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APPEL DE JUJU
Salut, mon clone.
T'as vu ma partition de Saint-Saëns ? Je la trouve pas.
Pourquoi je saurais où elle est ?
Je sais pas. Excuse-moi de poser la question.
Tu as fini ?
J'ai besoin de ton casque, le mien est HS.
C'est pas comme si j'avançais, de toutes façons.
Tu sais ce qu'on dit.
"Youpi. Les vacances de printemps !"
Je serai dans ma chambre.
De rien.
Non, au nord, ils ont des vignobles incroyables.
C'est le pays du vin.
À côté de Venise. Comment on appelle ça ?
- La Vénétie. - C'est une option.
- Moi je t'allume. - Oui !
Salut !
Juju, vous avez déjà fini vos répétitions ?
Vi y est encore.
- C'est la benjamine. - Elles ne sont pas jumelles ?
Deux minutes d'écart. Quelqu'un doit bien tenir la porte.
On a su que tu entrais à Juilliard.
Bravo, c'est incroyable.
Vous confondez avec ma sœur Vi. Elle y va l'an prochain.
- Julie prend une année sabbatique. - C'est malin.
J'ai un cousin qui a fait les beaux-arts, la totale.
Il apprend à des mioches à utiliser du ruban Washi.
L'artisanat est important.
Il y a huit milliards de gens sur Terre.
Tout le monde veut briller, mais ça n'arrivera pas.
La génération Instagram doit être plus réaliste.
Je suis pas sur les réseaux sociaux.
- Tu vois ? - Bien. C'est un début.
- À quelle heure on part ? - Quand tu veux.
Elles sont internes à l'Académie Lindberg.
C'est l'école d'art où la fille...
Ça va. Je la connaissais pas vraiment.
Chérie, assure-toi que tout soit prêt pour demain.
- Ravi de t'avoir rencontré. - Merci.
Bon.
Pardon, c'était quel endroit ?
Max !
- Salut. - Salut, Vi.
Pas de problème, Vi ! Prends ton temps !
La voiture se décharge seule !
Les amours de jeunesse, le cauchemar des pères.
Tu as tes cachets ?
Je sais que ça a été un coup dur, pour Juilliard.
Ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Écoute-moi.
Tu as un grand cœur.
- Tu as un visage magnifique. - Papa.
Peu importe ce que ces artistes te disent,
la vie ne se résume pas aux solos et à la scène.
N'importe quelle école académique tuerait pour t'avoir.
Je vais prendre tes affaires.
POUR NOTRE BOURREAU DE TRAVAIL PRÉFÉRÉ !
RÊVE EN GRAND BRILLE AVEC ÉCLAT
Moira Wilson était une des musiciennes les plus brillantes
de l'Académie Lindberg.
Pour nombre d'entre vous,
ce qui est arrivé il y a six semaines est votre première expérience de deuil.
Le décès de Moira est un dur rappel des ténèbres qu'on traverse
dans notre vie et notre carrière artistique.
Comme vous le savez,
Moira devait faire le solo du concerto
de notre spectacle, plus tard ce trimestre.
Le concerto des dernières années
est une tradition de longue date et a lancé la carrière
de nombreux diplômés de Lindberg au fil des ans.
Après bien des discussions,
nous avons décidé de relancer cette compétition en sa mémoire.
Les élèves de chaque discipline sont encouragés à participer.
Soumettez votre répertoire au Pr Cask.
LA PRESTIGIEUSE ÉCOLE D'ART "A DÉTOURNÉ LE REGARD"
Chauds pour la suite de Hunger Games, les nazes ?
- "Les nazes" ? Pas cool. - T'as annoncé la nouvelle ?
- Qui dit que je suis pas au courant ? - T'étais à l'assemblée ?
J'étais occupé.
- Ils relancent le concerto. - En mémoire de Moira la Folle.
Arrête de l'appeler comme ça.
Elle a gravé des symboles et s'est défenestrée.
Elle parlait à personne et elle était ambidextre.
C'est pertinent parce que...
Elle écrivait des deux mains. À l'envers, comme Léonard de Vinci.
- Carrément bizarre. - Elle était remarquable.
C'est bizarre, cette compétition.
Ça fait que six semaines.
Ça fait tôt, mais ce spectacle est une grosse opportunité.
D'autres ont droit à leur chance.
- Juilliard envoie des prospecteurs. - Ah oui ?
Et mon éblouissante chérie va les épater avec son concerto.
- C'est une compétition ouverte. - T'es avec Cask.
Le meilleur prof, la meilleure élève.
Mais si tu veux mon opinion impartiale,
ça aurait dû être toi dès le début.
- Donc tu l'as poussée, puis... - La ferme !
- Elle est née pour la grandeur. - Tout se met en place.
- Tu vas changer ta proposition ? - C'est trop tard.
Roger me laissera pas.
- Tu sais ce que j'en pense. - "Personne n'a gagné avec du Mozart."
Je te le dis avec amour, en tant que sœur. Sors tes couilles.
Répète après moi :
"Roger Melling, vous êtes un prof bidon, bourré et sans bite..."
- Je peux pas lui dire ça. - Pourquoi ?
Il va poser sa griffe sur toi.
Arrête.
La dystonie focale, c'est courant chez les musiciens de son âge.
La griffe va t'avoir.
Vous avez fait tomber...
THÉORIE MUSICALE NIVEAU AVANCÉ
Un phrasé.
Bien. Très bien.
Tu as eu le temps de t'entraîner
entre les drogues et les bitures entre mineurs.
Je laisse les bitures aux experts.
Très drôle.
- Ils relancent le concerto. - À ce qu'il paraît.
- Tu es confiante ? - Je voudrais changer de morceau.
Je pensais au numéro 2 de Saint-Saëns.
Je dois répéter le troisième mouvement. Je peux le faire.
- Le morceau de Vivian ? - Il n'est pas si dur.
M. Cask laisse Vi faire.
Henry a ses propres méthodes.
- Mais si je pouvais... - Tu en ferais un carnage.
C'est ce que tu veux ?
Reste concentrée sur Herr Amadeus.
Il te récompensera. Il le fait toujours.
Pr Cask ?
Mon morceau pour demain.
SAINT-SAËNS DEUXIÈME CONCERTO EN SOL MINEUR
"La gloire immortelle attend celle Qui m'accueillera dans ses ténèbres
"Ce livre décrit la voie Un, deux, trois, quatre, cinq, six"
Tartini.
Le compositeur.
C'est pas précisé.
C'est les Trilles du Diable.
Au fait, Vivian ignore que tu joues le même morceau qu'elle,
pas vrai ?
Je vous en prie, ne lui dites rien.
Elle me tuerait.
Bonne chance.
Julie, ouvre la porte !
On va être en retard ! Julie !
Mon clone, tu me dois...
- Merde. - Trop drôle.
- Tu tiens pas un calendrier ? - Non, je devais pas...
Fais chier !
Viens là. Regarde-moi.
Reste concentrée, d'accord ?
D'accord.
Ça va. Mets un tampon et on y va.
Vi ?
- Vi. - Julie, pas maintenant.
Bien lu, Andy.
- Quelqu'un d'autre ? - J'ai pas joué.
Juliet. Viens.
Viens là.
Il est écrit ici
que tu vas également interpréter Saint-Saëns.
C'est exact ?
Quand tu veux.
Juliet, tu m'entends ?
La voilà.
- On attend l'infirmière. - Que s'est-il passé ?
Tu t'es évanouie.
J'ai bien joué ?
C'était fantastique.
Roger dit que tu as pris du Propranolol.
- C'est pour l'anxiété ? - Oui.
Avec les événements récents, tu te sens peut-être déstabilisée.
Tu gamberges ? Tu as des pensées inhabituelles ?
- Des pensées inquiétantes ? - Non.
Pas du tout.
Rappelez-vous, mi bémol majeur.
Une altération, là.
Trouvez où elle est.
Encore une.
Et pour finir, n'oubliez pas de nommer la cadence.
Remettez-moi vos transcriptions
d'ici la fin de la journée, jeunes gens.
Ça va, Juliet ? Tu as vu l'infirmière ?
Oui, c'était nerveux.
Tu as bien joué. Roger te fait travailler différemment ?
Non, j'étais simplement inspirée.
En tout cas, ça marche.
Continue sur ta lancée, d'accord ?
D'accord.
Vi !
Allez, Vi.
Arrête-toi.
Désolée. J'ai merdé. J'aurais dû te dire que j'avais changé.
Tu me l'as volé.
- Quoi ? C'est drôle ? - Non.
C'est toi qui m'as dit de changer.
Pour Beethoven ou Grieg ou même Rachmaninov.
- J'ai pas réfléchi. - C'est clair.
Sinon tu aurais su que tu te ridiculiserais.
Je savais que tu étais jalouse.
Et grâce à ton petit numéro, tout le monde le sait.
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