Jacques Tati, tombé de la lune

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Jacques Tati, tombé de la lune (2021, FR) [SD] FR
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Zveřejněno: 2026-07-31
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Il est juste et demie.

- Dois-je l'allumer ? - Bien sûr.

Ce soir, comme chaque soir à la même heure

nous vous présentons le Prof. Platoff !

Sujet du jour : "Débrouillez-vous vous-même"

Jacques Tati Tombé de la lune

L'année est 1958.

Jacques Tati est à New York en tant que Monsieur Hulot, le personnage qu'il a créé quelques années plus tôt.

Avec le nez en l'air et le pantalon trop court, il traîne sa silhouette dans les rues de la ville.

Tati n'est pas là pour des vacances.

Il accompagne la sortie de son nouveau film,

Mon Oncle, qui est sur le point d'être un succès aux États-Unis, comme partout où il est projeté.

Il sera bientôt en lice pour l'Oscar du meilleur film étranger.

Déjà, Tati pense à son prochain projet.

Il s'apprête à se lancer dans le film le plus grand et le plus ambitieux de sa vie.

Celui dans lequel il déversera son génie, son énergie, sa santé, sa maison.

Celui qui lui brûlera les ailes et le ruinera.

Mais ne brûlons pas les étapes.

Avant de trébucher, il faut d'abord gravir la montagne.

Avant la chute, nous devons raconter l'ascension, étape par étape.

L'histoire commence au milieu des années 1930, dans un club de music-hall.

Jacques Tati présente son spectacle Impressions sportives,

dans lequel il mime les gestes d'un joueur de tennis, d'un gardien de but ou d'un boxeur.

Un bon comique, dirait Tati, est avant tout une bonne paire de jambes.

Dès ses premiers courts métrages, d'abord comme acteur, puis

comme auteur-réalisateur, il a suivi ce principe.

Il fait de son corps et de ses mouvements la matière première de son cinéma.

Jacques Tati avait 40 ans lorsqu'il a réalisé son premier long métrage, Jour de fête, juste après la guerre.

Il reprit le personnage de François,

qu'il avait déjà joué dans L'École des facteurs, et sa manière unique d'utiliser son corps.

D'une scène à l'autre, il fait tourner son personnage, valser, comme par accident.

Un peu comme dans les films des légendes du cinéma américain de l'époque du muet,

Buster Keaton ou Harold Lloyd, que Tati admirait beaucoup.

Tati a réalisé sa première comédie avec de la ficelle et de la colle.

Il avait une toute petite équipe de techniciens, dont certains jouaient aussi dans le film.

Il recruta des figurants à Sainte-Sévère, où il avait passé une partie de la guerre.

Il avait promis aux habitants qu'il reviendrait faire un film.

Et ainsi, nous nous sommes lancés dans cette aventure avec un engagement total.

C'était comme se réveiller un matin et décider de faire un film.

Les gens disaient "Vous êtes fou, vous voulez tourner un court métrage ?" "Non, c'est un long métrage !"

Tati n'hésita pas à prendre des risques.

Il tourna son film avec un nouveau procédé, Thompson Colour, qui était censé faire de Jour de fête

l'un des premiers longs métrages français en couleur.

Des problèmes techniques insolubles finirent par l'obliger à abandonner.

Tati accepta une sortie en noir-et-blanc, mais aucun distributeur ne voulut le montrer dans les cinémas.

Pendant un an, le cinéaste chercha en vain un distributeur.

Heureusement, Tati avait la persévérance d'un coureur de fond.

Jour de fête finit par arriver dans les salles de cinéma.

Sorti en 1949, le film connut un grand succès auprès du public.

La carrière de Tati était lancée.

Mais le cinéaste n'oublia pas les habitants de Saint-Séver.

En juin, il retourna au village pour partager son succès avec eux.

Vous qui vivez toute l'année dans la nervosité, l'agitation, le tumulte.

Vous y pensez.

Vous qui passez la plus grande partie de votre vie dans des bureaux,

des usines, des ateliers. Vous y pensez.

Vous qui commencez déjà à avoir des obligations et des soucis.

Vous qui êtes chargés de responsabilités.

Vous, mademoiselle.

Vous, monsieur.

Alors réjouissez-vous, car bientôt, vous partirez tous en vacances.

Voici l'été.

Voici la plage. Voici un film où vous trouverez toute l'ambiance des vacances.

C'est la grande révélation comique de Jour de fête, Jacques Tati.

Tati a un esprit indépendant.

Il aime expérimenter avec chaque nouveau projet.

Pour sa deuxième comédie, qui se déroule dans une petite station balnéaire de la côte atlantique,

il invente un nouveau personnage, une fois encore joué par lui-même.

Ce personnage, qui entrera dans l'histoire du cinéma, est Monsieur Hulot.

Un homme rêveur, presque muet, défini par l'apparence et les accessoires iconiques de Tati.

Monsieur... Monsieur ?

Quoi ?

Permettez-moi.

Hulot.

Tati, le mime, donne à Hulot une silhouette grande et élancée,

une manière de se tenir très droit sur ses jambes, tout en restant souple dans ses articulations.

Mais surtout, Tati donne à Hulot une façon de marcher qui n'appartient qu'à lui.

Monsieur Hulot est un personnage lunaire, dirait Tati.

Sa démarche le prouve d'ailleurs, puisqu'il pose à peine ses talons au sol.

Il marche seulement sur la pointe des pieds, comme s'il essayait de se rapprocher de la Lune.

Enfant, Jacques Tati-Chef pouvait passer des heures perdu dans son propre monde.

Il aimait faire des imitations et n'était pas un très bon élève à l'école.

J'ai eu la chance d'être envoyé assez souvent au coin.

Et depuis le coin, puisque vous êtes un professionnel de la langue,

on remarque que le professeur que l'on voyait de face et qui semblait parfait,

depuis le coin on voit qu'il a un peu baissé ses chaussettes,

il se gratte les mollets, c'est-à-dire qu'on découvre les coulisses.

C'est ainsi que commence l'observation.

C'est ainsi que j'ai commencé à comprendre qu'il y avait plus que des gens impeccables et convenables.

D'une bonne famille bourgeoise franco-russo-hollandaise-italienne,

il quitta le lycée avant son baccalauréat et échoua à l'examen d'entrée aux arts et métiers.

Il préférait faire la fête.

Il se maria tard dans sa vie avec Micheline Winter, qu'il aimait faussement.

Mais sa belle-mère autoritaire interdit à ses amis du Music Hall d'assister au mariage.

Tati ne s'est jamais adapté aux codes bourgeois.

Tati affirmait souvent que Monsieur Hulot était un peu un homme ordinaire.

Mais il reste lui-même : un non-conformiste qui crée le chaos et fait les choses à sa manière.

Tati joue avec le son et le dialogue comme personne avant lui.

Dans sa mise en scène, le cinéaste adopte une méthode qu'il n'abandonnera jamais.

Avant le tournage, il mime chaque geste pour que les acteurs le reproduisent.

Tati est un cinéaste obsessionnel qui prépare minutieusement chaque scène

et tourne parfois plus de 20 prises pour obtenir exactement ce qu’il veut.

Il doit aussi composer avec le vent et les caprices du temps.

Des grains de sable pénètrent dans la caméra et provoquent des rayures irréversibles sur la pellicule.

Tati doit retourner certaines séquences alors que l’été 1951 est déjà terminé.

Faire une comédie n’est pas vraiment des vacances.

Et créer une impression de légèreté est la chose la plus difficile de toutes.

Les Vacances de Monsieur Hulot.

Au milieu de l’hiver 1953, Les Vacances de Monsieur Hulot sort

et c’est un triomphe auprès du public.

Le film est sélectionné à Cannes, où il remporte le Prix international de la critique.

Mais Tati, probablement pas encore assez célèbre, n’est pas filmé par les caméras d’actualité.

Quelques mois plus tard, les caméras sont bien là lorsqu’il reçoit le Prix Louis Delluc,

Une sorte de compétition cinématographique récompensant le meilleur film français de l’année.

Le cinéaste joue le jeu de la société et poursuit tranquillement son ascension.

À l’étranger, Jacques Tati commence à se faire un nom,

notamment en Angleterre, où Monsieur Hulot passe dans le cinéma le plus chic de Londres,

et où le film déclenche une véritable passion britannique.

Le cinéaste vient constater son succès en personne et, désireux de s’adapter aux coutumes locales,

il se procure un parapluie qu’il confiera bientôt à Monsieur Hulot.

En juin 1954, Tati arrive à New York pour la première atlantique de son film.

Les Vacances de Monsieur Hulot devient le film français le plus réussi de l’histoire des États-Unis.

Dépassant The Baker's Wife de Marcel Pagnol, qui avait détenu le titre pendant 15 ans.

Tati profite de son séjour à New York pour rejouer ses imitations sportives

devant l’objectif du photographe Philippe Halsman.

Mais surtout, il passe ses journées à observer le gigantisme américain

et la modernité conquérante dans le pays du progrès.

Il observe l’espèce humaine dans sa variante américaine.

En observant les passants, il tire des idées pour un personnage ou capte un geste.

Tati est un cinéaste en constante reconnaissance.

Je flirte un peu, je prends mon temps. Oui, je trouve ça agréable.

Et je marche et j’observe dans la rue, puis je vois si mon sujet tient, si vraiment,

oui, c’est bien comme ça, c’est ça.

Puis petit à petit, en observant, je construis et je raconte mon histoire.

De retour en France, Tati pourrait se reposer sur ses lauriers.

Pourquoi ne pas s’autoriser un détour par le monde de la publicité, comme le suggère son imprésario ?

La réponse de Tati est cinglante.

Je voudrais préciser que j’aime particulièrement mon travail

et que je ne le fais en aucun cas pour promouvoir une quelconque marque d’automobile,

encore moins la qualité des spaghettis.

Tati ne pense qu’à son art et à son prochain film.

Cette fois, il n’est pas question de changer de personnage.

Mais Tati veut continuer à se renouveler et à expérimenter.

Sa nouvelle comédie, intitulée Mon Oncle, sera tournée en couleur, et pour la première fois,

Il décide de tourner en partie en studio.

Il demande à l’un de ses collaborateurs artistiques, le peintre-architecte Jacques Lagrange,

de concevoir les plans d’une villa ultramoderne, une maison semblable à un robot avec des fenêtres en forme d’yeux.

Plus qu’un simple décor, elle sera un véritable personnage au centre du film,

révélant le snobisme bourgeois et les conventions.

"Tout est connecté", dit l’héroïne de Tati, Madame Arpel.

Mais dans cette villa stérile, personne n’est connecté à personne.

Dans son troisième film, Tati innove encore avec la bande-son.

Il l’utilise pour faire une critique visionnaire, non pas de la technologie elle-même, mais de la manière dont elle est utilisée.

Comme d’habitude, Tati prend le temps de mimer chaque geste à chacun de ses acteurs.

Il le fait même pour Dacky, le chien des Arpel, le seul perturbateur dans un monde parfaitement ordonné.

Oh Dacky !

Viens ici !

- Je suis sûr que c’est sa faute. - Dacky !

Il faut qu’on le fasse passer à nouveau devant le capteur.

Dacky, tu veux venir ici ?

- Allez ! - Ah, il vient.

Allez, Dacky, viens.

- Dacky ! - Ça ne marche plus.

Qu’est-ce qu’on va faire ?

Oh, écoute...

Va, Dacky. Allez, va.

Bien sûr qu’il ira si tu le grondes.

Il faut qu’on sorte d’ici, n’est-ce pas ? Il faudra appeler Georgette.

Dans Mon Oncle, le surprenant Monsieur Hulot a troqué sa tenue de vacances contre des vêtements de ville.

Et sa voiture brinquebalante du film précédent a dû rendre l’âme.

Il est l’oncle qui donne son titre au film, mais surtout son esprit libre et décalé.

Car Monsieur Hulot a beaucoup de mal à se conformer aux dures lois de la vie sociale.

Et il se soucie peu des illusions de réussite poursuivies par sa sœur et son beau-frère.

Oh, tu n’entres pas ?

Si vous n’étiez pas entré dans le cinéma, qu’auriez-vous aimé faire ?

Je travaillais dans une boutique, mon grand-père était encadreur.

- Un encadreur ? - Oui, un encadreur.

L’encadreur de Toulouse-Lautrec, un ami de Van Gogh. Mon père a repris la boutique.

Normalement, je devrais travailler dans cette boutique, en encadrant des tableaux de Buffet.

- Vous aimeriez ça ? - Je préférerais être encadré.

- Je suis trop pressé pour être encadreur. - Oui, bien sûr.

Jacques Tati est un bourreau de travail.

Après six mois de tournage épuisants, il consacre quinze mois à terminer son film,

travaillant dix heures par jour.

Enfin, au printemps 1958, le perfectionniste est prêt à affronter le regard du public.

Cinq ans après Les Vacances de Monsieur Hulot, le nouveau film de Jacques Tati concourt à Cannes.

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