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RUSE
NOM COMMUN
STRATAGÈME UTILISÉ POUR TROMPER
Bonjour.
Bonjour.
Vous cherchez quelque chose ?
Oui, une édition reliée d'Une femme noire.
Une édition reliée... Oui, j'ai ça.
Merci.
Je connais pas bien les œuvres de Hurston.
Elle est brillante.
C'est un cadeau pour mon prof.
Étudiante ?
Je prépare un doctorat.
Columbia ? NYU ?
- NYU. - Cool.
C'est quoi, le sujet de votre thèse ?
"Redéfinir le radicalisme : l'essor du féminisme noir."
C'est pas rien.
- Ça avance ? - Lentement.
Très lentement.
Très impressionnant.
Ça fera 15 dollars.
Merci.
À suivre : "In a Sentimental Mood",
avec John Coltrane.
Je connais
un petit resto japonais sur Mott Street.
Si vous êtes libre, je vous invite à dîner.
Désolée.
- Vous devez avoir un copain ? - Non. Je suis célibataire.
Je suis célibataire et ça me va très bien.
Oui, bien sûr, je comprends.
Votre carte passe pas.
J'ai encore dépassé le plafond. J'ai...
J'ai peut-être du liquide.
Vous savez quoi ?
Prenez le livre.
Non, si jamais un client le veut.
Il peut le commander en ligne.
C'est bon. Revenez le payer plus tard.
Merci.
Promis, je repasserai.
Merci.
Au revoir.
"Vous devez avoir un copain ?"
Blaireau.
Vous voyez qui je suis ?
J'ai l'argent.
Ça pouvait attendre.
Comme ça, c'est fait.
Merci.
Gardez la monnaie.
Merci.
À un de ces jours.
Ça marche.
- Bonne soirée. - À vous aussi.
Ce matin, vous m'avez invitée à dîner.
Oui, désolé, je voulais pas...
Je voulais accepter.
J'étais plantée là,
en espérant que vous m'invitiez et vous l'avez fait et...
Je sais pas, j'ai paniqué.
Vous avez paniqué ?
J'ai paniqué.
- Je m'appelle Sandra. - Tom.
Enchantée, Tom.
Enchanté.
Mott Street ?
C'est par là.
- Après vous. - D'accord.
J'ai mon sac à dos.
Oui, moi aussi, c'est rien. On sera...
- L'équipe... - Des sacs à dos.
J'étais en mode : "Dans quoi je me suis embarqué ?"
Une nouvelle, c'est une chose.
Mais un roman, c'est 300 pages...
- Voire plus. - Exactement !
Ils me payaient, j'avais une obligation de résultat.
T'as fait quoi ?
Une crise d'angoisse d'un an et j'ai écrit un bouquin atroce.
Arrête, t'exagères.
Je te jure, une cata.
Ils l'ont pas publié.
Aïe...
- Désolée. - C'est pas grave.
Au moins, j'ai gardé l'avance.
T'écris toujours ?
Pas vraiment.
J'ai perdu ma mère et...
Je sais pas trop, c'était une période glauque...
J'ai lâché l'affaire.
J'ai perdu mes parents, très jeune.
Je suis désolé.
Ça a dû être dur.
Et finalement,
j'ai pris en main la librairie.
Ça m'a sorti de ma dépression, si on peut dire.
Ça me prend tout mon temps.
C'est chouette d'être entouré de livres.
C'est génial.
Après le décès de mes parents,
avec mon frère, on a enchaîné les familles d'accueil.
Une fois, on vivait avec un couple qui avait une super collection de romans.
Un soir, j'ai commencé Jane Eyre.
J'étais face à un personnage qui vivait les mêmes choses que moi.
Je voulais pas que ça s'arrête.
Je l'ai fini et je l'ai relu d'une traite.
Depuis, j'adore lire.
Jane Eyre, hein ?
Jane Eyre.
Je peux te montrer un truc ?
La vache.
L'édition originale ?
Tu me dis la vérité ?
Oui.
Comment je peux en être sûre ?
Certains profs sont insupportables.
Il a dit : "La vaginalisation de la littérature allemande."
- La quoi ? - Je suis sûre que ce mot existe pas.
- Où t'as appris à cuisiner ? - J'ai étudié un an à Florence.
Tu parles italien ?
Je me débrouillais bien,
mais je suis un peu rouillée.
Ça t'a plu, l'Italie ?
J'ai de super souvenirs.
Elle a réussi !
Mais mon copain de l'époque était un abruti.
Et toi ?
Où t'as appris l'italien ?
Ma mère était italienne. Et j'ai regardé les films de Fellini.
J'adore Fellini.
T'as déjà eu le cœur brisé ?
Une fois ou deux.
Tu me plais beaucoup.
C'est réciproque.
J'ai besoin de toi.
- Fais pas ça. J'ai que toi ! - Jason, arrête.
Pitié, arrête.
- Va-t'en. - Je t'en prie.
Ouvre la porte. Sandra, ouvre la porte !
Putain !
Sale conne !
Ça va ?
C'était qui ?
Mon frère.
Il a besoin d'argent.
Jason a eu moins de chance.
Certaines familles d'accueil...
C'était l'enfer.
T'y peux rien.
Je sais, mais...
c'est ma seule famille.
Toutes les familles heureuses se ressemblent. Etc.
À chaque fois, je me fais avoir, mais je l'aide quand même.
C'est mon frère.
Je l'aime.
Vas-y, souffle, juste là.
- Plus fort. - Allez !
Ça y est, c'est bon.
Quand t'as connu Tom ?
Ça fait quelques semaines.
- On dirait que ça fait plus longtemps. - Oui, c'est assez intense.
On dirait une bibliothécaire sexy ou un truc dans le genre.
C'est la fille de tes rêves.
Je sais, elle est...
incroyable.
- T'as étudié où après le lycée ? - À Vassar.
Sérieux ? Moi aussi.
Tu me disais quelque chose. T'as fini quand ?
2014.
2016.
Tu traînais souvent au Mug ?
Entre nous, j'étais un rat de bibliothèque.
Mais le dis pas à Tom. Je lui cache mon côté intello.
Ravi de voir que tu vas mieux.
T'étais dans un sale état.
J'étais juste un peu déprimé.
OK, ça a dégénéré, mais qui n'a pas de pensées suicidaires ?
C'est pas drôle. Plaisante pas avec ça.
- Arrête. - Je sais, d'accord.
Mais...
je vais bien.
Je vais super bien, même.
C'était assez fou.
On s'est rencontrés à la librairie.
Pourquoi on finit toujours chez moi ?
Comment ça ?
Je veux voir où tu vis.
C'est pas très confortable, chez moi.
Mon appart, c'est pas vraiment un palace.
Non, c'est pas ça.
Je vis avec mon père et sa nouvelle femme et...
avec mon père, c'est conflictuel.
Je le déçois.
Toutes les familles heureuses...
Etc.
Mais de toute façon,
il est très malade.
Je suis désolée.
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