La vache et le prisonnier

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La vache et le prisonnier
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Zveřejněno: 2020-02-26
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Je m'appelle Charles Bailly.

L'histoire que je vais vous raconter est ma propre histoire.

Une histoire vraie.

Pas une histoire de cinéma.

Et pourtant, on pourrait en faire un film.

La preuve !

Ça alors, mes enfants, pas d'erreur...

C'est la Royal Air Force.

Moteurs de Gloster Meteor.

Moi, je crois plutôt que c'est la Luftwaffe, c'est du Messerschmitt tout pur.

Des clous, je te dis que c'est des Anglais. Tiens, t'entends ?

Made in England.

T'as pas d'oreille, non ?

Parce que les moteurs ont l'accent anglais ?

Ah, un peu, oui !

D'abord, les moteurs, c'est un peu ma partie.

Quand on a fait cinq ans de taxi, on en connait un bout.

Ça n'a pas de rapport.

Pas avec ça.

Rase-motte ou lèche-pavés, c'est du kif.

Tu dis rien, Pommier !

C'est-y des Anglais, oui ou merde ?

Oh, moi...

Luftwaffe ou Royal Air force...

Tout ça vaut pas une belle paire de fesses.

Oh, tu sais, les fesses, on en revient.

Oui, faut d'abord y avoir été.

T'en parles à ton aise.

Toi, tu t'en fous, de ce côté-là, t'es servi.

Toi, avec tes idées fixes...

Oui, si on peut appeler ça des idées.

Deux ans que j'ai pas touché une femme.

Un homme de mon âge...

Tu devais pas leur faire beaucoup de mal aux femmes dans ton magasin.

J'en voyais plus de 500 par jour. Et des belles !

J'avais qu'à me baisser.

Articles ménagers, tu penses... La bonne vie, quoi.

Et avec ça, madame, je vais vous l'envelopper.

Ouh ouh !

Venez ! Le dîner est servi.

Oui, on y va !

Eh bien, c'est quand même la Luftwaffe.

Alors, Bailly, tu manges en Suisse ?

La soupe, je l'aime chaude, moi.

Laisse, maman, je m'en occupe. - Oui.

On regardait passer la Royal Air Force.

Bien sûr avec ChurchiIl à bord...

Tu as même reconnu son cigare, n'est-ce pas M. Bussière ?

Quel con !

Que signifie "quel con" ?

Ne faites pas attention, Madame.

Das ist "grossier personnage"...

... Un cochon.

Bussières a raison, c'est des Anglais.

Mais, qu'en sais-tu, tu n'as rien vu !

J'ai pas besoin de les voir pour les sentir.

La preuve...

Tu les entends jouer au golf ?

Alors, pharmacoque ?

La Luftwaffe ?

J'aime mieux ça.

Chacun peut se tromper.

Tu sers ! - Merci.

Un peu de homard thermidor, Vicomte ?

J'adore les escargots...

Avec un rien de gelée de groseilles.

Sans compter que les escargots...

Un rêve !

Dis donc, c'est sérieux, cette fois, ils mettent le paquet !

Ils feraient mieux de parachuter des girls.

Qu'est-ce que tu en ferais ? Tu as les yeux plus grands que le ventre.

Ah, tu me connais pas !

En 38, au moment de Munich.

J'ai eu jusqu'à 4 femmes en même temps.

On le sait, tu l'as déjà dit.

J'en ai pris une 5e pour me changer les idées...

Écoute, alors là...

Vous croyez pas ?

Vous aurez qu'à demander au BHV, ils vous le diront eux.

Change de disque ! Toujours le même air.

L'air du Don Juan de bazar.

Don Juan de bazar ? Répète un peu, répète-le.

Vous allez pas vous disputer !

Pour le dernier repas que je fais avec vous.

Attendez au moins que je sois parti.

Demain soir, pour vous distraire...

Vous pouvez vous casser la figure en pensant à moi, hum ?

Nom de Dieu, 8H heures passées... la BBC.

Et tes salades, toi !

Pas si fort.

La France alors, retrouvera son vrai visage.

Celui de Jeanne d'Arc et de Napoléon.

Et les traîtres seront châtiés.

Cette guerre que nous n'avons ni voulu ni souhaité, nous la gagnerons.

Nous la gagnerons, car les armées de la Liberté.

Savent pour quelle juste cause elles combattent.

Pardon, ça, c'est envoyé !

Oui, l'Angleterre de ChurchiIl et des bourreaux de l'Irlande.

Disparaîtra de la carte du monde.

Et de Gaulle...

Général félon, qui sacrifie les Français.

Pour les capitalistes de la Cité.

Aura son châtiment l'heure venue.

Mets sur Radio Paris.

Cette heure, nous la choisirons...

Mais dans la justice et la liberté qu'on va reconquise.

La France aura retrouvé son vrai visage.

Vous venez d'entendre, les Français parlent aux Français.

On l'a pris trop tard.

Depuis midi, il n'a pas pu passer grand-chose.

La question n'est pas là ! C'est rien que pour entendre leur voix.

Très juste.

Je me rappelle une amie que j'avais en 32.

Non... en 31.

Il fallait que je lui téléphone matin et soir.

Même quand j'avais rien à dire.

Elle voulait seulement entendre le son de ma voix.

Moralement elle pouvait pas s'en passer.

Une dingue !

Une femme impeccable.

Des seins...

À se casser la tête contre.

Bon, ça va, raccroche, on a compris.

Alors, c'est décidé.

Tu pars toujours demain matin ? - Oui, à l'aube.

Sûr ? - Et alors ?

Sans t'influencer, tu fais une connerie.

Écoute, mon vieux.

Moi, j'ai pas des raisons personnelles comme toi, qui me retiennent ici.

Tu sais, être là ou à Paris...

Y a des fridolins partout.

Mais ici, au moins, ils sont chez eux.

Alors on peut les tolérer.

À la rigueur...

L'ennui, c'est que moi, ici, je me sens pas chez moi.

On me dirait qu'il y en a pour deux ans, cinq ans.

Bon, je pavoiserais pas, non, bien sûr.

Mais je me ferais une raison et je compterai les jours.

On nous dit rien. 40, 41, 42...

On nous laisse dans le vague.

On fait courir des bruits.

Je vais pas passer toute ma vie ici dans ce bled.

Moi, j'ai pas cinq femmes qui m'attendent dans la maison.

J'en ai qu'une, moi, de femme.

Et je veux la voir vieillir.

Gentiment.

Doucement.

Au jour le jour...

Et près de moi.

Puis, tu veux que je te dise une chose ?

L'Allemagne m'emmerde.

Ça se défend.

Tu penses trop, Bailly.

T'es pas fait pour ça.

Je pense pas, je me souviens.

Tiens.

Quand j'ai été fait prisonnier.

Je croyais que j'en aurais pour trois semaines.

Un mois, en comptant large.

Sans quoi, ils m'auraient jamais eu.

Je serais encore en train de courir.

Tout ça, c'est bien joli et si on te repique ?

Si on me repique ? - Oui !

Ici, c'est une bonne planque.

Y a plus malheureux que nous, même en France.

On est peinards.

S'ils te repiquent...

Ils t'expédieront dans un Stalag pourri.

Qui en fait baver les vaches.

Un conseil de pair...

Reste où tu es et ne fais pas le pigeon.

Allez, avoue-le donc.

T'as déjà plus tellement envie de partir.

Toi, tu te dégonfles.

Je me dégonfle ?

Oui, tu te dégonfles, oui !

Pour Marlène, tu oses plus lui demander.

Qu'est-ce que tu crois ?

Si, je vais lui demander puisque c'est ton idée.

Tu auras la réponse dans une heure.

Tu crois qu'elle va marcher ? - Oh, tu sais...

Avec les femmes...

On sait jamais.

Pas vrai, Marlène !

Non, pas Marlène... Josepha.

Oui, mais pour moi, tu es Marlène, la vamp des vamps.

Une vraie vamp de chevet.

Allez, bonne chance, vieux.

Bonsoir, Mme Marlene.

Bonsoir.

Bonsoir, les amoureux.

Si je t'avais pas...

Moi aussi, je ferais la valise.

Tu es une femme magnifique, ma chère, Josepha.

Moi te demander... un grand service.

Tu dois... m'aider... pour mon camarade.

Qu'est-ce que vous pensez, vous autres ?

Vous croyez qu'elle va accepter, Marlène ?

Oh Marlène, tu sais !

C'est une paysanne avant tout, elle tient à ses sous.

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