De første 200 linjer.
UN FILM DE FRANK ARIZA
Mon Dieu.
Petra...
Tiens, ma chérie.
Merci beaucoup.
Ma mère...
Ma pauvre mère.
Ça m'a fait beaucoup de peine.
Je n'ai pas osé demander.
Je ne vais pas pouvoir lui parler...
plus jamais.
C'est la vie, ma chérie.
C'est fini.
Ça n'a même pas commencé.
Je n'ai pas encore eu le courage de monter.
T'as peur ?
Je voulais fumer une cigarette...
avant de monter.
Je vais faire une soupe de lentilles.
Quelle tragédie !
Disparaître comme ça, du jour au lendemain.
Elle qui ne prenait jamais d'aspirine.
Ma santé a toujours été plus fragile que la sienne.
Bien plus.
Personne ne s'y attendait. Notre vie ne tient à rien.
Rien du tout.
Je suis vraiment désolée, maman.
- Isa ? - Qu'est-ce qu'il y a ?
Ça s'est passé comment ?
Elle a souffert ?
Je n'ai pas l'impression.
J'ai entendu un ronflement
et quand je suis montée, elle était déjà morte.
Ça faisait longtemps que t'étais pas venue la voir, hein ?
- Elle ne viendra pas sur ta tombe. - Tu sais bien...
qu'on a eu des hauts et des bas.
Comme tout le monde, non ?
Oui...
Ta mère parlait souvent de toi.
- Ah bon ? - Oui.
- Qu'est-ce qu'elle disait ? - Euh, tu sais,
ce que les mères disent de leurs enfants.
Tu sais que ta mère avait vraiment un sale caractère.
Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Il faut prévenir les gens, non ?
Quand tu te sens prête.
Tu n'as rien d'autre à dire à ta mère ?
Non.
Non.
Je vais réussir à lui parler.
Mais pas maintenant...
Non.
Écoute, ta mère m'a dit
que si elle mourait subitement,
tu trouverais son linceul,
dans le placard de la petite chambre, dans une boîte.
Je vais aller le chercher et je reviens.
OK.
Tu sais comment était ta mère.
Oui, je sais.
- Elle voulait toujours tout contrôler. - À qui le dis-tu.
Elle avait toujours le dernier mot.
Même morte.
C'est sûr, même morte.
- Où vas-tu ? - Chercher le linceul.
Ou alors on la laisse en pyjama ?
Je sais pas...
La Reine des neiges.
Il devait y avoir des soldes.
Sinon pourquoi ta mère m'en aurait aussi acheté un ?
Regarde !
Non.
Elle me disait : « Je suis la blonde et t'es la brunette ».
Bref.
Non, le linceul...
Je vais chercher le linceul, mais elle aimait bien donner des ordres.
J'en avais marre.
Tellement autoritaire !
Attends ! Je viens avec toi.
Elle est peut-être au paradis, mais moi je suis aux anges.
Attends un peu, le linceul de ma mère...
c'est ma robe de flamenco ?!
T'es sûre ?
C'était la seule boîte dans le placard. Va vérifier si tu veux !
On se disputait tout le temps parce qu'elle m'empêchait de faire la fête
et elle choisit une tenue aussi joyeuse !
Elle t'aimait à sa façon.
- Isa, je... - Qu'est-ce qu'il y a ?
Je ne peux pas faire ça.
Je dois y aller.
- Aller où ? - Je pars !
- Je ne peux pas m'occuper de tout ça ! - Comment ça, tu pars ?
Personne ne m'a vue, juste Petra.
Explique-lui que c'était trop pour moi, s'il te plaît...
- Pas question. - S'il te plaît Isa. Laisse-moi partir !
- Écoute-moi, Maria. - S'il te plaît, je veux partir d'ici.
Pas question ! Je ne veux pas rester toute seule avec toi, petite garce !
Écoute-moi ! Viens ici !
- C'est... - Quoi ?
un signe de ta mère.
- C'est un signe. Oui. - Un signe ?
Ta mère ne voulait pas qu'on l'enterre dans la tristesse.
Tu ne crois pas ? Si.
- Tu crois que c'est pour ça ? - Bien sûr que c'est pour ça.
Elle voulait porter une robe de flamenco ?
Alors elle va porter une robe de flamenco.
Et voilà.
Oh la la, quelle idée.
C'est une blague.
Regarde-la !
Tu crois qu'on devrait la maquiller ?
Elle a le teint un peu bleu.
Bleu ? Je ne trouve pas.
Ta mère a toujours eu l'air bizarre et moche.
Bon, maquillons-la alors.
Tu crois que les gens vont comprendre ?
Mais comment je la maquille ? Je ne l'ai jamais vue avec du maquillage.
Moi non plus.
Mais tu pourrais... lui faire un grain de beauté.
Du rouge à lèvres ?
De l'eye-liner ?
Pour une petite touche flamenco. T'en penses quoi ?
En parlant de touche flamenco...
Une petite touche.
Il nous manque...
Il faut les mettre sur elle.
Oh la la.
Ses mains sont trop raides.
T'inquiète pas. Personne ne va remarquer que ses mains sont raides.
Sachant qu'on en a fait un clown.
Il faut que tout soit parfait pour ma mère.
Que tout soit parfait... Très bien.
Excuse-moi.
Tu vas où ?
Je vais chercher tout le monde.
Mais laisse-moi te dire une chose : les gens vont jaser.
- Attends. Tu vas où ? - Je t'ai dit...
Il faut qu'on s'habille correctement.
Je ne porte pas une robe de flamenco. Je n'en ai jamais porté de ma vie !
Je ne vais pas en porter une pour la veiller, bon sang !
- C'est pas ça. - Qu'est-ce qu'il y a alors ?
Maquille-la, toi.
- Moi ? - Oui.
Je vais chercher des œillets.
Je vais décorer sa chambre.
Et mettre une fleur dans ses cheveux.
Ça va être magnifique.
Elle est encore plus folle que sa mère.
- Écoute-moi. - Quoi ?
Offre un verre à tous ceux qui passent.
À la santé de ma mère.
À la gloire de ma mère !
Paquita, je vais te maquiller comme une vieille porte.
C'est ça.
C'est de la folie.
C'est de la folie.
Je ne voulais pas partir.
Je le jure sur Papa... qu'il repose en paix...
là où tu vas.
J'ai passé deux heures de l'autre côté de la rue
à attendre que tu sortes, mais au fond on est pareilles toutes les deux.
On est trop fières.
C'est pour ça...
tu ne vas pas m'en vouloir parce que je ne t'ai jamais appelée, hein Maman ?
J'espère, en tout cas.
Et tu n'avais pas tort.
Tu savais qu'il n'était pas celui qu'il me fallait.
Je le savais aussi, d'accord ?
Mais j'en avais besoin.
J'avais besoin de me séparer de toi pendant un moment.
Et il m'a attirée avec toutes ses promesses, Maman.
Mais tu insistais pour me trouver un homme
et moi pour faire le contraire de ce que tu voulais.
Donc j'ai sauté dans le premier train que tu désapprouvais.
Mais sache que je ne regrette rien.
C'est une expérience que je devais vivre.
Mais...
je ne savais pas que tu partirais si tôt, Maman.
Ou que tu me manquerais autant.
Maman !
Ne me fais pas peur comme ça s'il te plaît, j'ai le coeur fragile !
Tu veux me dire quelque chose ?
Maman ?
Maria ?
Allez, ma fille !
Isabel !
J'ai commencé à prévenir les gens et tu sais que les rumeurs vont vite.
Ils vont arriver !
Il vient de m'arriver quelque chose.
Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Une voiture est arrivée ?
Je viens de voir ma mère !
Arrête tes bêtises.
Elle ne peut pas sortir habillée comme ça !
Elle ne va pas se montrer avec tous ces volants !
Je te jure, Isa. Je l'ai vue avec sa robe de flamenco. Mon Dieu...
Elle a peut-être un message pour toi.
Elle ne peut pas se taire, même morte.
On oublie un truc, Isa.
On oublie un truc.
Tu pourrais la mettre à côté du bar.
Qu'on n'oublie aucun détail.
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