De første 200 linjer.
Tonalité.
“'-Allô ? -Oui, c'est moi.
Finalement, je pourrai pas venir dîner ce soir.
Je dois rendre visite à une dame sur le point de mourir.
Bien sûr que si, j'ai le trac.
Non, je ne sais pas.
Sa famille m'a dit qu'elle ne croyait pas en Dieu.
Merci. Embrasse les parents pour moi.
Musique mélancolique.
Bonsoir, mon père.
Suivez-moi, s'il vous plaît.
Bonsoir, madame.
Désolé pour le retard, je me suis perdu en route.
Je suis le père Sébastien.
Musique douce.
C'est par ici.
Le voilà, maman.
Il s'appelle Sébastien.
(-Laissez-moi seule avec lui, s'il vous plaît.)
Vous êtes bien jeune.
C'est la première fois
que vous accompagnez une personne en fin de vie ?
Oui.
-Ne vous inquiétez pas, jeune homme,
tout va bien se passer.
Je m'appelle Barny, monsieur l'abbé.
Je vous ai fait venir afin de recueillir ma confession.
-Mais… pourquoi vous confesser si vous n'êtes pas catholique ?
-C'est précisément le secret que je voudrais vous confier.
Afin de pouvoir partir en paix.
Onyva?
Elle inspire profondément.
Elle expire lentement.
-Cette confession, je veux la faire par loyauté
envers un homme que j'ai aimé
plus que tout au monde.
Et dont je n'ai jamais parlé à personne.
Propos en flamand.
Je vivais alors a Faugières,
une petite ville du nord dela France,
occupée par les Allemands.
Je cachais depuis quelques mois
un couple de Flamands et leur petit garçon
qui ne parlaient pas le français.
Nous menions une vie faite de manque et de silence
qui me poussait chaque jour dans une plus grande solitude.
Propos en flamand.
Cloches.
Et puis tout a changé, un matin.
Avec la mort du prêtre
qui dirigeait depuis 20 ans la paroisse dela ville.
Cloches.
Une mort qui m'était complètement indifférente
et qui pourtant allait changer ma vie.
Musique douce.
Ca, c’est pour toi.
-Merci. -Ah !
Madame De Bruycker ? Bonjour.
-Bonjour. -On vous voit à l’enterrement ?
-Je suis de permanence à La Poste.
Mais il y aura toute la ville.
-Je viens de vous dire que je ne pouvais pas.
Ca ne m'étonne pas.
Carillon.
Cloches.
-Adrien est sorti du maquis, hier soir.
Il est venu chez moi.
Il est resté la nuit entière.
Il m'a demandé si tout allait bien avec les Silman ?
-Non. Je ne ramène plus assez à manger.
La nuit dernière,
j'ai surpris Dimitri qui dévorait une patate crue.
Il faut l‘emmener rejoindre ma fille àla campagne.
Attends un peu.
Ils multiplient les barrages, même sur les petites routes.
J'ai pas le choix.
Kommandantur, en voilà une.
Ca fait déjà sept depuis ce matin.
Il y en a de plus en plus.
-"Je tiens à vous signaler que Mme Bouvier,
"employée dela mairie, tient des propos anti—allemands.
"Cette femme a été la maîtresse de Lucien Delaunay,
"terroriste d'un jour."
Barny la Rouge, je m'y attendais,
mais vous, Sabine, ça m‘a déçue de pas vous voir ce matin.
-Je vous avais dit que je viendrai pas.
Je vous en pensais pas capable.
Rater l’enterrement du prêtre qui vous a baptisée,
je trouve ça lamentable.
-Prêtre, mais surtout collabo. -C'est reparti.
"Collabo", tout de suite, les grands mots.
-ll dlnait avec les Allemands 2 fois par semaine.
Ca ne veut rien dire.
Il a fait ça pour nous protéger en facilitant le dialogue.
Et ça a bien marché, du reste.
Oui, surtout les arrestations.
Il incitait a balancer ceux qui voulaient pas
travailler en Allemagne.
Vous n‘allez pas recommencer.
Quoi qu'il ait fait, respect pour les morts.
Et on passe à autre chose.
Elle a raison.
Au travail. On a pris suffisamment de retard comme ça.
Barny, mettez—moi à jour les listes de réexpéditions.
Ca va faire une semaine qu'on me les réclame.
-En tout cas, vous avez raté quelque chose, à l'Eglise.
-J'en doute pas. -Parce que, nous,
on a vu son remplaçant.
Et il est comment ?
II est jeune!
-J'ai surtout apprécié sa voix, quand il s'est mis a chanter.
ll récite bien, avec ferveur.
-En plus, il est canon! Il a un sourire à tomber.
-Marion, vous ne recommencez pas, s‘il vous plaît.
Je voulais dire qu’il avait
un physique pas désagréable.
-Vu comme tu fréquentais le précédent curé,
je pensais pas que le physique comptait.
T'insinues quoi, là ?
Ca va, Marion. Pas avec nous.
Tout le monde le sait, ici.
Cloches.
Midi !
Marche militaire.
Pile à l’heure. Ils sont impressionnants.
II y en a des nouveaux.
Oh oui !
Oh, là, là.
J‘aime bien
le grand, là.
C'est Hans.
-Vous le connaissez ? -Un peu.
Pas de course.
-Et il s‘appelle comment, notre nouveau prêtre ?
Le père Morin.
Musique inquiétante.
Voix qui résonnent dans la forêt.
Propos en allemand.
Aboiement et cacardement.
Ca, c’est des cochons.
Ca, c'est quand ils font la guerre
et ça, c‘est une vache.
T'as vu ? Ca, c‘est papa.
II est trés beau.
-Maintenant, est—ce qu’il est mort ?
-Non. Non, ne t'inquiète pas, ma chérie.
J'ai reçu une lettre. Il me dit que tout va très bien.
Et il t'embrasse fort.
Les Allemands vont bientôt partir. On sera bientôt réunis.
-Alors, il y a un nouveau prêtre en ville ?
-Oui. -ll parait qu’il est formidable ?
-C'est ce qui se dit, mais j'en ai rien a faire.
-Si on t’écoutait, il faudrait se débarrasser des curés.
On aurait l’air malin. Hein, Dimitri ?
Il est juif ?
J'allais t'en parler.
-Tu sais très bien qu’on ne prend pas les Juifs.
C'est un enfant.
C'est quoi, un Juif ?
Tiens.
Il paie avec ça.
Regardez-moi bien, toutes.
Je vais l'accrocher en face du guichet
et si elle disparaît, vous aurez affaire à moi.
-200 000 francs, ça commence à chiffrer.
C'est vrai.
-Vous les livreriez, si personne
ne savait ? -Jamais dela vie.
-Si tu demandes, c’est que tu le ferais.
-Non, je crois pas. Enfin, pas pour ce prix-là.
Ou il faudrait que je sois fauchée.
Ca te porterait malheur.
-Ce serait contraire à ce qu'enseigne le père Morin.
C'est sûr, ça le fâcherait !
Ah, ça, évidemment.
Ce que je trouve incroyable,
c'est qu’en seulement 15 jours,
il a réussi à se mettre toute la ville dans sa poche.
-C'est normal, son prêche était remarquable.
Oh, oui. Magnifique.
-Ce qui est bien, c'est qu‘il nous juge pas.
-Jamais. Ca n'a rien à voir avec le précédent.
-ll m'a encore prêté un livre. -Ah bon ? A toi aussi ?
Oui. D'un Russe.
-ll m'a prêté "Les Mémoires" de Sainte-Thérèse de Lisieux.
-Vous n'allez pas vous y remettre ?
Et pourquoi pas ?
-Ca devient soûlant, à la longue. -T'es jalouse ?
Qu'est-ce que ça peut te foutre s'il nous fait du bien ?
C'est vrai.
Même Sangredin, elle est moins vache
depuis qu’elle va lui parler. -Ah ?
J’avais pas remarqué.
-Si tu allais le voir, ça te ferait quelque chose.
Pourquoi tu le rencontrerais pas,
au lieu de le débiner ?
-Je suis sûre qu’il est comme les autres.
Vous manquez d‘hommes,
c’est pour ça qu’il arrive a vous allumer.
Et il en profite. -C'est bon, parle pour toi.
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