De første 200 linjer.
- Oui ? - J'aimerais voir Mlle Usher.
Ce n'est pas possible. Mlle Usher est alitée.
- Elle est malade ? - Oui.
- C'est grave ? - Vous êtes ?
Je m'appelle Philip Winthrop. Mlle Usher et moi devons nous marier.
- Je ne peux pas vous faire entrer. - Qui l'ordonne ?
M. Roderick, son frère. Il a formellement interdit...
Je veux lui parler.
J'exige que vous m'annonciez.
Bien, monsieur. Entrez.
Votre manteau.
Suivez-moi.
- Qu'y a-t-il ? - Vos bottes.
- Qu'est-ce qu'elles ont ? - Pouvez-vous les enlever ?
Les enlever ? Mais pourquoi ?
Je suis sûr que M. Roderick vous l'expliquera.
C'est bizarre. C'est la première fois qu'on me...
Pouvez-vous mettre ça ?
Merci.
Nous pouvons y aller, maintenant ?
Par ici.
Qu'est-ce que cela signifie ?
Voici M. Winthrop.
Comment avez-vous osé faire entrer quelqu'un ?
J'ai insisté. J'en ai le droit.
Nous ne pouvons pas parler ici. Entrez.
- Vous devez savoir qui je suis. - Je vous en prie, doucement.
J'ai des troubles de l'audition.
Les sons violents me perforent le cerveau comme des couteaux.
Je suis désolé.
Vous allez devoir partir.
- Je suis venu voir Madeline. - C'est impossible.
Elle est alitée.
- Votre soeur et moi sommes fiancés. - C'était une erreur.
- Je ne le pense pas. - Ne discutez pas.
Vous devez partir maintenant.
Ce lieu n'est pas bon pour vous.
J'ai fait la route depuis Boston pour voir Madeline.
Je ne partirai pas sans l'avoir vue. Si...
Tu dois absolument retourner au lit.
- Tu as fait tout ce chemin pour me voir ? - Oui.
Madeline, j'insiste.
- Nous parlerons plus tard. - M. Winthrop s'en va.
- C'est vrai ? - Non.
Il doit rester, Roderick.
Laisse-le rester.
Très bien, il reste. Mais je t'en prie, retourne au lit.
Que s'est-il passé ?
Votre cheminée a besoin d'un pare-feu.
Ah bon ?
J'admirais ce tableau. Il est de vous ?
Oui.
Et vous jouez aussi du luth ?
Oui.
M. Winthrop, comptez-vous épouser ma soeur ?
Pendant la période qu'on a passée ensemble à Boston, j'ai toujours pensé,
et Madeline aussi,
que nous étions faits l'un pour l'autre.
Quand elle est partie, elle m'a dit : "Je t'aimerai toujours."
Cela vous semble si incroyable que je veuille l'épouser ?
Si vous saviez à quel point.
Et j'imagine que voulez des enfants.
S'il plaît à Dieu.
Ce serait un vrai cauchemar.
- Un cauchemar ? - Exactement.
Pourquoi Madeline ne fonderait-elle pas une famille ?
La lignée des Usher est impure.
Vous nous avez vus. Nous sommes mourants.
Madeline restera comme vous l'avez vue aujourd'hui.
Croyez-moi, je ne vous veux aucun mal.
Dans d'autres circonstances, vous seriez le bienvenu.
Mais, vu la situation, c'est impossible.
Pourquoi pensez-vous être mourants ?
- Pour de nombreuses raisons. - Citez-m'en une.
Madeline et moi sommes comme des figurines de verre.
Nous pouvons nous briser au moindre frôlement.
Nous souffrons d'une hypersensibilité morbide.
Moi, plus qu'elle, car je suis plus âgé, mais nous sommes tous deux touchés.
Je ne supporte aucun aliment plus exotique qu'une purée insipide.
Les vêtements, s'ils ne sont pas doux, me font atrocement souffrir.
Mes yeux sont tourmentés par la moindre lumière.
Les odeurs m'agressent constamment.
Et, comme je vous l'ai dit, tous les bruits me terrorisent.
Voilà pourquoi j'ai dû enlever mes bottes.
Mais je vous ai entendu venir. Chaque pas, chaque froissement de vos habits.
J'ai entendu votre cheval approcher.
Le cliquetis de ses sabots dans la cour, vos coups sur la porte...
Le grincement du verrou m'a percé les tympans.
J'entends le grattement des rats dans le mur de pierre.
Les trois quarts de ma famille ont sombré dans la folie,
et se sont dotés d'une force surhumaine
telle qu'il fallait plusieurs personnes pour les maîtriser.
Vous n'exagérez pas ?
Il y a peut-être eu, dans votre famille, des tempéraments un peu étranges...
Des tempéraments un peu étranges ?
Quel tact !
- Puis-je allumer une bougie ? - Vous devriez partir.
Cette maison a besoin de lumière.
Deux faibles gouttes de feu vacillant dans l'obscurité.
Ma soeur et moi.
Bientôt, elles ne brûleront plus.
Elle ne peut pas partir d'ici.
Que vous le croyiez ou non, elle ne peut pas partir.
Pour son bien et pour le vôtre, pouvez-vous partir ?
Non.
Très bien.
Bristol va vous montrer votre chambre.
Je vous aurai prévenu.
Vous seul subirez les conséquences de ce refus.
Le dîner est prêt, M. Winthrop.
- Je descends tout de suite. - Très bien.
- Quel est ce bruit ? - Que s'est-il passé ?
C'est M. Winthrop ?
- Je vais bien. - Que s'est-il passé ?
- Je ne sais pas. - Tu devrais partir.
- Tu es en danger, ici. - Je vais bien.
Je ne te quitterai pas.
Ma chérie ?
Tu n'as rien mangé.
Vous devriez colmater cette fissure dans le mur.
Pour les générations futures ?
Pour la sécurité de Madeline.
Ce sont sûrement ces tremblements qui ont fait tomber le lustre.
- Vous croyez ? - Vous avez une meilleure explication ?
En venant, j'ai remarqué qu'il y avait peu de végétation par ici.
La terre a un problème ?
La terre. Oui, bien sûr.
Roderick, je t'en prie.
Comme tu veux.
- Comment ça va, à Boston ? - Tout le monde te réclame.
C'est vrai ?
Tu leur manques. Tu nous manques à tous.
Remarquable. C'est de vous ?
- Vous nous jouez autre chose ? - Madeline doit se retirer.
Je ne suis pas fatiguée.
Très bien.
Bonne nuit.
Nous devrions y aller aussi.
Avec plaisir.
J'espère que vous partirez demain.
Si vous voulez. Mais si je pars, ce ne sera pas seul.
Je compte bien...
Désolé de t'avoir fait peur.
Je n'ai pas frappé, de crainte que ton frère ne m'entende.
Tu m'as manqué.
Je t'aime.
Je te jure que demain, tu partiras avec moi.
- Si seulement je pouvais. - Je te le promets.
Mais tu ne comprends pas.
Pourvu que tu ne voies jamais ce que cache cette maison.
Quand tu seras avec moi, tu sortiras de ce cauchemar.
Bonne nuit.
- Vous ne comprenez peut-être pas... - Bonne nuit.
Tu ne peux pas diriger ma vie.
Tu oublies si facilement ?
- Ma vie m'appartient. - Ah oui ?
- Je crois que... - Ah oui ?
Tu me détestes tellement que tu veux me faire prisonnière ?
Te détester ?
Tu sais bien que je t'aime plus que tout au monde.
J'agis ainsi par amour pour toi.
Tu ne peux pas partir. Tu sais ce qui se passerait.
- Je ne sais que ce que tu m'as dit. - Ma chérie.
Ne te leurre pas. Je t'en prie.
- Je resterai avec elle. - Je vous en prie, laissez ma soeur.
Je partirai avec elle demain.
Je ne veux pas discuter. Partez, s'il vous plaît.
Ça va aller.
Ne la touchez pas !
Il ne faut pas la réveiller.
Le choc pourrait lui faire du mal.
- Que fait-elle ici ? - Elle est somnambule.
Et elle vient ici ?
Elle est obsédée par la mort. La pauvre.
Depuis quand fait-elle cela ?
Depuis son retour de Boston.
Je vais l'emmener dans sa chambre.
Vous risquez de la réveiller.
Laissez-moi faire.
Je l'ai déjà fait.
Bonjour.
Mlle Madeline a-t-elle pris son petit-déjeuner ?
- Bien. Je vais le lui apporter. - Très bien.
Elle ne mange pas beaucoup, en général.
Nous allons essayer de la faire manger.
Voyons ce qu'il y a. Du pain, c'est bien. Du lait, des fruits.
Je vais le lui apporter.
Je vais le faire.
Et pourquoi pas des oeufs ?
Plutôt un peu de gruau. C'est tout ce qu'elle mange, le matin.
Du gruau ?
Oui, à cause de son sens du goût.
Très bien. Du gruau chaud pour nous deux.
Depuis quand travaillez-vous ici ?
Depuis soixante ans.
Depuis mon enfance.
Alors, c'est autant votre maison que celle de M. Roderick.
Et de Mlle Madeline.
Plus pour longtemps. Je l'emmène à Boston.
Je vois.
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