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NOBLESSE OBLIGE
Louis D'Ascoyne Mazzini, duc de Chalfont,
coupable de meurtre, sera exécuté demain à 8 h.
Veuillez signer.
Beaucoup de travail ?
J'ai eu un empoisonneur, lundi,
une étrangleuse, ce matin... Criminels ordinaires !
Le nôtre l'est moins.
Malgré ma longue carrière, je m'en délecte d'avance.
Je vais me coucher.
Votre tasse de thé à 7 h ?
Même mon regretté maître, le grand M. Berry,
n'eut jamais le privilège de pendre un duc !
Quelle belle fin de carrière pour moi !
Oui, je me retire.
"Après fil de soie... plus ne me contenterai de chanvre..."
Et il se comportera ?
Avec le plus grand calme, sans doute.
"Noblesse oblige"...
Un client difficile peut rendre les choses très affligeantes...
Certains frisent même l'hystérie... C'en est gênant.
Étant donné l'importance de l'occasion,
je me mets au lit de bonne heure.
Le dernier duc exécuté dans ce pays fut tristement saboté...
C'était au temps de la hache, il est vrai !
J'allais oublier !
Excusez mon ignorance mais...
quand je l'aborderai demain,
quel titre dois-je lui donner ? Votre Seigneurie ?
Votre Grâce !
Bonjour, Votre Grâce.
Bonsoir, Colonel. Un verre de vin ?
Que désirez-vous, pour votre petit déjeuner ?
Du café et un toast... et peut-être un peu de raisin.
Ce serait un peu tôt pour le vrai breakfast anglais traditionnel.
Le rendez-vous est à 8 h ?
Je dois dire que je suis en admiration devant votre calme.
Le Dr Johnson avait, comme toujours, raison quand il a dit :
"Lorsqu'on est sur le point d'être pendu, l'esprit se concentre."
Si vous n'avez besoin de rien...
Aurai-je l'occasion de vous faire mes adieux demain matin ?
Un historique des faits relatifs à son exécution,
écrit la vieille de celle-ci,
par Louis D'Ascoyne Mazzini, 10e duc de Chalfont,
dans l'espoir que cela intéressera les lecteurs éventuels.
Je n'ai pas choisi que vous me teniez compagnie.
Ainsi, faites-moi la grâce de dormir en silence.
Avec si peu de temps, je me demande par où commencer.
Je commencerai donc par le commencement.
Je fus un robuste bébé, né d'une mère anglaise
et d'un père italien...
... lequel tomba raide mort dès qu'il m'aperçut.
Je ne puis donc avoir de lui qu'un souvenir fort vague.
Ce que je sais, je le tiens de maman.
Ton père était un bien bel homme.
Maman était la fille du 7e duc de Chalfont,
du château de Chalfont.
Elle se fit enlever par son beau chanteur,
abandonnant ces splendeurs médiévales
pour les modernes agréments du 73 Av. Balaclava, Londres.
Ils étaient pauvres,
mais eurent 5 années de bonheur
avant que papa n'aille rejoindre le chur céleste.
Réduite à la misère par cette mort,
maman fit un effort de réconciliation avec sa famille.
On ne lui répondit même pas.
Afin de subvenir à nos besoins, elle dut prendre un pensionnaire
et accomplir des besognes serviles.
Elle accusait sa famille de m'avoir frustré.
Je passai mon enfance
dans une atmosphère d'arbres généalogiques.
Le duché avait été conféré par Charles II
au Colonel Henry D'Ascoyne
pour services rendus au roi durant l'exil.
Plus tard, pour services rendus au roi après la Restauration
par la duchesse,
il fut concédé à ce titre de pouvoir se transmettre par les femmes.
Il n'était donc pas impossible, que, via maman,
j'accède un jour au duché.
En attendant, maman se privait de tout pour mon éducation.
Voici un incident amusant, si l'on songe à ma présente situation :
Lionel Holland...
Le 6e commandement ?
Allons, allons...
Quelqu'un d'autre.
Louis Mazzini... dites-le-lui.
"Tu ne tueras point."
En ce temps-là, je n'enfreignais pas le 6e commandement.
Quant au 7e, je n'étais guère d'âge à m'en inquiéter...
bien que je fusse déjà amoureux.
Nous en venons ainsi à Sibella.
Sibella et son frère furent mes seuls amis d'enfance.
Pour eux, maman, consentait à faire une exception,
leur père, le Dr Hallward, étant de profession libérale !
Louis, il nous faut penser avec soin à ton avenir.
Je trouverai un emploi.
Pas un emploi, chéri... une carrière !
J'aurais voulu Cambridge...
Les D'Ascoyne vont toujours à Trinity Collège.
Puis, la Diplomatie...
Mais il est inutile de viser si haut.
Ton certificat devrait te permettre d'aborder une profession.
Cela se fait même dans les plus grandes familles.
Qui pourrait nous aider ?
Nous ne connaissons que la famille, et elle ne nous connaît pas.
Écrivons encore une fois
à Lord Ascoyne D'Ascoyne.
S'il te prenait dans sa banque !
La banque ? Est-ce là une profession ?
Cela ne consiste pas nécessairement
à se tenir derrière un guichet.
La lettre fut envoyée.
Elle obtint réponse :
"Madame, je suis chargé par Lord Ascoyne D'Ascoyne
de vous informer que votre fils n'est pas
à sa connaissance, membre de sa famille."
Signée par son secrétaire.
C'est stupide de leur part, alors qu'un jour,
tu pourrais bien devenir duc de Chalfont.
C'est improbable... il y en a au moins douze avant moi...
sans compter ceux qui sont à naître.
Ce n'est pas impossible.
Étant donné leur attitude, je souhaiterais presque
que tous les douze meurent demain !
Tous, sauf une !
Tu dois être duchesse avant moi.
Ce sera donc un emploi, et non une carrière.
Un D'Ascoyne dans le commerce !
Les rêvasseries de ma mère
furent-elles à l'origine de l'entreprise criminelle
la plus sensationnelle du siècle ?
Je me souciais de bien autre chose, à l'époque
car même les ducs en puissance doivent manger.
M. Perkins, notre pensionnaire depuis 15 ans
nous aida de son mieux.
Il était chef de rayon dans un magasin de nouveautés.
Le possible futur duc de Chalfont devint
un vulgaire commis de magasin.
Cette humiliation dura pendant deux mornes années.
Puis, un jour, maman qui n'avait pas de quoi
remplacer ses lunettes, fut renversée par un tram...
et mortellement blessée.
J'aimerais être enterrée à Chalfont
dans le caveau familial.
J'écrivis au duc, l'informant du dernier vu de ma mère.
Sa réponse fut un très net refus.
Sur la pauvre tombe de maman, dans ce hideux cimetière
de banlieue, je fis le serment que je la vengerais de sa famille.
Bravade de jeune homme, peut-être...
mais petite semence porte grand fruit.
J'allais jusqu'à émonder l'arbre familial de ses branches mortes.
Comment faire du mal aux autres ? Que leur prendre ?
À moins que peut-être... leur vie ?
Je rêvais d'une extermination simultanée
de ces douze parents, provoquée par mon invisible main,
et du petit sans-le-sou
recouvrant miraculeusement ses droits.
Je tentais même d'imaginer un moyen.
Mais j'avais un autre problème...
Le revenu de maman était mort avec elle.
Vivre avec 25 shillings par semaine ?
Une solution s'offrit : Le Dr Hallward me recueillait.
L'humiliante condition de parent pauvre était compensée
par la chance de vivre auprès de Sibella.
Je suis heureuse que tu aies accepté ! C'était mon idée.
Quelle folie ! Tu n'as sûrement pas les moyens.
Oh, zut, voilà Lionel !
Ainsi il y eut bien des déchirements,
mais aussi, de l'avancement.
"Passementerie" : 30 shillings par semaine.
"Soieries et Lainages" : 32 sh. 6.
Enfin, "Lingerie pour Dames" : 35 sh.
Vendeur je devais être, mais je résolus de quitter la banlieue.
J'émigrai donc dans un grand magasin du West End...
au salaire gigantesque de 2 livres par semaine.
Mais je ne perdais pas de vue ma généalogie.
Un décès me donnait de l'espoir.
Une naissance m'attristait.
L'avènement de jumeaux chez le duc fut un coup terrible.
Heureusement, une épidémie de diphtérie rétablit le statu quo
avec, comme prime, la mort de la duchesse.
Un soir, chez le Dr Hallward...
Comme tu es belle !
Tu es bien aussi... N'est-ce pas, Lionel ?
Enhardi, je pris une décision que je méditais depuis longtemps.
C'est fini... Dieu merci ! Quelle soirée !
Une belle soirée.
Pour toi, peut-être !
C'est horrible d'être une femme !
D'avoir à rire avec des idiots qui vous marchent sur les pieds !
Suis-je l'un d'eux ?
Tu n'es pas idiot, et j'aime ton humour.
Veux-tu m'épouser ?
Jamais de la vie !
Et lève-toi ! Bien qu'à moitié italien,
tu as l'air bête quand tu joues les amoureux.
Oui, très bête.
Et maintenant ?
À présent, veux-tu m'épouser ?
J'épouse Lionel.
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