Die ersten 200 Zeilen.
C'est une rue qui est pas très loin de la place, mais il faut pas
- que ça vous fasse faire un détour. - Ça me dérange pas de vous déposer.
C'est gentil, parce qu'un taxi à cette heure-ci, j'aurais eu du mal.
Vous êtes une amie de Sébastien, non?
Non, justement. J'étais très gênée. Je le connais pas du tout.
- Moi, j'accompagnais Christelle. - Christelle? C'est qui, ça?
C'est une brune avec des cheveux très courts.
Elle est partie au bout d'une demi-heure parce qu'elle se sentait pas bien.
Non, je connaissais personne.
En tout cas, vous vous êtes fait des amis.
- L'espèce de grand frisé? - Oui.
Il me lâchait pas.
Il a cru me faire plaisir en me laissant son numéro de téléphone.
Et vous lui avez donné le vôtre, non?
Ben…
Justement, j'ai fait quelque chose de pas bien.
Je lui ai laissé un faux numéro.
Ah bon, vous êtes comme ça, vous?
J'arrivais pas à lui refuser.
En même temps, j'avais aucune envie qu'il m'appelle.
- J'ai mal fait? - Oh, non. Il avait l'air très con.
Et vous, vous étiez invité par qui?
Par Sébastien.
On a partagé les mêmes bureaux il y a quatre ans, alors depuis,
à chaque fois qu'il fait une fête, il m'invite avec ma femme.
Elle était là?
Non, elle avait des places pour un concert de musique baroque.
- Vous êtes marié depuis longtemps? - Oui.
- Vous avez des enfants? - Un seul, un garçon.
- Et vous? - Non, moi j'ai rien. Moi, j'ai 22 ans.
Et vous, vous avez quel âge? Enfin, si c'est pas indiscret.
Je sais pas, vous me donnez combien?
- Ah non, je sais pas donner des âges. - Vous avez bien une petite idée?
Je veux pas. Après, je vous donne un faux âge. Ça va vous vexer.
Prends le risque. Allez-y.
42? 43?
Effectivement, je suis vexé.
Pourquoi? Vous avez quel âge?
- 39. - Ah.
Je suis désolée.
- Mais vous le faites bien. - Oui, mais je suis vexé quand même.
Pourquoi? Vous avez pas envie de vieillir?
Comme tout le monde, j'ai beaucoup de mal à voir des photos de moi
quand j'étais plus jeune. Il parait que c'est un signe.
Moi, c'est le contraire. J'ai toujours été pressée de vieillir.
Après ce feu-là, c'est la prochaine à droite.
- Comme ça vous pouvez me laisser à l'angle. - Non, c'est bon, ça va.
- C'est par là? - Oui.
Si je vous demande votre numéro de téléphone, j'aurai un faux moi aussi?
Non. Vous, vous aurez le vrai.
Qu'est-ce qui me le prouve?
Rien. Vous aurez qu'à essayer.
Bon. Je vous le demande, alors.
Pas de stylo?
Le premier, c'est chez moi.
Et le deuxième, c'est à mon travail.
Vous faites quoi?
Je travaille dans une agence de voyages.
Et vous?
Un peu d'immobilier.
Vous avez une belle voiture, en tous les cas.
Il y a un café d'ouvert, là. Je vous offre un verre, non?
Non, il est tard. Il faut que je rentre. Merci beaucoup.
- Au revoir. - Au revoir.
- Allô? - Allô? Muriel?
Qui est-ce?
- Vous ne me reconnaissez pas? - Non.
- François, le type à la belle voiture. - Ah oui. Bonsoir.
Je suis content de constater que le numéro que vous m'avez donné était bon.
- Pourquoi? Vous aviez peur? - Juste un peu inquiet.
Je vous dérange, là?
J'allais rentrer dans mon bain.
Enfin, j'appelais comme ça.
Je me disais qu'on pourrait peut-être se revoir, non?
Pourquoi?
Je sais pas, comme ça. Pour discuter. Non?
- Oui, si vous voulez. - On peut se tutoyer aussi.
C'est beaucoup de choses.
- Vous connaissez le Schæffer? - Non, qu'est-ce que c'est?
Un petit bar à vin, rue Cardinet.
- On déjeune ensemble? - Quand?
- Demain, par exemple? - Ah non, demain, c'est pas possible.
Mais jeudi plutôt. Jeudi, j'aurais plus de temps.
Très bien, jeudi. 13 h, ça vous va?
D'accord.
Je suis très content. Je vous embrasse.
Serveur, coursier, maçon, manutentionnaire, garde-malade…
Un tas de petits boulots, quoi.
Après, j'ai travaillé chez un marchand de biens.
Je me suis rendu compte qu'en prenant des risques mesurés,
on pouvait se faire pas mal d'argent, alors je me suis dit : pourquoi pas moi?
Vous êtes sûr de votre réussite?
Tu trouves ça con?
Non. Moi, je trouve ça… Enfin, j'admire.
Mais en même temps je trouve que c'est un peu puérile.
T'aimes pas l'argent?
Si. Mais j'en fais pas une philosophie.
Et c'est quoi, ta philosophie, alors?
Ça m'intéresse.
Ma philosophie, c'est banal. C'est de…
D'être heureux, de faire des choses qu'on aime.
C'est vague.
Non, c'est pas vague.
Le bonheur, c'est pas forcément de gagner beaucoup de fric.
Ça peut être de voyager, de découvrir des choses.
D'être en harmonie.
Et ton travail te rend heureuse?
Ni heureuse, ni malheureuse.
De toute façon, je suis pas dévorée par l'ambition.
J'attache plus d'importance au bonheur.
C'est quoi, ta définition du bonheur? Parce qu'alors là, tu m'intrigues.
Pour moi, le bonheur, c'est quelque chose de tellement abstrait…
Je sais pas.
Vivre un grand amour?
Oui, peut-être.
- Tu veux autre chose, là, non? - Non, il faut que j'y aille.
On peut se revoir si vous voulez.
- Je t'ai pas donné de numéro? - Non. Moi, j'ai rien du tout.
Ça, c'est le numéro de mon travail,
et puis il y a le numéro de mon portable aussi.
Ça va?
- Il en manque pas un? - Si, mais je préfère pas.
- Allô? - Oui bonjour, je voudrais parler à François.
- C'est de la part? - De Muriel.
- Muriel, comment ça va? - Bien.
J'étais pourtant sûr que tu te servirais pas des numéros que je t'ai laissés.
J'ai fait les deux. J'ai d'abord appelé à votre bureau
et on m'a dit d'essayer sur votre portable.
Muriel, ça va pas du tout, ça.
- Je suis pas content. - Je vous dérange?
Non, mais tu t'entêtes à me vouvoyer.
Si ça continue, ça va finir par être désagréable.
Ah, je suis désolée.
Allez, dis-moi une phrase avec tu . N'importe laquelle.
- Je sais pas… - Allez, cherche. T'as 10 secondes.
T'es où, exactement?
Exactement, là?
Je quitte l'avenue de Wagram et je m'engage sur la Place des Ternes.
Et toi?
Moi, je suis à mon travail, Porte de Champerret.
C'est pas très loin, ça.
Non, c'est même tout près.
Tu penses à la même chose que moi?
- Quoi? - Déjeuner. C'est l'heure.
Là, maintenant? Là, j'ai pas très faim.
Ça, je veux pas le savoir. Si je t'invite, tu fais un effort.
Allez, à tout de suite.
Elle est comment, ta femme?
Tu sais, au bout de douze ans de mariage…
Enfin, on… On s'entend très bien. On s'engueule très peu.
Ce qui nous lie surtout, c'est David.
Mais bon… C'est plus comme avant.
- Ça t'embête que je te dise ça? - Non.
Non, c'est moi qui t'ai posé la question.
- T'as une photo d'elle? - Non.
- Pourquoi? Tu voulais la connaître? - Non, la voir, c'est tout.
Je sais pas, moi… Qu'est ce que je pourrais te dire?
Elle a été très belle… Enfin, elle est encore très bien.
Il paraît qu'elle fait plus jeune que son âge.
- Tu l'aimes encore? - Oui.
Enfin… disons que la question ne se pose plus vraiment en ces termes.
On a une relation qui est devenue fonctionnelle.
Si un jour j'épousais un type, ça me ferait mal
qu'il parle de moi comme tu parles de ta femme.
Tu dis ça parce que t'as 22 ans et que tu crois en l'amour éternel.
- Toi non? - Si. L'amour est éternel.
Par exemple, moi, je pourrais aimer toute ma vie.
Mais pas la même personne.
C'est horrible, ce que tu dis.
Ah, non. Pourquoi?
Si je te disais, là, par exemple, que…
que je suis un peu amoureux de toi, ça te ferait quoi?
C'est une supposition?
Non. Pas tout à fait.
Ça m'embêterait beaucoup.
Pourquoi? Je te plais pas?
Parce que je voudrais pas faire à d'autres
ce que je voudrais pas qu'on me fasse.
- C'est une réponse toute faite. - C'est très sensé.
C'est bien ce que je te reproche. T'es une personne sensée?
Devant un problème, tu appliques une formule?
En l'occurrence une formule morale : pas lui parce qu'il est marié.
C'est pas bien de penser ça.
C'est pas que c'est pas bien. C'est pas le problème.
Mais moi, je trouve que c'est un vrai problème.
Bon.
Je vais te poser la question autrement.
Est-ce que je te déplais physiquement ou intellectuellement?
Non.
Est-ce que tu pourrais envisager de faire l'amour avec un type comme moi?
- Si t'étais pas marié, peut-être. - Attends. Là, on tourne en rond.
Si tu veux pas qu'on tourne en rond, arrête de poser cette question.
Tu te doutais bien qu'un jour ou l'autre
ça finirait par arriver sur le tapis, quand même.
Non? Enfin, je veux bien que tu sois un peu jeune…
Un peu conne? Vas-y, tu peux le dire.
Naïve.
Enfin, bon, tu connais les hommes.
Jolie comme tu es, je suppose que c'est pas la première fois
- qu'on te fait ce genre de proposition. - Venant d'un type qui a une femme, si.
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