De første 200 linjer.
Hollywood.
Cette ville a toujours attiré un genre de femme bien précis.
Elle entre, prête à se battre.
Son rouge à lèvres et son décolleté sont ses meilleures armes.
Elle est certaine de gagner
car elle n'a pas oublié ce que la vie lui a appris.
Qu'avec la beauté
vient le pouvoir.
Ceci n'est pas l'histoire d'une femme puissante.
C'est celle d'un autre genre de femme.
La femme au foyer quadragénaire qui n'intéresse personne.
L'oiseau terne sur lequel personne ne s'attarde.
La femme banale que l'on n'invite jamais.
Elle ne peut pas compter sur sa beauté.
Elle n'a aucune allure,
aucune grâce.
Cette créature discrète affronte la vie
dans l'indifférence absolue.
Cependant, elle ne se plaint pas.
Des années de négligence lui ont appris à ne jamais
trop en attendre.
On lui a dit d'être patiente.
Qu'un jour,
les débonnaires hériteront la terre.
Oui, c'est l'histoire d'Alma Fillcot.
Une femme débonnaire qui, un jour...
en eu assez d'être patiente.
Le parcours d'Alma, d'invisible à tristement célèbre,
commença avec un article de journal.
Sa vie changea
quand celle de quelqu'un d'autre
prit fin.
Bertram, réveille-toi !
Vonda Van Essen est morte !
Qui ça ?
La fondatrice du Club des jardins,
le plus raffiné de Los Angeles.
C'est un club très fermé.
Les admissions sont très disputées.
Il n'y a jamais plus de 20 membres.
Avec la mort de Vonda, une place se libère.
D'ordinaire, je n'y penserais pas,
mais j'ai fait des merveilles dans le jardin.
À ton avis, je devrais me présenter ?
J'ai des chances d'être acceptée ?
À mon avis, ces femmes auraient de la chance
de t'avoir.
Mais elles sont riches et mondaines.
Elles embauchent des jardiniers.
Et s'il est aussi difficile d'y entrer...
Tu as raison.
Je rêve éveillée. N'en parlons plus.
Bonjour, maman.
Dee, je te prépare à manger ?
Je grignoterai au restaurant.
Ton ourlet est défait.
Laisse-moi m'en occuper.
Personne ne le verra derrière le comptoir.
Et si tu rencontrais un homme ?
Tu aurais l'air négligée.
Je demanderai à Sue. Elle est douée pour la couture.
Tu veux me blesser ?
Je sais recoudre un ourlet. C'est à la portée de tout le monde.
Je t'ai entendu parler à papa.
À propos d'un club ?
Je croise ces femmes
toutes les semaines au bistrot du centre-ville.
Je m'arrange toujours pour passer près d'elles.
Elles sont tellement chics.
Et elles ont l'air de s'amuser.
Je serais comblée si j'avais des amies
aussi élégantes.
Comment on fait pour devenir membre ?
Il faut être nommée par une des membres.
Puis elles votent. Mais je n'en connais aucune.
À part Rita Castillo.
La présidente.
Elle vient à la clinique de ton père.
Parle-lui. Elle t'aidera.
J'en doute.
Je me suis présentée plusieurs fois,
mais elle ne se souvient jamais de moi.
Il faut croire que je ne suis pas mémorable.
Retente ta chance.
Ce serait une perte de temps.
Peut-être, mais tu sais ce qu'on dit.
Qui ne tente rien n'a rien.
J'ai fini.
Tant mieux, car je suis en retard !
Dee ?
Comment je m'y prends ?
Je ne peux pas dire à Rita Castillo :
"Je veux intégrer votre club."
Si ?
Ce serait digne d'une femme mémorable.
C'était le drame de la vie d'Alma.
Alors qu'elle aspirait à un semblant de vie sociale,
son mari avait des amis à ne plus savoir qu'en faire.
Oui, tout le monde adorait le docteur Bertram Fillcot.
En particulier ses patients.
- Bonjour, Rona. - Docteur.
Par qui on commence ?
Maisie Moran et Biscuit.
Juste ciel...
C'est aujourd'hui ?
Bonjour, Mlle Moran.
Comment allez-vous ?
J'ai connu mieux, doc.
Et si on attendait encore un peu ?
Ce n'est pas pressé.
Je comprends,
mais Biscuit a terriblement mal.
Je ne veux pas qu'il souffre inutilement.
Vous avez raison.
L'heure est venue.
Vous mettez de la musique aux animaux ?
Je tiens à leur apporter de la beauté
dans leurs derniers instants.
Eh bien, doc...
c'est adorable.
Mon adorable Biscuit.
Tu étais un bon chien.
Ta maman est près de toi, comme toujours.
Tu étais un chien exceptionnel.
Sache que ta vie a compté.
Tu as amené la joie.
Tu as été aimé.
Et nous ne t'oublierons pas.
Bien le bonjour !
Désolée de vous déranger.
J'ai rendez-vous avec une férue de jardinage
pour lui montrer ma nouvelle fleur.
C'est une rose-thé hybride Lady Marchbanks.
N'est-elle pas jolie ?
J'étais à ma table, là-bas, quand je vous ai vues.
Je me suis dit : "Tiens, le Club des jardins !
"Ma rose les intéressera."
Je ne voulais pas vous déranger, je suis timide.
Mais me voilà,
la rose au poing.
Je vous connais ?
Oui, nous nous sommes déjà vues ! Deux fois.
C'est la femme du vétérinaire.
C'est moi !
Alma Fillcot.
Je connais votre chat, M. Bouton.
Nous avons donc des amis en commun.
Si cette rose vous intéresse,
j'ai des graines dans mon sac à main.
Alma, j'ai une idée amusante.
J'organise une petite réception chez moi, samedi.
Venez donc. Vous nous montrerez vos graines.
Vous m'invitez à une fête ?
Suite au décès de Mme Von Essen, ce sera une veillée.
Le noir est de rigueur ?
Seulement pour le personnel.
Voilà.
On se voit samedi !
Sans s'y attendre,
Alma fut ensorcelée par la déesse
qu'était Rita Castillo.
Elle aurait été moins admirative de la vie privée de Rita,
qui était pour le moins sordide.
Pardonnez-moi.
Je cherche Vern Loomis, le détective privé.
Vous l'avez trouvé.
Que puis-je faire pour vous, mademoiselle...
Madame Carlo Castillo.
Êtes-vous discret ?
Contre rémunération, je peux être muet comme une tombe.
Formidable.
On dit que vous êtes spécialiste en adultère.
C'est mon gagne-pain.
Votre mari vous trompe ?
Je veux que vous suiviez mon amant.
Vous êtes infidèle.
Seulement si vous travaillez pour mon mari.
Quelle affreuse journée...
Mais vous avez été très gentil. Merci, doc.
Pardonnez-moi, mais...
Vous avez mauvaise mine. Vous semblez épuisée.
Je travaille de nuit.
Je chante au Maui Lounge.
Vous devriez y passer.
J'y suis toute la semaine à 22 heures.
Ça fait un peu tard. Ma femme et moi nous couchons tôt.
Vous êtes marié.
Et heureux ?
Ça, oui !
Décidément,
c'est une affreuse journée.
Mon amant s'appelle,
ne riez pas,
Scooter Polarsky.
Son adresse et sa photo.
Un acteur ?
Il est doué ?
À part pour s'endetter,
non.
Vous êtes une sorte de mécène ?
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