De første 104 linjer.
- Qui êtes-vous ? - Zégué Bamba.
- Vous êtes un témoin ? - Oui.
Beï !
La parole, c'est quelque chose...
Quand tu l'as sur le coeur, ça te saisit.
Si tu ne la sors pas, ça ne va pas.
Ce que vous avez sur le coeur, vous le direz le moment venu.
Puisqu'il ne vous a pas donné la parole,
arrêtez et allez vous asseoir.
Ce n'est pas grave...
La chèvre a ses idées, mais la poule aussi.
Quand tu viens pour une chose,
il faut l'accomplir.
C'est pour ça que tu es là.
Mais venir et repartir sans s'exprimer...
On ne vous a pas donné la parole.
Allez vous asseoir. Votre temps viendra.
On vous demande seulement d'attendre.
J'ai compris. J'allais lui rendre sa parole.
Ma parole ne restera pas en moi.
Chaka...
Maman...
Je vais bien.
Pas de problème, j'ai un rhume.
Elle dort.
Je rentre à Dakar.
Je m'en fous.
Toi aussi, tu compliques les choses.
Allez, prends ça.
Si tu entres, tu ne vas pas filmer ! On ne filme pas ici.
Beï !
Il n'est pas bien.
Tu travailles pour la police ?
Je leur fais des photos, quoi !
Lorsqu'il y a des crimes, des assassinats, des accidents,
je fais des photos.
Ça me permet de gagner un peu d'argent,
comme avec les mariages.
Maintenant, il y a un autre créneau.
Les enterrements.
Il y a de l'argent.
Il n'y a pas de vérité.
La mort, c'est bien.
Rien ne vaut la mort.
Je suis un témoin.
Madou Keita n'est pas sur la liste.
Recule.
Falaï...
Ce n'était pas ce policier, avant.
Celui qui était là
s'est endormi pendant la pause.
Il a dit que son pistolet avait disparu.
Un enquêteur est là.
Il me soupçonne.
Les Marocains nous ont ramenés à Oujda.
Ils nous ont regroupés dans un camion
pour nous ramener dans le Sahara.
Et là, on a marché vers l'Algérie.
Les Algériens nous ont interdit de passer.
Ils nous ont aidés la première fois,
mais cette fois-ci, non.
Ils nous ont tiré dessus, sans atteindre personne.
Et on est repartis.
On était une trentaine.
On a fait 7 nuits de marche.
On a marché une semaine.
Sans eau ni nourriture.
Ceux qui étaient malades se sont vite épuisés.
Un homme ne pouvait plus avancer.
Son jeune frère s'est assis à côté de lui,
pour l'attendre.
Il a dit : "N'attends pas.
"Pars.
"Je n'en peux plus,
"j'accepte la mort.
"Ça n'a pas de sens que tu restes avec moi.
"Pars..."
Il y avait une femme.
Une Ghanéenne.
On ignorait que c'était une femme.
Elle était déguisée en garçon.
Elle était épuisée.
On s'est approché d'elle pour l'aider.
On n'a rien pu pour elle.
Des trente que nous étions,
seulement une dizaine
ont pu s'en sortir sans trop de problèmes.
On ignore où sont les autres.
Sont-ils morts ? Errent-ils dans le Sahara ?
On l'ignore.
Madou Keita...
La raison qui t'a fait quitter ton pays,
c'est la souffrance.
Depuis que tu es né Madou,
as-tu été à l'école pour apprendre ?
Depuis que tu es né Madou,
l'État t'a-t-il donné de quoi te soigner ?
Depuis que tu es né Madou,
État t'a-t-il appris un travail ? T'en a-t-il trouvé un ?
T'a-t-il donné de l'argent ?
Il ne m'a rien donné.
Rien. État ne m'a rien donné.
Comment ça ?
Tu ne réfléchis pas.
No comments yet. Be the first to leave one.