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Les derniers jours de novembre 1950,
douze mille hommes de la 1re division de Marines,
avec quelques milliers de soldats de l'Armée de terre,
se retrouvèrent piégés en altitude dans les montagnes de Corée du Nord,
près du réservoir de Chosin.
Le commandement avait été pris de cours
par la soudaine entrée en guerre de la république populaire de Chine
dans le conflit coréen qui durait depuis cinq mois.
Les Américains étaient encerclés, en infériorité numérique,
et risquaient d'être exterminés.
La bataille de deux semaines qui s'engagea
est parmi les plus mémorables de l'histoire des États-Unis.
Elle permit de définir la politique étrangère américaine
durant la guerre froide et au-delà,
et reste une des plus célèbres
dans les annales du corps des Marines.
Toutes les batailles sont terribles,
mais celle-ci pourrait bien avoir été
la pire des batailles de l'histoire américaine.
Les forces américaines n'avaient jamais combattu
dans des conditions hivernales si rudes.
Nous n'étions pas seulement gelés physiquement,
mais aussi affectivement :
on ne savait pas combien de temps on pouvait encore tenir,
et pourtant on voulait survivre.
La tâche la plus dure de ma vie, ça a été de ramasser les corps gelés
des marines qui avaient été tués,
leurs bras et leurs jambes étaient figés dans la position
dans laquelle ils étaient morts.
J'ai écrit à ma famille.
"Chers maman et papa, lorsque vous recevrez cette lettre,
vous saurez que le corps des Marines a été exterminé, ou...
Ou qu'il s'en sortira avec de grands honneurs."
Les Marines avancèrent dans ces montagnes
et quand ils en revinrent,
ils étaient différents, la guerre était différente,
l'Amérique était différente,
et le monde entier avait changé, en fait.
En 1950, le jour de Thanksgiving,
des troupes de l'ONU dirigées par les Américains
ont avancé en Corée du Nord.
"Les forces de la démocratie", selon le New York Times,
allaient "éliminer une faible résistance."
Ce qui restait de l'armée communiste nord-coréenne
avait apparemment tourné talon et fui.
La marine américaine et l'Armée de l'air contrôlaient le ciel,
et l'ont prouvé en distribuant des primes de vacances
sur toute la péninsule...
Même aux hommes qui étaient en première ligne,
près de la frontière nord-coréenne, à proximité de la Chine.
Ils ont fait des efforts colossaux pour qu'on mange ce genre de repas
dans ces conditions...
CORPS DES MARINES DES ÉTATS-UNIS
...et c'était merveilleux.
De la dinde, des mince pies, de la tarte à la citrouille,
à la canneberge, la totale.
De la dinde froide, c'est vous dire.
Les cuisiniers ont fait de leur mieux.
Mais c'était Thanksgiving,
nous étions très optimistes quant à la fin du conflit...
ARMÉE DES ÉTATS-UNIS
...et c'était peut-être un cadeau en soi.
Le commandant des forces de l'ONU,
le général Douglas MacArthur, se rendit en Corée le lendemain
pour lancer l'offensive finale
dans ce qui semblait tourner en guerre courte et victorieuse.
MacArthur a dit à ses troupes et à ses commandants
que le but principal de la guerre de Corée...
HISTORIEN
...d'unifier la péninsule
sous le contrôle du gouvernement de la Corée du Sud,
serait bientôt atteint, et il a dit aux soldats :
"J'espère que vous serez rentrés pour Noël."
Le fleuve Yalou trace la frontière nord de la Corée du Nord,
et son appel était
d'aller jusqu'au Yalou et de conquérir toute la Corée du Nord.
Ils allaient remonter les montagnes,
comme un couteau dans du beurre.
ÉCRIVAINE
Ils allaient rejoindre le Yalou et ça allait être génial.
J'étais très impatient.
J'ai pensé : "C'est ce qu'on doit faire."
J'ai cru que c'était gagné d'avance.
J'ai pensé qu'ils allaient reculer.
La vue étaient dégagée,
c'était la routine, à ce stade.
Nous avions gagné la guerre.
C'était fini.
CORPS DES MARINES DES ÉTATS-UNIS
C'était évident.
Après cinq mois de guerre en Corée,
les troupes américaines et les commandants avaient des raisons d'être confiants
MONGOLIE - CHINE - URSS - JAPON CORÉE DU NORD - CORÉE DU SUD
OCÉAN PACIFIQUE
Partagée en deux par le 38e parallèle
dans l'accord politique qui suivit la Seconde Guerre mondiale,
la péninsule coréenne s'était stabilisée
en deux États distincts depuis 1950.
PYONGYANG - SÉOUL 38e PARALLÈLE
La Corée du Nord avait le soutien de l'Union soviétique
et de Mao Tsé-Toung, le dirigeant de la Chine communiste.
Les États-Unis et d'autres démocraties occidentales
soutenaient la Corée du Sud.
Cet équilibre fragile tint jusqu'au 25 juin 1950.
Ce jour-là, l'armée de la Corée du Nord traversa
le 38e parallèle,
disloquant les défenses de la Corée du Sud.
Ils prirent Séoul, la capitale du Sud,
en moins de 72 heures, et continuèrent d'avancer,
indiquant clairement leurs visées sur toute la péninsule.
Quand les Coréens du Nord envahirent le Sud,
ils avaient un équipement et des chars soviétiques...
ÉCRIVAIN
...des conseillers soviétiques.
LES SOVIÉTIQUES ONT AIDÉ LES TROUPES À PASSER LA FRONTIÈRE
LA RADIO DONNE DES NOUVELLES DE LA GUERRE
Le peuple américain croyait que ce qui se passait,
c'était que Staline menait une guerre par procuration contre les États-Unis.
Après avoir entendu la nouvelle,
le président Truman est allé à Washington
depuis sa maison au Missouri.
Le président décrit l'invasion
comme une menace à la paix qui ne peut être tolérée.
C'est un défi direct aux efforts des nations libres
pour construire un monde
dans lequel l'homme peut vivre en liberté et en paix.
Ce défi a été énoncé clairement.
Nous devons le relever fermement.
Quelques jours après l'invasion,
le Conseil de sécurité de l'ONU
décida de repousser les Coréens du Nord de la Corée du Sud
et de rétablir la paix et la sécurité dans la région.
Les États-Unis devaient diriger une force multinationale
avec pour tâche de faire appliquer la résolution de l'ONU.
J'avais 20 ans quand la guerre a éclaté.
Je connaissais très peu la Corée...
...mais je savais qu'on était en conflit ouvert avec l'Union soviétique
et que les Soviétiques étaient là-bas
pour répandre le communisme dans le monde.
CORPS DES MARINES DES ÉTATS-UNIS
Je le savais.
À cette époque, ils ont appelé tous les marines en réserve
parce qu'ils avaient besoin de troupes immédiatement.
CORPS DES MARINES DES ÉTATS-UNIS
Sur-le-champ.
Je voulais juste être un marine de la pire des sortes.
J'étais trop jeune pour la Deuxième Guerre mondiale.
Nous étions au moins 2 000, dans le même cas.
Nous n'étions que des gamins tout juste sortis du lycée
et nous voulions être Marines...
ACCÈS INTERDIT AUX VOITURES
...tous très enthousiastes.
CORPS DES MARINES DES ÉTATS-UNIS
Avoir un fusil, abattre quelqu'un.
Je me souviens d'être monté dans le train, de partir.
Je me souviens de ma mère agitant la main.
CORPS DES MARINES DES ÉTATS-UNIS
Plus tard, j'ai réalisé qu'elle n'agitait pas la main.
Elle nous donnait sa bénédiction, tandis qu'on passait devant elle.
Quand la première grosse vague de réservistes arriva,
l'armée nord-coréenne avait presque repoussé les troupes américaines
de la péninsule.
Mais Douglas MacArthur était confiant,
il pouvait inverser la tendance.
Il ordonna à ses forces de s'enfoncer en territoire ennemi,
au port d'Incheon.
MacArthur prit le risque
et essaya de mener un débarquement à marée haute,
ce qui ne laissait que quelques heures
aux troupes pour y débarquer.
Et ce n'était pas du tout une bonne plage.
Il y avait une digue.
Mais l'ennemi ne s'attendait pas à ce qu'on débarque là,
ce fut donc une surprise terrible pour l'ennemi.
Il n'était pas bien défendu.
Le succès d'Incheon repose sur une idée audacieuse et géniale.
Le 16 septembre,
la 1re division de Marines entre dans Incheon.
La ville est reprise sans trop de résistance.
Les victimes des Alliés sont peu nombreuses.
Alors que ces hommes traversent Incheon,
leur objectif est Séoul.
Le succès d'Incheon a tout changé.
La ligne de ravitaillement nord-coréenne était coupée.
Il y avait une voie directe d'Incheon à Séoul,
la capitale, et cette prise était
une victoire militaire, mais aussi psychologique
et politique.
L'objectif commença à changer,
parce que MacArthur a d'abord pensé :
"Nous allons anéantir l'armée nord-coréenne
et nous allons rétablir les frontières."
Puis il commença à se dire :
"Je pourrais poursuivre les Coréens du Nord...
ÉCRIVAIN
...jusque dans leur propre pays, en Corée du Nord,
et détruire ce qui reste de l'armée."
Maintenant, l'idée était de prendre tout le pays.
Ce n'était pas qu'une idée de MacArthur,
mais de tous les dirigeants à Washington.
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