The Cannibals

The Cannibals (Os Canibais)

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Manoel de OliveiraLes cannibales
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Udgivet den: 2010-01-11
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De første 200 linjer.

LES CANNIBALES

L'histoire que vous allez voir

est arrivée entre mes mains

dans un manuscrit anonyme intitulé

"Une Histoire Véridique".

Je vais vous la conter à la demande

de cet ami, italien d'origine.

Niccoló, violoniste de génie,

qui me rend visite avec une telle assiduité

qu'on parle d'un pacte

qui l'obligerait à venir me rendre des comptes.

Pure médisance...

Niccoló !

Ce conte est amateur de sang bleu,

il aime l'aristocratie.

Qui voudra bien m'écouter,

parcourra avec moi la haute société,

là où on chante au lieu de parler.

Je le conduirai à des bals et des festins.

J'éveillerai son intérêt

par des mystères, des amours et des jalousies,

ce dont regorgent les romans

qui se passent dans les hautes sphères.

Je vais commencer, me conformant à la tradition.

Niccoló, accompagne-moi

au son d'une mazurka !

Marguerite est une femme fatale,

de celles qui attirent les passions irrésistiblement

Jeune fille, celui qui par malheur l'aura regardée

se prend pour Roméo.

Mariée, il ne manquerait pas de Werthers

qui se brûlent la cervelle

pour susciter en elles des regrets.

Mais pourquoi est-elle songeuse et triste ?

J'ai quelque espoir !

Vanité, Don Juan !

Écoute, dans ces campagnes,

je suis presque un vétéran.

Je me vante d'avoir de cette main

arraché les voiles de la plus chaste pudeur.

Pourtant, Marguerite...

Elle est femme.

Je la sens prête à céder.

Qu'est-ce qui t'en assure ?

De petites faveurs, un regard...

Illusions d'amour propre. Crois-moi.

La coupe d'ambroisie

qui tempère les soifs d'amour,

ce n'est pas elle qui la portera à tes lèvres.

Elle est de ces rares femmes

qui n'ont qu'un cœur

et ne le donnent qu'une fois.

Peut-être puis-je obtenir...

Ce qui est déjà à un autre ? Certainement pas.

Alors Marguerite...

Aime !

Elle t'aime, Baron ?

Non, pour mon malheur.

Alors qui ?

Le vicomte...

Monsieur le vicomte d'Aveleda !

Que va-t-il dire ? Que va-t-il faire ? que va-t-il arriver ?

Qu'apportera-t-il ? Que chantera-t-il ?

Quel mystère ! Quel regard !

On dirait une créature de Byron ! Quel romantique !

Mille bruits extravagants courent !

Nous savons qu'il vient d'Amérique. Qu'il a vécu au Brésil.

Il a vécu là-bas, il y était aimé.

Aimé des sages et des savants.

Aujourd'hui, il vit comme un prince.

L'argent coule à flots. Il a acheté des palais.

Il chante comme un ange

et ne veut pas se marier.

Situer l'action dans son cadre,

c'est la première obligation du conteur. Je le sais.

Cependant, je me soumettrai plus volontiers

aux criailleries de la critique

que de fixer l'action de ce conte

dans tel ou tel pays.

Le manuscrit se tait sur ce point.

Imaginez donc le bal où vous voudrez,

dans le palais le plus fastueux que vous connaissiez.

J'en sais un à Lisbonne... mais je me tais.

Revenons au festin.

Nous l'avons quitté troublé

par l'entrée du singulier vicomte d'Aveleda.

Tu lui as parlé ?

A l'instant même.

Alors ?

Je ne sais ce que je ressens.

Je n'ai jamais rencontré un tel homme.

Tu ne m'as pas trompée. j'en tremble encore.

Savez-vous que votre tristesse nous afflige tous.

Pourquoi êtes-vous toujours triste ?

Je ne sais pas faire feindre des joies distantes.

Je respecte votre chagrin mais une telle ostentation...

Les apparences du luxe peuvent parfois servir

à cacher des misères.

Certains rires, vous ne l'ignorez pas,

peuvent cacher des larmes.

Je pressens un malheur.

Je ne me plains pas.

Je ne vous plains pas. Mais je ne suis pas indifférente

à la douleur d'un autre. Vous en doutez ?

Oui, car ne me tendez-vous pas du poison

par cette main blanche comme l'innocence ?

Moi ?

Le miel de votre voix angélique a le goût âcre,

permettez-moi de vous le dire, de absinthe

Paroles flatteuses ou ironiques ?

Serais-je malheureuse au point d'aggraver votre tristesse

par ma seule présence ?

Vous faites pire.

Pire encore ? - Bien pire.

Imaginez un voyageur perdu dans le désert,

brûlé par le soleil, mourant, affaibli,

au bord d'un torrent profond

qu'il ne peut atteindre.

Si vous pouvez concevoir le supplice de ce malheureux, dites-moi:

Comment puis-je vous regarder,

écouter votre voix céleste

et ne pas sentir mon cœur fondre en larmes

et comparer ce que je suis,

avec ce que je fus ou ce que j'aurais pu être.

Je ne sais si je vous ai compris.

mais ce voyageur ne devrait pas perdre espoir.

L'espoir ? Dans un désert ?

La foi pourrait vous secourir.

Comment ?

Je ne sais... un miracle de la Providence...

La Providence... J'ai tant usé mes yeux à sa recherche

que je me suis, un jour, réveillé aveugle.

Aveugle ? Avec ces yeux...

Si je pouvais ne pas les avoir !

Ne pas vous voir c'est ne pas voir que la terre est loin du ciel

et que tout est impossible entre nous.

Impossible, pourquoi ?

Pourquoi ces énigmes,

comme si vous vouliez me martyriser ?

N'avez-vous pas encore deviné ?

Faut-il que les lèvres disent tout ce que l'on ressent...

Eh bien, je le ferai donc.

Si votre bonheur dépend de moi,

venez le chercher.

Venez le recevoir.

Il est à vous.

Impossible.

Impossible ?

Oui. Un aveugle devine les merveilles

qui l'entourent sans les voir,

sans pouvoir les contempler.

Que dites-vous ?

Je vous adore, Marguerite,

sans pouvoir... rien de plus.

Vous voulez ma mort !

Je vous aime trop pour vous souhaiter une vie chimérique.

Chimérique ? Quelles chimères ?

Parlez. Ne voyez-vous pas combien vous me peinez ?

Je ne puis dire qu'un mot,

autrefois consacré dans l'Apocalypse

et maintenant abâtardi par abus

dans les dénouements romanesques.

Ce mot ?

Mystère.

Je ne sais quelle peine

ont méritée les protagonistes

de cette histoire véridique

pour aller, étrangers aux plaisirs divins de ce bal,

s'enivrer de propos qu'on ne supporte qu'au théâtre.

Toutefois, un observateur attentif

pourrait discerner derrière les tentures

deux yeux hagards jetant parfois des éclairs.

C'était Don Juan.

Dans un roman, il devrait, lui, Don Juan,

serrer dans sa main fébrile

le manche d'un poignard luisant.

Mais laissons le poignard

au magasin des accessoires.

Je vous en prie, Madame,

aidez-moi à convaincre votre invité

de chanter une de ces mélodies anciennes

qui l'ont rendu fameux.

Il ne pourra vous le refuser.

Madame.

Ne vous dérobez pas:

Une mélodie, s'il vous plait.

Silence !

Le silence se fit.

Aussitôt, s'éleva la voix

inspirée du vicomte.

Écho ! Écho !

Écho

était le titre de cet air

tiré de la légende

de la triste nymphe.

Écho !

Tendre nymphe passionnée,

malheureuse,

tu brûles d'un amour sans espoir.

Le chant était si parfait,

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