The Rules of the Game

The Rules of the Game (La Règle du jeu)

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Zveřejněno: 2016-09-02
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Radio-Cité vous parle.

Il est exactement 22 heures, 10 heures.

Nous venons d'arriver à l'aérodrome du Bourget

où nous essayons de nous frayer un passage dans la foule

venue pour accueillir le grand aviateur André Jurieux,

qui vient de réaliser une performance étonnante.

Il a traversé l'Atlantique en 23 h, performance qui n'a d'égale...

Attention au fil !

Performance qui n'a d'égale, mes chers auditeurs,

que celle réalisée il y a une douzaine d'années

par Charles Lindbergh.

Un remous se produit dans la foule.

Le voilà ! Le voilà !

André Jurieux est arrivé à bon port.

Il vient d'exécuter un magnifique atterrissage.

La foule envahit le terrain

et veut franchir les barrages de gardes mobiles.

Je vais essayer d'en faire autant.

On ne passe pas, c'est défendu.

Bravo, Jurieux.

Très bien.

Le ministre n'a pas pu venir.

Mais il me charge de vous dire son admiration et de vous féliciter.

C'est pas moi, c'est le matériel.

Non, pas du tout, c'est un bel effort. Très bien.

Octave !

André... Ce que je suis content !

Pas de ton raid, mais de te voir là ! C'est bien toi, au moins ?

Dis donc, elle est là ?

Non.

- Elle est pas venue ? - Non.

- Elle est pas venue ? - Elle a pas pu.

C'est pour elle que j'ai fait ce raid.

Mais je le sais bien !

M. André Jurieux, dites quelques mots au micro.

Que dire ?

Vous venez de faire un raid au-dessus de l'Atlantique !

Vous avez bien quelque chose à nous dire.

Dites que vous êtes content.

Je suis très malheureux.

Je n'ai jamais été aussi déçu de ma vie.

J'ai tenté cette aventure à cause d'une femme.

Elle n'est même pas là pour m'attendre.

Elle ne s'est pas dérangée.

Je lui dis publiquement qu'elle est déloyale !

Le grand aviateur a fourni une performance étonnante.

Mais n'oublions pas qu'il a fourni un gros effort,

qu'il est très fatigué...

Donne-moi mon sac, Lisette.

... en état de parler devant le micro.

Mais nous avons à nos côtés un ingénieur de chez Caudron...

Mademoiselle, l'avion d'André Jurieux

est un avion Caudron,

strictement de série,

avec un moteur Renault 200 CV.

La place du 2e pilote

a été remplacée par un réservoir supplémentaire.

Merci.

T'es un héros et tu viens de te conduire comme un gosse !

Si Christine te ferme sa porte au nez tu l'auras pas volé !

J'oserai jamais plus me montrer devant elle.

Lisette, il y a combien de temps que tu es mariée ?

- Bientôt 2 ans, Madame ! - C'est vrai...

Le temps passe... Tu es heureuse ?

Mon mari n'est pas très gênant.

Il a son service à la Colinière, moi, je suis à Paris.

Avec vous, Madame, je suis très heureuse.

- Tu as des amoureux ? - Si on peut dire...

Si, tu en as... Octave, par exemple !

Donne-moi un autre rouge, tu sais, pour le soir.

- Je ne sais pas où il est. - Tu sais très bien où il est...

Je ne l'aime pas. Il est trop violet.

Ça ne fait pas naturel.

Qu'est-ce qui est naturel, de notre temps ?

Et tes amoureux... Qu'est-ce qu'ils te racontent ?

Pas grand-chose.

- Ils t'embrassent ? - Si ça me plaît !

Ils te prennent les mains ?

Ça dépend !

- Et après ? - Après, c'est toujours pareil.

Plus on leur en donne, plus ils en réclament.

Donne-moi ça.

Y a rien à faire, les hommes sont comme ça.

Et l'amitié, qu'est-ce que tu en fais ?

L'amitié avec un homme ?

Autant parler de la lune en plein midi !

Alors bonsoir, Madame.

Bonsoir, Lisette.

- Mitzi, as-tu promené les chiens ? - Oui, Madame.

- Où est Monsieur ? - Dans son bureau, Madame.

Le terrain d'aviation du Bourget reprend son aspect normal.

Les phares s'éteignent. La foule se disperse en bon ordre.

La réception triomphale prend fin.

Nous venons de vivre des minutes qui marqueront dans les annales...

Nous sommes en retard.

Comme toujours.

- C'est nouveau ? - D'aujourd'hui.

Une petite négresse romantique.

Le mécanisme est intact.

Je l'aime mieux que la radio.

Vous avez entendu cette histoire d'André Jurieux ?

Oui.

Je vois bien comment ça s'est passé.

C'était avant son raid. Il allait risquer sa vie...

Comment auriez-vous pu lui refuser... lui refuser...

cette petite marque d'amitié amoureuse

qu'il devait mendier d'une manière si touchante...

Lui, il a pris ça pour de l'amour !

Les hommes sont naïfs.

Que je suis heureuse !

- Merci. - Allons...

Le mensonge, c'est un vêtement très lourd à porter.

Le mensonge... vous exagérez.

Me croyez-vous menteur, moi ?

J'ai toute confiance en vous.

- Vraiment ? - Oui.

Vous permettez, je vous rejoins tout de suite.

Je voudrais parler à Mme de Maras.

C'est vous, Geneviève ?

J'ai absolument besoin de vous voir.

Vous n'avez qu'à venir. Ah, vous sortez avec Christine...

Bon, alors entendu, demain matin.

Non, pas 10 h ! C'est ça, 11 h, soyons raisonnables, tout de même.

Chers auditeurs, notre concert d'orchestre musette continue.

Ce pauvre La Chesnaye doit être empoisonné !

- Pourquoi a-t-il une TSF ? - C'est le progrès !

- C'est plutôt de l'exhibitionnisme. - Oui.

Pauvre Christine ! Je la plains car elle est étrangère.

- Et parce que tu as le béguin ! - Oh, non.

Mais ce doit être très dur

de quitter un milieu comme le sien en Autriche, très artiste.

Car son père était un grand chef d'orchestre !

Et brusquement devoir vivre à Paris où personne ne parle sa langue !

Elle n'avait qu'à pas se marier ! Je me suis marié, moi ?

Oh, toi !

À quoi penses-tu, Geneviève ?

À un mot de Chamfort que je considère comme un précepte.

Que dit-il, ton Chamfort ?

Il dit que l'amour, dans la société,

c'est l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes.

Si je comprends bien, vous voulez me quitter ?

J'ai brusquement décidé de mériter ma femme.

Je vois ça d'ici. La vie de famille !

Le tricot... Et beaucoup d'enfants.

Voilà. J'ai comme une vague idée que maintenant j'ai assez ri.

Et tout ça à cause de la radio et d'André Jurieux.

Vous êtes très perspicace !

Admettons que nous nous quittions,

ça changerait quoi à vos relations avec Christine ?

Mais tout, ma chère... Tout !

Mais rien du tout ! Christine est très de son pays !

Une Parisienne comprendrait. Elle, pas.

Si elle apprend la vérité,

elle ne vous en voudra pas de notre liaison,

mais de lui avoir menti depuis votre mariage.

Elle ne vous le pardonnera jamais.

Oui, je le sais bien.

Croyez-moi si vous le voulez, Robert, je tiens à vous.

Je ne sais pas si c'est de l'amour ou par habitude.

Mais si vous me quittiez, je serais très malheureuse.

Et je ne veux pas l'être.

Mais ma chère amie, excusez-moi.

Je ne voulais pas vous peiner, mais mettez-vous à ma place.

Enfin, heureusement que vous êtes un homme faible.

Je tiens ça de mon père.

Le pauvre homme, il a eu une vie terriblement compliquée.

- Allons déjeuner. - Avec plaisir !

J'ignore si ce sont nos considérations sentimentales,

mais je meurs de faim.

Octave !

Ah non mon vieux, continue si tu veux, moi je rentre à pied !

Octave...

- Me laisse pas seul. - J'en ai marre, de tes histoires !

Depuis ton retour d'Amérique, tu me fais tourner en bourrique !

Et tu me balances dans le décor ! J'en ai assez, je m'en vais.

Tu as mal ?

Je me demande si je suis pas mort !

J'ai voltigé au plafond comme une plume.

Après, on sait plus où on en est.

Si tu veux te tuer pour Christine, tue-toi, mais sans moi !

- Comprends... - Tu es fou !

- Mais oui. - Eh ben, soigne-toi !

Tu serais content qu'on m'enferme. Tu l'aimes aussi.

Oui, je l'aime. À ma façon !

Et je ne veux pas que tu la prennes comme on boit un verre de vin !

Cette fille-là, c'est comme ma sœur.

J'ai passé ma jeunesse avec elle.

Son père, le vieux Stiller,

était le plus grand chef d'orchestre,

mais aussi le meilleur homme qui soit.

Quand je suis allé le trouver pour apprendre la musique,

à Salzbourg,

il m'a reçu comme son fils.

J'ai pas pu lui prouver ma reconnaissance.

Maintenant, je peux.

Car il est mort, il est plus là pour veiller sur sa fille.

Moi, je peux m'occuper de sa fille. Et je m'en occuperai !

Cette fille-là est pas chez elle, elle est à l'étranger.

Autour d'elle, on parle pas sa langue.

Si tu désires le bonheur de Christine,

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