Die ersten 200 Zeilen.
Le village était un village
du Bourbonnais.
Comme ce discret Bourbonnais
ne s'était pas taillé
un nom de guerre
comme l'Alsace ou la Lorraine,
on le prenait, par exemple,
pour la Bourgogne,
tout comme on prit jadis
le Pyrée pour un homme
et les pendentifs de ma tante
pour ceux de mon oncle.
Le village en avait pris
un coup dans la pipe.
Pour le dire tout net,
il n'y avait plus rien, au village.
Rien de rien.
Ou plutôt, si.
Il subsistait encore,
vaille que vaille,
au hameau des Gourdiflots,
deux exotiques.
Deux fossiles de la plus belle eau,
deux pauvres ch'tites créatures.
Le premier de ces derniers
des Mohicans,
ces fruits secs, tannés,
confis dans le vin rouge,
de ces insolites d'un autre temps
rejetés par l'électronique
et même par le moteur à explosion...
Le premier
de ces deux druides de la chopine
s'appelait Francis Chérasse,
dit "Le Bombé",
vu qu'il était un chouïa bossu,
sur les bords et aux entournures.
Le second était Claude Ratinier,
"Le Glaude",
comme on l'appelait.
Le Glaude avec un G.
J'en veux pas, j'en veux pas.
Mais c'est qu'une mouche !
Non. Les mouches, ce serait
moins nuisible pour ce que j'ai.
T'as quoi de nouveau ?
Bah quoi donc ?
Ah, j'ai le diabète.
Où t'as vu ça ?
Dans le journal.
Ils parlent de ton diabète ?
Non, ils en parlent en général.
Mais y a du particulier
dans le général.
Bah alors ?
Ma tante Augustine
qu'avait du diabète partout,
on lui a enlevé un oeil...
Paf, elle est morte.
Mon cousin germain, Benoît,
tout petit et large comme ça...
Lui aussi a eu du diabète.
On lui a enlevé un oeil...
Paf, il est mort.
Alors, un et un, pour moi,
ça fait deux.
Confidence pour confidence,
j'ai deux oncles
qui sont morts en 14.
Ah bon ?
Ca m'étonnerait
que ça m'arrive. Bois donc.
Non, faut plus que je boive,
jamais !
Je vais au docteur.
Ah bah, on a pas fini
d'en causer, tiens.
Vous avez droit à une chopine.
Par repas ?
Ah non, par jour !
Que buviez-vous,
quotidiennement ?
Je sais pas, cinq, six litres,
comme le Bombé.
Vous êtes fou !
J'aurais jamais dû lire ce journal.
C'est des menteries,
des âneries de député
pour embêter le monde.
Bon, c'est pas tout ça, le père,
mais tu me retardes.
L'heure, c'est l'heure.
C'est l'heure du perniflard.
J'va m'en filer une larmichette...
si l'odeur te dérange pas
pour ton régime.
Eh, le Glaude !
Mon eau, sans me vanter...
C'est la meilleure du coin
pour la soupe
et pour le perniflard.
Y a là-dessous
une nappe phréatique
comme y a point
dans tout l'Allier.
Quand je pense
que tu as choisi l'eau du robinet,
ça me fait sortir de ma culotte.
La Francine
la voulait sur l'évier !
Les femmes veulent
le confort moderne !
Et même l'égalité !
Ils vont être mignons,
les gamins, si elles les fabriquent
seules à coups de seringue.
Elles vont sortir des hippocampes,
comme dans les mares.
Ou ben des diabétiques.
L'Glaude...
L'Glaude !
L'Glaude...
Mon eau...
elle a une température
de haute précision
pour l'perniflard.
Au degré près.
Glacé, ça te tranche l'ventre.
Mais là,
ça te descend dans les boyaux
comme la rosée sur les feuilles.
Regarde donc.
Regarde donc.
C'est si bon, mon Glaude.
Regarde !
C'est encore
dans notre petit coin à nous,
loin des malfaisants,
qu'on est encore le mieux
pour attendre la mort.
J'iras point à l'asile.
Je me foutrai dans mon puits,
comme les vrais puisatiers.
C'est ça, et moi je me taperai
avec un sabot,
comme les vrais sabotiers ?
Allons ! Hop !
Oh ! C'est point tenable !
Faut changer d'air !
Oh, oh !
Oh, maman, oh, bon d'la !
Il m'empoisonne.
Oh ! Oh, bon d'la !
Les chevaliers de la lune...
Oh, celle-là, je l'ai tant tournée
avec la Francine !
Légère comme une libellule,
la pauvre ch'tite enfant.
Quand on dansait
pour la Saint Hyppolite,
pour la Saint Pierre...
Partout, y avait
que de la fête et du bal.
Maintenant,
y a plus de valse brune.
Y a plus que deux chevaliers,
cons comme la lune, sous la lune.
Tu vas pas te mettre à pleurer,
vieux chimpanzé...
Mais elle me manque,
ma Francine.
Les femmes, c'est des choses
qu'arrivent qu'aux vivants.
Regarde...
C'est ben foutu, les étoiles.
Il paraît qu'il y en a
des milles et des milles.
Ecoute donc voir !
Klein, klein.
Oh !
Oh, nom de Dieu !
Allez.
Allez, entre.
Qui t'amène ?
L'Glaude !
Lève-toi, viens donc voir !
Y a une soucoupe dans ton champ !
Qu'est-ce que t'as fait
comme malheur ?
Tu me l'as tué,
bon Dieu d'assassin !
T'as massacré mon meilleur ami !
Il dort !
Pourquoi t'es venu ici chez moi,
et pas ailleurs ?
Si tu me racontes pas,
je saurai jamais
de quoi tu réchappes,
vieille Denrée...
Il souffle.
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