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François !
Alors, fiston ?
- T'as l'air en pleine forme. - Toi aussi, dis-moi.
Viens. La voiture est juste à côté.
Tu as le droit de te garer là ?
Anne a réussi à m'avoir un passe officiel.
Laisse ça, laisse ça.
T'as pas l'air de t'être trop américanisé.
Non, pas trop. Enfin, j'espère.
Pourquoi ?
Tu es déçu ?
C'est pas ça, mais 3 ans, ça me paraît largement suffisant.
Je ne te parle pas de l'Amérique. L'interrogatoire aura lieu après.
- T'as l'air en forme. - Tu me l'as déjà dit.
Parce que ça me frappe. Je vois que ton harem te soigne bien.
À propos de harem, tante Line a voulu te faire de la lamproie.
T'étonne pas. Tu vas manger de la lamproie.
- Ben, c'est pas pour me déplaire. - Bon.
J'ai l'impression que les choses ont pas tellement changé en 3 ans.
Ça dépend quoi. Attends trois minutes.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? - Attends trois minutes.
- Tu veux ? - Oui. Merci. Oui.
Je croyais qu'on fumait plus en Amérique.
Mais si. Tu sais...
Ils sont moins cons qu'ils le paraissent.
Merci.
Anne se représente. Tu sais ça ?
Oui. Je m'en doutais, oui.
Michèle m'avait dit qu'elle adorait être conseillère municipale.
Je suis sûr qu'elle brigue la mairie.
Parle pas de malheur.
Ça t'embête ?
Non. Mais elle a pas besoin de se fourrer ça sur le dos.
Tu vois cette espèce de boutique ? C'est son QG.
Ça paie pas de mine.
Si ça l'amuse.
Ça l'amuse pas. Elle prend ça au sérieux.
Elle a réellement des ambitions politiques.
Je sais que ça l'a toujours intéressée.
Ouais. Ouais.
Ça te plairait pas, d'avoir une femme député ?
Je m'en fous éperdument.
Alors, lui dis pas.
Regarde, gros malin, si rien n'a changé.
Ah oui ! En effet. Vous avez tout refait à neuf.
Qu'en penses-tu ?
Pas mal. Ça me fait penser aux grands drugstores de Chicago.
C'est fou, non ? Le chiffre d'affaires a augmenté d'un tiers.
J'ai réussi à racheter la librairie Rousseau.
On a installé le labo d'analyses, mais en douce.
- C'est pas légal, ça. - Je vais te faire visiter tout ça.
Demain, s'il te plaît.
Oui, ben, demain... La semaine prochaine.
Tu m'as pas demandé ce que devient Michèle.
Que devient Michèle ?
Elle est splendide. Et brillante.
Elle fait une licence de psychologie. Elle te l'a pas écrit ?
Si.
Plaisir d'amour
Ne dure qu'un moment
Chagrin d'amour
Dure toute la vie...
Oh ! Tu finis, Marthe.
Dis donc, tu as vieilli.
Ah oui ! J'espère bien. Je peux pas t'en dire autant.
- Bonjour. - Bonjour.
- Je t'ai fait de la lamproie. - Je sais. Papa me l'a dit.
- Il peut pas tenir sa langue. - J'ignorais que c'était un secret.
Tu sais bien que tout est secret, ici.
Bonjour, François.
Bonjour.
Tu n'es pas trop fatigué ?
Tu as fait bon voyage ? Tu es content de rentrer au bercail ?
- J'étais à Paris depuis 4 jours. - C'est vrai. Tu as pris ton temps.
Et moi ? Tu m'as pas embrassé, ce matin.
Ah bon ?
C'est tout ce que tu as ?
Oui.
Une seule valise en revenant d'Amérique...
Mais c'est celle avec laquelle je suis parti.
Pourquoi ? T'es déçue ?
Accompagne-le donc dans sa chambre.
Et dépêchez-vous.
Dès que ta mère arrive, on se met à table.
Laisse. C'est très lourd.
Si tu veux, on peut la porter à deux.
- J'ai le temps de boire un whisky ? - Tu le boiras de toute façon.
Tu sais où est ta chambre ?
Oui. En faisant un petit effort, je devrais me rappeler.
Raté. C'est la mienne.
Ah oui.
Oui, oui, oui. T'as plus le même dessus-de-lit.
- Tu as changé la lampe de chevet. - C'est ton père qui me l'a offerte.
Pas mal.
- Du coup, où est ma chambre ? - C'est là où était la mienne.
Ah ! Ici, rien de changé, si je ne m'abuse.
Rien.
Je t'aide à ranger tes affaires ?
Non, merci. C'est gentil. Je ferai ça après déjeuner.
Sinon... La fac, c'est toujours épatant ?
Oui, j'aime bien. Puis ça me sort d'ci.
Je te demande rien sur l'Amérique.
Je suppose que ce sera le sujet du déjeuner.
Si ça se limite au déjeuner, je veux bien.
Puis j'ai préparé mon laïus.
Ils t'en ont voulu que tu partes. Ils ont pas très bien compris.
Ah...
Je suppose que tu leur as pas expliqué.
Ah, tiens !
Voilà maman et son garde du corps.
- Quel garde du corps ? - Matthieu.
Matthieu Lartigue. Son second de liste.
Il la quitte pas d'une semelle. Il mène la barque.
Ton père ne peut pas le blairer.
Viens. On descend.
- Pourquoi il peut pas le blairer ? - Il croit qu'il entraîne maman.
Il est furieux qu'elle fasse de la politique.
Le conseil municipal, c'est pas de la politique.
Elle a des ambitions.
J'aimerais bien qu'on se mette à table tout de suite.
- François est bien arrivé ? - Oui.
Vous déjeunez avec nous ? J'ajoute un couvert. C'est vite fait.
Non. Je dois aller à la permanence.
Vous pouvez prendre un whisky.
Non. Vous allez vous mettre à table.
J'ai vraiment d'autres choses à faire. Merci.
Bonjour, belle-maman.
"Belle-maman." C'est nouveau, ça. Il m'appelait "tatoune", avant.
- Alors ? T'as fini par revenir ? - Je suis revenu parce que j'ai fini.
Voici M. Lartigue. Il fait équipe avec moi pour les élections.
- Très heureux. - Enchanté.
- Revenez pour le café. - Si je peux, avec plaisir.
J'y vais. À tout à l'heure, peut-être.
- Je lui fais faire tout le boulot. - Ça lui fait sûrement plaisir.
À table, mes enfants ! Allez ! Dépêchez-vous !
Le problème, avec les Américains,
enfin, ceux que j'ai connus, et j'en ai connu pas mal,
c'est qu'ils ont deux idées fixes : Dieu et le pognon.
Ça leur rend pas la vie facile.
Bon. Malgré tout, ce sont des gens chaleureux, très actifs.
Il y a une chose que je regrette pour eux.
C'est qu'ils ne puissent pas déguster de telles lamproies.
Je suis bien contente.
J'ai jamais vu des gens aussi méfiants sur la nourriture.
Pourtant, ils bouffent mal.
Il faut sortir des clichés. Il y a aussi des bonnes choses.
T'es converti au hamburger ?
Oui. Ça dépend lesquels.
En tout cas,
ils sont pas près de fabriquer ça.
Merci.
C'est pas tous les jours qu'on boit ce vin blanc.
- Non. Mais on le fabrique. - Pas nous, en tout cas.
- Ressers-toi, mon chéri. - Nous, on n'y a pas droit ?
Si, si. Servez-vous tous.
Excusez-moi.
Qu'est-ce que c'est, encore ?
Allô ? Oui, Matthieu.
Il peut pas nous laisser déjeuner tranquilles ?
Oui.
Elle a besoin de se réembarquer là-dedans ?
Ça lui plaît.
On peut pas dire que la politique a réussi à la famille.
Papa, je t'en prie.
Oui. Excusez-moi.
Tout ça ne me dit rien qui vaille.
Chacun ses faiblesses.
Excusez-moi.
Tu veux encore de la lamproie ?
Non, merci, tante Line.
Assieds-toi. Appelle Marthe.
Marthe surveille la tarte. Aide-moi, plutôt.
- C'est quoi, comme tarte ? - Bourdaloue. Tu te souviens pas ?
Bien sûr que je me souviens.
Matthieu vient prendre le café. Il a une chose à me montrer.
Je ne sais pas quoi.
- Tu as l'air contrariée, ma chérie. - Non, non. Penses-tu !
On prend le café dans le jardin d'hiver ? Qu'en pensez-vous ?
Excellente idée.
J'espère que tu t'es pas habitué au café américain.
Non, rassure-toi.
Il y a des endroits à Chicago où on en trouve de l'excellent.
- Merci, tante Line. - Ah ! Voilà ton chevalier servant.
Oh, je t'en prie, Gérard ! Par ici, Matthieu.
Venez, Matthieu.
Asseyez-vous. Je vais vous servir votre café.
- Merci. Vous êtes très aimable. - Vous en faites, une tête !
Ah, ben, je me doute. Il arrive une chose assez embêtante.
Je sais pas...
- On en parle seule à seul ? - Écoutez, certainement pas.
Comprenez quelque chose : nous sommes une famille.
Il s'agit d'une attaque contre votre famille.
- Raison de plus. - Quelle attaque ?
Ça se passe souvent pendant les campagnes électorales...
frapper sous la ceinture, mais là, ils frappent fort.
Qui ça, "ils" ?
Je sais pas. Vous voulez que je vous lise ?
- Passez-moi ça. - Lisez-nous ce torchon, Matthieu.
- La politique t'intéresse ? - Je t'en prie.
Excusez-moi de ce que vous allez entendre.
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