As primeras 200 linias.
T'es con. Tu le savais, que tu recevrais cette lettre.
Les trois jours sont passés.
Ça fait 3-4 ans. Tu aurais pu trouver un psy
pour te faire un dossier béton.
- Viens pas pleurer, maintenant. - Arrête. Il est con, il est con.
On va pas l'enfoncer. Il faut qu'on trouve une solution.
- Moi, j'ai peut-être une idée. - Ben vas-y.
C'est un pote de Saint-Étienne qui m'a expliqué.
Il faut se droguer. C'est le seul problème. À l'héroïne.
Non mais attends... Tu me vois, moi, me shooter ?
Ça va. Tu es pas obligé de te shooter.
L'héroïne, ça peut se sniffer.
Il s'y connaît, François.
Ben ouais, son père est dealer.
Tu dis être prêt à tout, mais tu as déjà peur.
Fais-toi chier une semaine et tu gagnes un an.
Tu prends de l'héroïne, et tu arrives défoncé.
De toute façon, ça se voit vite.
Ils vont d'abord te faire remplir une sorte de questionnaire.
Tu mets que tu as des problèmes, que tu te drogues...
À la prise de sang, ils verront que c'est vrai.
Ensuite, tu vas passer devant le psy.
Quand il te demande comment tu te paies tes doses,
tu lui dis, sans en faire des tonnes, très timidement,
que tu vends un peu, à droite, à gauche.
Et là, je te jure que les mecs vont te foutre dehors.
C'est obligé.
Ils ne vont pas incorporer un dealer !
Ou alors, ils appellent la police.
Non. Je ne crois pas, ça...
Tu "crois pas", ou tu es sûr ?
- Je crois pas. - C'est n'importe quoi.
Vous êtes des gamins.
La drogue, ça s'apprend pas en deux jours.
Il connaît pas. Nous non plus.
Il y a des endroits où ça s'achète, des doses, des rues spécialisées...
Même s'il en a dans le sang, le psy verra qu'il veut l'entuber.
C'est pas des imbéciles, ces mecs-là.
Regarde. Combien ça coûte, un gramme de coke, à Paris ?
Bon ben alors, tu vois ?
On en revient toujours au psychiatre. Vous en connaissez pas un ?
Nous, on connaît plutôt leurs clients.
Fais l'armée. Ça te fera du bien. T'as vu comment t'es fait ?
Tu as l'exemple de ton cousin.
Il a fait l'idiot, il s'est retrouvé avec le pire.
Oui. Dans l'infanterie de marine.
Un an, c'est quoi, franchement ?
Tu es maigre, tu fais pas de sport, tu prends pas l'air.
Au fond, ça serait très bien.
Le service militaire, ça dure combien de temps, maintenant ? 10 mois ?
Dis pas n'importe quoi, maman, s'il te plaît.
Avec tes diplômes, tu pourras demander à devenir sous-officier.
C'est bien, d'apprendre à commander.
Et puis, si tu deviens conservateur,
même dans un tout petit musée,
il faut savoir diriger son monde.
Arrêtez, s'il vous plaît.
Vous savez pas ce que c'est.
Avec qui je vais vivre pendant un an ?
Ça va être une horreur.
Être étudiant, déjà, ça la fout mal.
S'ils savent que c'est en histoire de l'art, je passerai pour un pédé.
Je peux passer un an avec ces types-là.
J'ai pas le temps !
J'ai un programme bien établi.
J'ai mon mémoire à terminer. J'ai mes exposés, mes examens...
J'ai passé du temps dans les musées,
c'est pas pour perdre mes contacts pour ça, pour l'armée !
- T'énerve pas, Benoît. - Je m'énerve pas.
On est d'accord avec toi !
Il faut que tu fasses attention à pas risquer beaucoup plus que 10 mois.
On veut pas que tu souffres.
On préférerait te voir dans un musée, ou à la fac en train de travailler,
plutôt que de te voir faire des pompes à l'armée. Ça, oui !
Vous êtes sûrs que vous connaissez pas un psychiatre, en réfléchissant ?
Un collègue avec une femme médecin,
un camarade d'école ou un parent d'élève, quelqu'un...
Non, non...
Et puis, en trouver un en une semaine,
qui accepte de faire cette fausse lettre pour un inconnu ?
- Ça va pas être facile. - Non, malheureusement.
J'ai trouvé votre nom dans le minitel.
Dans le minitel ?
Dans le minitel.
Bon. Je vous le répète. Je ne peux pas vous faire de lettre.
Ça ne se passe pas comme ça. Je ne veux pas perdre ma place.
Simplement, si vous voulez avoir une chance,
ne vous empêchez pas de dormir,
et ne "buvez pas comme un trou", comme vous me l'avez suggéré.
C'est exactement le type de cliché, excusez-moi, de connerie,
qui va vous amener là où vous ne voulez pas aller.
Vos amis vous l'ont conseillé,
mais ça a très peu de chances de réussir, vous savez.
Les malades soignés en psychiatrie n'ont pas des têtes de zombies.
Ils sont sous antidépresseurs, sous calmants, sous somnifères.
Ils ont plutôt des joues de bébé. Vous comprenez ?
Bon. Alors... Là-bas... Écoutez bien, c'est très important.
Vous ne devez surtout pas mentir au psychiatre.
Si vous mentez, il le verra tout de suite.
Ce qu'il faut, c'est que vous exagériez les problèmes
que vous pouvez avoir,
ou que vous avez eu. Mais ne surtout pas en inventer.
Vous allez dire que vous êtes en dépression.
Vous êtes en traitement pour une dépression nerveuse.
Ensuite seulement, votre médecin entamera une psychothérapie.
Ça, seuls les vrais malades peuvent en parler.
Pour la dépression, vous allez prendre tout ça.
Ça va vous mettre dans un état, disons... Intéressant.
Ça va vous aider. N'ayez pas peur.
Ça, le Rohypnol,
c'est un hypnotique.
Pas un somnifère.
Ça veut dire que ça vous endort tout de suite.
Vous devez prendre ça au lit, pas dans le métro. Vous comprenez ?
D'accord.
Pour le reste, vous suivez l'ordonnance.
Présentez-la au psychiatre de l'armée s'il vous la demande.
Mais je ne peux pas faire plus. C'est déjà beaucoup.
Vous me devez 400 francs.
Je vous souhaite bonne chance.
Ici, l'objet sacré exposé, c'est le corps de Marie lui-même.
Son corps fécond.
Et regardez bien.
Par le truchement de sa robe,
Marie devient un autre tabernacle dans le tabernacle.
Celui qui s'entrouvre sur le sacré par excellence,
c'est-à-dire sur la vie du Christ.
Cette ligne sinueuse, délicate,
est soulignée, indiquée par sa main-même.
Cet écho, cette sorte de mise en abyme,
entre ces ouvertures, entre l'ouverture du tabernacle baldaquin,
l'ouverture suggérée dans le tissu
sous le poids et le volume de l'enfant,
et enfin, l'ouverture, certainement fantasmée,
sur le corps de la femme, c'est ça, l'invention extraordinaire.
- Alors, ça approche ? - Encore deux jours.
L'invention, qui est respectueuse du dogme,
et qui est extraordinairement audacieuse.
Allez !
Dépêchons, dépêchons !
Allez, ça traîne, ça traîne !
Bien ! Je me présente. Sergent-chef Poiccard.
Je m'occuperai de vous durant votre incorporation.
Vous êtes le groupe n°1.
Alors, rappelez-vous. Groupe n°1, sergent-chef Poiccard.
D'abord, on va manger au réfectoire.
Certains n'ont rien mangé depuis ce matin.
Ensuite, on ira au foyer, où vous trouverez tout un bazar.
Déposez vos bagages dans vos chambres.
Vous suivez la flèche rouge. Allez !
Vous n'avez pas de bagages ?
Je crois que je les ai oubliés dans le RER.
Allez, c'est pas grave.
Dis, toi. J'ai dit la flèche rouge.
- Commence pas à jouer au con. - Excusez-moi, chef.
Allez, hop ! Vous faites passer derrière vous.
Excusez-moi. J'essaie, mais j'y arrive pas.
C'est pas un problème.
Vous repassez demain matin. Ça ira très bien.
C'est par là.
Ce soir, vous dormirez à l'infirmerie.
Non. Je veux dormir avec les autres.
Ne discutez pas. C'est un ordre.
Parfait.
Parfait.
Est-ce que votre médecin vous a donné une lettre pour moi ?
Oui...
Je peux l'avoir ?
Le problème, c'est que j'ai oublié mon sac dans le RER et...
J'ai perdu toutes mes affaires.
Vous me prenez pour un imbécile ?
Non, non... Je vous assure.
Parfait.
Vous allez sortir.
Et ayez la gentillesse de faire rentrer le suivant.
Merci.
Alors ?
Alors, t'as voulu baiser le psy ?
Tu veux tous nous baiser ! Je t'ai repéré.
T'es dans la merde ! J'en ai maté d'autres !
Petit con ! Je vais te dresser, connard !
Bon, les gars.
Le foyer va ouvrir.
Vous pouvez aller aussi à la salle de télévision.
Pour rappel, l'extinction des feux, c'est 22 h 30.
Demain, lever à 5 h 30.
Et il y a le coiffeur.
Bande de cons !
Merde !
Sergent !
C'est pas vrai. Allez, les gars, aidez-moi.
Il va mourir ?
Dis pas de conneries. Aide-moi à l'emmener.
Alors, Clermont, tu veux jouer au con ?
Tu vas voir si tu vas gagner.
Ben voilà. Ça va être bon.
Il a ce qu'il voulait. Le trou du cul.
Regarde-moi ça.
"Et que je me coupe une veine, et je prends des médicaments,
"et que je me fais pousser la barbe..."
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