit que je suis un Canadien français.
Parce que moi, je rêve, moi, je ne le suis pas...
Parce que moi, je rêve,
moi, je ne le suis pas...
Les gens qui ne croient qu'à leur vérité
m'appellent Léo Lozeau.
On dit de lui qu'il est mon père.
Mais moi, je ne suis pas son fils,
parce que cet homme est fou et que moi, je ne le suis pas.
Parce que moi, je rêve, moi, je ne le suis pas...
Parce qu'il se tenait caché, je n'ai jamais vu
le visage de mon vrai père.
Buon giorno, signor.
Aaah!
Aaah!...
Chut! Chut! Chut!...
Aaah!...
Ah... Ah... Ah... Ah... Ah...
Ah... Ah... Ah... Ah... Ah...
Devant l'affolement de ma mère,
le docteur n'a pas eu le courage de lui dire
qu'elle était enceinte d'une tomate contaminée.
Depuis ce rêve, j'exige qu'on m'appelle Léolo Lozone.
Personne n'a le droit de dire
que je ne suis pas ltalien.
L'ltalie, c'est trop beau
pour n'appartenir qu'aux ltaliens.
Entre ma chambre et la Sicile,
il y a 6 889 kilomètres.
Entre ma chambre et le logement de Bianca,
il y a 5,80 mètres.
Et pourtant...
Elle est tellement plus loin de moi.
Bianca, mon amour...
ll suffit de trois mots pour écrire: ''Bianca, mon amour...
J'ai pris le chemin le plus court.''
Léo, va te coucher!
Léolo!
Léolo Lozone!
Je m'appelle Léolo!
Ta gueule, Bozo!
Ferme la porte, calvaire, on gèle!
Léo, dans ta chambre!
Je ne cherche pas à me souvenir
de ce qui se passe dans un livre.
Tout ce que je demande à un livre,
c'est de m'inspirer ainsi de l'énergie et du courage,
de me dire ainsi qu'il y a plus de vie que je peux en prendre,
de me rappeler ainsi l'urgence d'agir.
C'était le seul livre de la maison.
Je ne me suis jamais demandé comment il était arrivé là.
ll était épais.
Les mots serrés les uns sur les autres
demandaient beaucoup d'efforts de concentration
pour livrer leurs secrets.
À la maison, je n'avais jamais vu personne lire ou écrire.
La télé et les panneaux publicitaires
occupaient mon esprit.
Au début, j'en lisais les passages soulignés
sans trop comprendre.
Je me souviens d'avoir voulu abandonner
parce qu'il n'y avait pas d'images.
''Je trouve mes seules vraies joies dans la solitude.
''Ma solitude est mon palais.
''C'est là que j'ai ma chaise, ma table, mon lit,
''mon vent et mon soleil.
''Quand je suis assise ailleurs que dans ma solitude,
''je suis assise en exil, je suis assise en pays trompeur.
''Parce que moi, je rêve,
moi, je ne le suis pas...''
Parce que moi, je rêve, moi, je ne suis pas fou...
J'avais commencé à écrire tout ce qui me passait par la tête.
Ma famille était devenue les personnages d'une fiction,
et j'en parlais comme des étrangers.
Aussi loin que je me souvienne,
ce sont les odeurs et la lumière
qui ont soudé mes premiers souvenirs.
Ma grand-mère avait convaincu mon père
que la santé venait en chiant.
Chut, chut, chut...
Pleure pas, mon chéri.
Fais comme maman.
Pousse, Léo.
Pousse, mon amour.
''D'aussi loin que je me souvienne,
''ce sont les odeurs et la lumière
''qui ont soudé mes premiers souvenirs.
''Ma grand-mère avait convaincu mon père
que la santé venait en chiant.''
Alors tous les vendredis,
nous devions subir un traitement-choc au laxatif
pour nous purifier de toutes les maladies du monde.
Léo!
Léo, Léo, Léo...
Léo...
Léo...
Léo...
Viens, Léo, viens voir papa.
Viens, mon gars,
ça fera pas mal.
La marde était devenue
une obsession dans la famille.
Aussi loin que je me souvienne,
il y avait un rat dans la baignoire.
Puis, il y eut un soir où il y avait aussi une dinde
que ma mère avait gagnée au cinéma.
Elle était grosse et sale.
Ce qui lui restait de plumes
était tout humide et sentait mauvais.
Fais comme maman.
Pousse...
Pousse...
Pousse, mon amour.
Chut...
Chut! Chut! Chut!
Pleure pas, mon chéri, fais comme maman.
Chut...
Fais comme maman.
Chut...
Pleure pas, mon chéri, fais comme maman.
Tut, tut, tut...
Chut...
Lui, c'était le dompteur de vers.
Le dompteur passait ses nuits
à fouiller dans toutes les poubelles du monde.
ll ne s'intéressait qu'aux lettres et aux photos.
ll portait chaque sourire,
chaque regard,
chaque mot d'amour ou chaque séparation
comme s'il s'agissait de sa propre histoire.
: ...lnappropriée,
émotive et amoureuse.
Mais faut-il chercher inutilement à l'attendrir?
Aucun mur, si translucide soit-il, ne m'empêchera...
Le dompteur croît que les images et les mots
doivent se mêler avec la cendre des vers
pour renaître dans l'imagination des hommes.
ll faut rêver, Léolo,
il faut rêver.
ll m'a fallu longtemps pour comprendre
qu'il était la réincarnation de Don Quichotte
et qu'il avait décidé de se battre contre l'ilotisme
et de me protéger du gouffre de ma famille.
Parce que moi, je rêve, moi, je ne le suis pas...
Moi, je ne le suis pas.
Juste le papier. Commence pas à ramasser des vidanges.
ll y a rien à faire avec ça. ll est cassé.
Même si le disque était brisé,
je me souviens
d'avoir gardé l'album pour sa pochette.
Envoye, Léo! Je te paie pourtravailler!
Hi, Moe.
He, Moe...
Are you still buying from the little frog brothers?
Listen, listen, Moe. l'll get you all the paperyou need
at a better price.
l'm serious, Moe.
Léo, ramasse le reste puis mets-le dans la voiture.
ll travaille bien, ce petit Léo, hein?
Fernand...
t'écoutes pas.
Le papier, c'est ma business.
Tu peux pas continuer à me faire de la peine comme ça.
On s'entend?
Lozeau...
Écoute-moi, Lozeau.
ll va falloir que tu changes de ruelle,
parce qu'ici, c'est chez nous.
Fernand...
Depuis ce jour, la peur avait donné à mon frère Fernand
une raison d'être.
Envoye, ti-cul, mets plus de roches,
il faut que ça soit pesant.
Envoye, mets-en, mets-en!
C'est pas grave si ça déborde.
Plus jamais Fernand n'aurait peur de personne.
Quand mon frère sera une montagne,
moi aussi, je n'aurai plus peur.
J'irai dans toutes les ruelles du monde
dire aux crottés de cette terre ce que je pense d'eux.
Malheur à ceux qui ne pencheront pas la tête sur notre passage.
Même les Arabes et les Juifs auront peur de moi
tellement je serai haut, debout sur les épaules de mon frère.
Je me réveille très tôt.
Mon retour du champ des rêves est brutal
face à l'entrée du pays du quotidien.
Comme depuis toujours, je dors avec Fernand.
Un grand lit, celui des grands-parents,
usé par mes parents et brûlé par nous.
Ma main gratte des chiques de gomme collées sous le matelas
qui datent du temps où mon père avait peur de réveiller ma mère
avec son haleine d'homme des tavernes.
''Malheur à ceux qui ne pencheront pas la tête
''sur notre passage.
''Même les Arabes et les Juifs auront peur de moi
tellement je serai haut, debout sur les épaules de mon frère.''
Si tu te laves les mains,
tu peux venirt'asseoir puis manger de la tarte.
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