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DEUX HOMMES EN COSTUME
D'APRÈS LE ROMAN "MITTELREICH" DE JOSEF BIERBICHLER
Depuis quand vivez-vous en Allemagne, M. Hanusch ?
J'ai toujours vécu en Allemagne.
J'y suis né.
Et je suis dans cette maison depuis 40 ans.
On peut dire que vous êtes un des nôtres.
Merci encore pour ce bon repas, Pankraz.
Ne t'en fais pas, je l'ai dit à tes sœurs aussi,
Theres a sa place au ciel, j'en suis persuadée.
Ou alors, le ciel n'existe pas.
Laisse Semi reprendre l'affaire et repose-toi. Tu l'as mérité.
Tiens, c'est le jour où Theres m'a demandée
si tu étais le bon pour elle.
Chère Mlle Philomena, chère Mlle Hertha,
cher Pankraz,
aujourd'hui est un jour mémorable pour ta femme,
pour votre belle-sœur.
Moi aussi, j'ai failli être emporté.
Alors j'ai bu en son honneur
et à sa santé.
Cher ami, au nom de ta santé, rentre chez toi.
Welterin,
tu passes par la gare de Berg, tu peux l'emmener.
Au revoir, Kranz.
C'est qui ?
Tu ne te souviens pas de Kranz, mon compagnon d'armes ?
Quand je me suis marié, il était mon témoin.
C'est le parrain du gamin.
Je ne l'avais pas revu depuis vingt ans.
Il a ressurgi aujourd'hui pour m'aider à porter le cercueil.
Il a dit qu'il a failli "être emporté" ?
Tu n'as pas vu ?
En abaissant le cercueil, il a failli tomber dans le trou.
- Reiz l'a retenu de justesse. - Il a évité l'humiliation !
Je le ramène chez lui.
Porte-toi bien, mon garçon.
N'oublie pas que ta mère était quelqu'un de gentil.
Elle était travailleuse et croyante.
Elle t'aimait beaucoup.
Ça va aller.
C'est ça. Ego te absolvo.
Je dois y aller, Pankraz. Pour nourrir les bêtes.
Je ne veux pas arriver quand il fait nuit.
Je finirai de ranger demain.
D'accord, Rosa. Merci pour ton aide.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Tu ne voudrais pas aller à l'église, dimanche ?
Je ne t'y ai pas vu depuis des mois.
Ça fait mauvais genre, quand notre banc est à moitié vide.
D'autant plus que ta mère n'est plus là.
Si tu veux, on parlera au curé après la messe.
Il pourrait apporter son aide.
Je vois bien que quelque chose te tracasse.
Je m'en rends compte depuis des semaines.
Reviens donc !
En retournant à l'église, beaucoup de jeunes
ont retrouvé le sens de leur vie.
Que je retourne à l'église ?
Retourner... à l'église ? Moi ?
Pourquoi ?
Pourquoi je devrais y retourner ?
Je veux retourner dans le ventre de ma mère et ne jamais être né.
Mais ce n'est plus possible, elle est morte.
Je dois vivre alors que je me demande pourquoi je suis né.
Pourquoi ?
Tu peux me le dire ?
J'ai déjà vu ce regard.
Ces yeux.
Ils me disent quelque chose !
Il faut que je me souvienne.
Marie, aide-nous
À sortir de notre désespoir
Fais donc attention !
Tu aurais pu te noyer !
C'est pas vrai !
Toujours plein de bêtises dans la tête !
Enlève-moi ça !
Facteur, passe ma veste au gamin.
Regardez comme la maison est petite, quand on est loin.
Aussi petite que toi de près.
Arrêtez, tous les deux ! Ça suffit !
Pankraz, laisse Toni tranquille ! Il t'a sauvé !
Il aurait dû te laisser au fond, petit effronté !
Qu'est-ce qui est deux fois plus idiot qu'une vache ?
Deux sœurs idiotes !
Cesse, Pankraz ! Arrête !
Viens ici.
Dépêche-toi !
Assieds-toi et tiens-toi tranquille.
Et vous deux aussi, taisez-vous. C'est compris ?
Facteur, écoute-moi.
La mobilisation a commencé
voilà déjà quinze jours.
Tu connais tous les jeunes hommes du village.
Demain matin, passe à l'auberge
et viens me voir au bureau.
Tu me donneras tous les noms.
Tous !
Je peux compter sur toi ?
Sans aucun doute, M. le Maire.
Solide et dévouée, voici la garde,
La garde du Rhin !
Solide et dévouée, voici la garde,
La garde du Rhin !
Ma chère patrie, ne te fais pas de souci,
Solide et dévouée, voici la garde,
La garde du Rhin !
La Serbie, tu es finie !
Maman, tu me fais mal !
La Russie, on t'anéantit !
- Aucune chance pour la France ! - Ventre à terre, l'Angleterre !
- À l'attaque ! - Adieu, les Polaks !
Tous ensemble !
Allons, allons allons leur régler leur compte !
Creusons, creusons, creusons-leur leur tombe !
Je vais les écraser, les écraser, les écraser !
Tout ce qui n'est pas allemand, on l'écrase, c'est évident !
Rentrez-nous en forme, d'accord ?
On sera de retour pour la fête du village.
Ce sera trop tard, bande de fainéants !
Les pommes de terre seront déjà ramassées.
Santé !
Maman, ça veut dire quoi, "fainéant" ?
Quelqu'un qui n'aime pas travailler et préfère jouer à la guerre.
- À la victoire ! - Il faut y aller !
C'est parti !
- Nous voici ! - Nous voilà !
Nous voici, nous voilà, nous voili !
Frappez, entrez, et rompez tout tout tout !
- C'est parti ! - On y va !
Dans les temps de trahison, les paysages sont beaux.
Solide et dévouée, voici la garde,
La garde du Rhin !
Deux tartines au saucisson pour deux hommes en costume.
Qui me prépare une brune, un vin blanc
et deux limonades ?
Ou je dois encore tout faire seule ?
Pankraz,
le voisin vient d'apporter du poisson frais.
Va dans la remise et commence à l'écailler.
Marille va t'aider quand elle aura terminé de manger.
Vas-y.
Toujours moi !
Écoutez-moi tous.
Mare, vous aussi !
- Et les clients ? - C'est plus important.
Les six semaines dont on a tant entendu parler
sont passées.
Pourtant nos soldats ne sont pas rentrés.
Toni n'est là que pour quelques jours.
Donc la guerre n'est pas finie.
L'argent va manquer et le travail va augmenter.
Vous comprenez ?
- Oui. - Oui.
- Tout le monde ? - Oui.
Mare, fermez cette porte, nom de Dieu !
Tout le monde n'a pas besoin de nous entendre !
Je suis passé à la banque, je n'ai pas reçu un rond.
Vous savez ce que cela signifie.
Les avances de salaire, c'est fini, sachez-le.
Vous pouvez retourner au travail.
Vous, restez là.
Bon appétit.
Merci.
Notre chambre est fermée.
C'est moi qui ai la clé.
Les recettes restent à la maison, sinon on n'y arrivera pas.
N'en parlez pas, le personnel n'a pas à savoir
qu'il y a de l'argent ici. C'est bien compris ?
Oui.
Pas un mot à Pankraz, sinon il va le répéter.
Il est trop jeune pour comprendre.
Je dois parler à votre mère, maintenant.
Toni, tu restes.
On avait dit que le gamin irait à l'école.
Pourquoi traîne-t-il encore à la maison ?
J'en ai parlé au curé.
C'est un garçon fragile, et il n'aura six ans qu'en novembre.
Il pourrait rester encore une année ici.
Et il y a la guerre.
Demain, tu vas demander sa scolarisation.
C'est ce que je veux.
Sinon, il va devenir un bon à rien.
Pourquoi es-tu toujours aussi dur ?
Je vais te préparer du linge propre.
Cent marks devraient suffire jusqu'à ta prochaine permission.
Tu passeras à mon bureau, je te les donnerai.
Toni !
Tu m'emmèneras quand tu partiras jouer à la guerre ?
S'il te plaît, Toni ! Je porterai tes affaires.
Je t'aiderai à être un fainéant.
C'est pas possible.
Tu dois écailler le poisson.
Je te ramènerai un Français mort, la prochaine fois.
C'était la dernière fois que je voyais Toni.
Ils m'ont dit qu'il avait disparu en France.
C'est tout ce que j'avais vu de la guerre.
La guerre pour moi, c'était la disparition de mon frère.
Puis un beau jour, c'était un dimanche,
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