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PARIS, 3 JUIN 1940
BUSSY, CENTRE DE LA FRANCE UNE SEMAINE PLUS TARD
Tout débuta par un orage en juin.
Juste avant que les premières bombes...
allemandes ne tombent sur la banlieue de Paris.
Les gens terrifiés fuyaient la ville par tous les moyens.
Mais à la campagne la guerre semblait si loin...
et j'étais absorbée par un conflit beaucoup plus proche.
Tu ne t'es pas encore habillée ?
On va être en retard.
On doit vraiment sortir aujourd'hui ? - Pourquoi pas ?
Ma belle-mère, madame Angellier, refusait d'accepter la défaite...
même si les premiers réfugiés arrivaient de Paris.
Trois ans plus tôt, j'avais épousé son fils, et j'avais emménagé à Bussy.
Gaston était parti combattre, elle estimait que...
je devais apprendre à gérer ses biens.
Alors tous les mois on allait voir nos locataires...
Le dimanche, car madame savait qu'ils étaient chez eux.
Ne fais pas de bruit. Pour voir comment ils vivent vraiment.
Elle aimait les surprendre.
Moi ça m'horripilait.
Vous avez eu des nouvelles de votre fils ?
Pas depuis une semaine. Et vous ?
Aucune nouvelle de nos fils. - On dit que Paris va capituler.
Les gens disent toutes sortes de choses.
Lucile ?
Madame, c'est une grande ferme et c'est difficile sans mes frères.
Reporte ça sur le mois prochain.
Si je fais des exceptions, Gaston n'aura bientôt plus de maison...
Pour quoi se sera-t-il battu ?
Viens, Lucile.
Bonjour.
Ils ne veulent pas payer le loyer, mais cette fille porte des bas en soie.
Tu as vu ?
Ça paraît dur, mais la faiblesse n'entraîne que des abus.
Quand Gaston reviendra, il retrouvera une femme qui sait comment gérer...
On devrait faire demi-tour. - Non !
On doit acheter des pommes de terre et encore toucher 4 loyers.
Crétin !
Ça a l'air lourd. - Il peut se débrouiller.
Que vous doit-on ?
4 francs.
Merci.
Il y a d'autres autos sur la route. De Paris.
Mon père disait :
'Si tu veux savoir comment sont vraiment les gens, déclenche une guerre.'
Qu'est-ce que c'est ?
Va voir si ce cortège est long.
Avancez !
Avancez !
Pardon, ma femme est épuisée. Nous venons de Paris à pied.
Elle peut se reposer dans votre auto ?
Bien sûr.
Mon Dieu...
Ce sont les nôtres ? - Ce sont toujours les leurs.
A plat ventre !
Anna !
Anna ?
Merci. - Lucile ?
Il faut s'écarter de la route. Pouvez-vous nous conduire à la ville la plus proche ?
Hé, vous !
Eloignez-vous de mon auto !
Lucile ! Monte !
Quand je te dis de faire quelque chose, fais-le.
Les enfants !
Ceci était donc la guerre.
Paris était soudain descendu sur Bussy.
Des femmes et des enfants qui échappaient aux bombes...
en quête de nourriture et d'un toit.
Tu veux de l'eau ?
Mais l'ennemi les avait suivis.
Ecartez-vous !
Madame Perrin, je suis Lucile Angellier, la femme de Gaston.
Ecartez-vous, bon sang !
Fuyez ! Ils arrivent !
Peuple abandonné, fiez-vous au soldat allemand !
La peur s'était emparée de la ville.
D'après certaines rumeurs, un régiment était en route vers Bussy.
Je ne laissai que le strict minimum dans le bureau de Gaston.
Madame Angellier préférait voir ses affaires brûler que tomber entre les mains ennemies.
Citoyens de Bussy...
une immense tragédie a frappé notre nation.
Des millions de gens ont fui leur maison, des milliers ont perdu la vie.
Et le son d'une génération de jeunes hommes, courageux, demeure incertain.
Dieu seul sait ce que l'avenir nous réserve...
ainsi qu'au pays dont on ne peut plus dire qu'il est le nôtre.
Nous devons faire front ensemble.
Nous devons faire fi de tout ce qui nous sépare de nos voisins.
Nous devons former un seul bloc, une seule famille sous la protection de Dieu.
Ils sont déjà là.
Prions.
Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié...
que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour et pardonne-nous nos offenses comme nous...
pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal. Amen.
Sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain...
une nouvelle constitution française est d'application.
Celle-ci garantit le droit du travail...
de la famille...
et de la Patrie.
Vous avez été vaincus et c'est nous qui commandons.
Toutes les armes doivent être remises aux autorités allemandes demain matin.
Et comme l'écrit notre Führer :
'Le glaive sera notre charrue et des larmes de la guerre...'
Ils vont rester combien de temps ? - Aucune idée.
'...naîtront les générations à venir.'
Je refuse de vivre à l'heure allemande.
Ceux qui doivent héberger un officier...
doivent attendre leur arrivée chez eux.
Ne pas le regarder, ne pas parler.
Madame ?
Madame Angellier ? - Je suis le lieutenant Bruno Von Falk.
Vous m'attendiez ?
Madame ?
Je vais essayer de ne pas vous déranger. Il ne me faut qu'une chambre et un bureau.
Excusez-moi.
Pardon, mais je ne peux pas être en retard.
Il n'avait pas parlé d'un chien.
Rentrez chez vous ! Couvre-feu !
Que Dieu bénisse ces offrandes. Et ceux qui ne peuvent être ici.
Préservez-les du danger. Protégez-les.
Amen.
Madame ?
Puis-je vous demander la clé du piano et du bureau ?
Je vous promets d'être très précautionneux.
Marthe va vous donner la clé.
Bonne soirée.
Il va sûrement jouer l'hymne national allemand.
Vous avez trouvé un logement ?
Oui, merci.
Tu as déjà vu celle-ci ?
On doit accepter l'argent allemand et on ne peut pas sortir après 21 heures.
Et que Dieu te vienne en aide s'ils voient que tu écoutes de Gaulle à la radio.
Vous en avez un aussi ?
Un officier.
Le prix à payer quand on a la plus belle maison du village.
Et vous ?
Personne. L'avantage quand on a la plus laide.
Pourquoi me regarde-t-elle ainsi ?
Vous ne savez pas ?
Votre belle-mère a relogé sa famille dans la grange.
Des fugitifs parisiens occupent la maison, et elle a doublé le loyer.
Nom, profession, adresse ?
Benoit Labarie. Fermier. Domaine de Montmort.
Suivant !
Vicomtesse ? - Benoit ?
Excusez-moi. Votre femme et vos enfants étaient à l'église. Et vous ?
Je travaillais. Mais vous ignorez le sens de ce mot.
Benoit, surveille tes paroles.
On est leurs locataires depuis des générations.
Et ils ne nous font que des ennuis.
Quel est le mot français pour pot-de-vin, Bonnet ?
Voyez ça comme un présent.
Un présent ?
On peut parler seul à seul ? Il s'agit d'un problème délicat.
Laissez-nous seuls, Bonnet.
Asseyez-vous.
Il s'agit de la présence de Bonnet dans notre château.
Il provient d'une famille nantie.
J'attache beaucoup d'importance à trouver un logement adéquat pour mes hommes.
Tous les habitants sont soumis à la même loi...
y compris le maire et le vicomte. Compris ?
Il s'agit de ma femme.
L'idée que quelqu'un d'autre habite chez nous la met mal à l'aise.
On pourrait peut-être trouver un autre arrangement ?
Et mon premier lieutenant ?
Je suis sûr qu'on lui trouvera un logement adéquat.
Il peut loger dans la ferme des Labarie. Elle se trouve sur notre propriété.
Entrez, les filles.
On va devoir s'y habituer, je le crains, ainsi qu'à tout le reste.
Il n'y avait plus eu d'hommes en ville depuis un moment.
Les mères des soldats français regardaient...
avec dégoût les Allemands et les maudissaient.
Je peux vous aider ? - Mais les jeunes femmes regardaient .
Vous êtes superbe. Quel est votre nom ?
Céline... C-É-L-I-N-E.
Céline, puis-je te parler ?
Puis-je porter vos sacs ? Je vais quand même par là.
Vous pouvez dire 'non, merci'.
Ce n'est pas pour ici.
Ça ne va pas te plaire.
Pour te rassurer : tous ceux qui peuvent se le permettre le font.
Ma belle-mère faisait semblant que la guerre nous avait unis...
mais les nantis pensaient toujours à eux-mêmes...
et les autres pouvaient aller se faire voir.
Des gens comme Benoit et Madeleine n'auraient jamais fait de réserves...
même s'ils en avaient eu l'occasion.
Voici pour vous.
On a des réserves de nourriture...
si vous voyez ce que je veux dire.
Gaston vous manque sûrement ? Avoir quelqu'un à qui parler.
En effet.
Vous lui écrivez ?
On ignore où il est.
Ecrivez, dans ce cas. Vous vous sentirez mieux.
Benoit aurait voulu prendre la place de Gaston, pour se battre comme un homme.
Vraiment ?
Si vous ne me croyez pas, posez-lui vous-même la question.
On peut vous aider ? Mesdames...
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