La unuaj 176 linioj.
LA LIGNE DE DÉMARCATION Sous-titres par BuStEl, 2026
13 histoires vraies racontées par Rémy.
On disait chez nous la drôle de guerre. La vraie, dans
toute son horreur, commença pour la France le 10 mai 1940.
Ce jour-là, Hitler déclenche l'offensive générale sur le
front de l'Ouest. La Hollande et la Belgique sont envahies.
Le 13 vient notre tour. Poussant devant eux un immense flot
de réfugiés, les blindes des Allemands foncent vers le sud.
Le 7 juin, les Panzerdivisions approchent le Rouen. Le 12,
Elbeuf, Mende, Sanlis et Reims tombent au pouvoir de l'ennemi.
Le 14, la Wehrmacht entre à Paris. Le 16,
elle atteint Angers, Tours, Orléans, Nevers.
Le 17, appelé depuis la veille à la tête du gouvernement, le
maréchal Pétain annonce aux Français qu'il faut cesser le combat.
Le 22 juin 1940, à 19h15, dans cette même clairière de.
Rotonde et dans ce même wagon où, 22 ans plus tôt, le
11 novembre 1918 s'était consacré la défaite de l'Allemagne
impériale, la convention d'armistice est signée.
L'un des articles de cette convention stipule que les trois cinquièmes
du territoire français seront occupés par l'armée allemande.
Une frontière va couper la France en deux, la ligne de démarcation.
Partant de la frontière espagnole, elle passe à l'est de.
Saint-Jean-Pied-de-Port par Horthaise, Mont-de-Marsan et Langon.
Elle s'affléchit légèrement à l'est de Bibourne, Angoulême et Poitiers.
Traverse le Cher à Blairey près de Tours, puis de.
Vierzon, rejoint Moulins, franchit la Loire, remonte
vers le Jura et s'inclure en dessous de Dol pour
redescendre près de Gex jusqu'à la frontière suisse.
La ligne comporte des points de passage officiels, strictement contrôlés,
où les privilégiés qui ont reçu des autorités d'occupation la permission
d'aller de zone occupée en zone libre, ou inversement, présentent leur Hausweis.
Bien entendu, cet Hausweis, ou laisser-passer,
ne s'obtient qu'au prix de multiples démarches et
d'interminables attentes, et encore dans des cas
bien déterminés, présentant un caractère d'urgence.
C'est pourquoi ceux qui ne disposaient pas d'un.
Hausweis, je veux dire les prisonniers évadés
par exemple, les Juifs pourchassés par la.
Gestapo, mes camarades des réseaux de résistance,
les familles poussées par l'exode jusqu'au sud et qui
désiraient rentrer chez elles, eurent recours à des habitants
du voisinage de la ligne, qui connaissant bien la contrée,
étaient à même de la leur faire franchir clandestinement.
Il y eut des gens à profiter des circonstances pour en faire un commerce
fructueux, allant parfois jusqu'au vol, ou même jusqu'à l'assassinat.
Cela n'ont pas droit au titre de passeurs.
Les passeurs que j'ai connus furent tous d'un dévouement,
d'un courage, d'une abnégation, d'une générosité exemplaire.
Beaucoup ont payé leur action de leur vie.
Les aventures qui vont se dérouler sous vos yeux ont été vécues.
Je les ai rapportées telles qu'elles m'ont été contées
par leurs témoins et parfois même par leurs héros.
Aujourd'hui l'histoire de Raymond.
C'est par les bords du Cher que nous allons commencer.
Plus de 30.000 personnes se présentèrent au petit village de Téniaux afin
d'éviter le contrôle du poste allemand qui était installé à Vierzans.
La région était constamment parcourue par des patrouilles de douaniers, souvent d'un cheval.
Halt !
Papiers ?
Ah, voilà.
- Que est-ce que tu fait comme metier ? - Boulanger.
Pain. Brote.
- Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? - Pain. Brote.
Montre-le-nous.
Bien.
Merci.
Où allez-vous comme ça, les gars ?
Ben, on se promène.
- Vous promenez ? - Ouais.
Soyez pas plutôt désévalés.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? - Vous croyez que ça se voit pas ?
- Ah bon, ça se voit tant que ça ? - Comme le nez au milieu de la figure.
- Vous cherchez à passer de l'autre côté ? - Ben, on aimerait, oui.
- Vous savez comment vous y prendre ? - Bah, c'est-à-dire...
- On a une adresse ? - Bon.
Eh ben, bonne chance, les gars. Mais attention. Faites-vous pas travers pour la patrouille.
- Je viens de la croiser, elle est pas loin. - Patrouille, où ça ? Par ici ?
Ben, là. Alors, si jamais vous entendez un bruit de chevaux,
vous planquez dans un fossé ou dans les haies.
- C'est embêtant, ça, parce que... - Quoi ?
On a justement deux copains à nous qui sont en avant.
- Je les ai pas vus. - Vous pouvez aller voir ?
Ben, écoutez, planquez-vous. Moi, je vais essayer de les prévenir.
Ah, d'accord. Ok.
Oh, merde.
Hey, monsieur.
Oui ?
Bonjour. Je voudrais parler à monsieur Toupet, qui travaille à la gare de Téniault.
Ben, c'est moi.
Pas besoin de vous faire un dessin, hein ?
- Vous venez d'où ? - Stalag 12, à côté de Coblence.
Qu'est-ce qu'il vous a donné, mon adresse ?
C'est un copain à moi qui s'est évadé du Stalag il y a trois mois. Et il a passé la ligne ici.
Il s'appelle Lagnot. Ça vous dit rien ?
T'en penses tellement.
Ben m’avait dit que s’il réussissait, il m’écrirait pour
me donner des tuyaux, et que j’essayais d’en faire autant.
Il avait bien enveloppé ça, hein ?
Comme des nouvelles de famille. Les bochons, ils ont vu que du feu.
Dans la lettre, il me disait que le cousin Toupet
travaille à la gare de Téniault, près de Vierzon.
Ben, ça voulait dire qu'on pouvait compter sur vous.
Vous n’allez pas nous laisser tomber.
Vous allez nous aider, mon copain et moi.
C’est mon frère qui vous passera ce soir.
En attendant, venez.
Je vais vous cacher dans la lampisterie.
- Encore un peu, les gars ? - Ben oui.
Merci, merci.
- Toi aussi ? - Ben oui.
- Tiens. - Merci.
Ne vous inquiétez pas, c’est le boulanger.
- Mais qu’est-ce que t’as foutu ? - Ben, j’ai pas bu hier, plutôt.
Allez, entre.
Ben, tu tombes bien. On était 14 hier soir. Il reste qu’un seul couteau.
Ben, c’est tout ce qu’il y a de ça.
Ben, justement, Marcelin, je voulais dire, je suis bien embêté.
J’ai une descente du contrat économique.
Sans vérifier mon stock de farine, ils ont constaté que je livrais du pain syndiqué.
- Merde. - Oui.
Je me demande si je vais pouvoir continuer encore longtemps.
Ben, qu’est-ce que... On fait ce qu’on peut. On en est tous là. Allez, entre.
Ben, voilà mes deux gaillards.
Mais je savais bien que je vous retrouverais ici.
- Mais vos pauvres copains... - Oui, je sais, on les a vus passer.
C’est la destinée.
- Salut, Raymond, ça va ? - Ça va.
- Et ton gosse ? - Il est toujours chez sa grand-mère.
- Oui, mais ça va, hein ? - Oui, oui.
Avec lui, vous êtes en bonne main. C’est le roi des passeurs.
- Qu’est-ce que c’est ? - On t’a pas suivi ?
J’ai vu personne.
Raymond, lâche-les dans l’armise derrière, vite.
Vite, vite, vite. Allez.
Assieds-toi. Fais comme si tu mangeais.
Bonsoir, monsieur. Excusez-nous de vous déranger.
C’est monsieur Bourdin qui nous envoie.
Nos enfants sont en amusement. On voudrait bien les revoir.
Seulement, on n’a pas pu avoir de laissez-passer.
Alors, on s’est dit, tant pis. On va tenter le tout pour le tout. On a pris le train.
On est venus à Birzan.
Et là, dans un café, il y a un monsieur qui nous a dit,
moi, je peux vous faire passer la ligne.
C’est 2 000 francs par personne.
Seulement, on en avait que 3 000.
Il a quand même accepté.
Alors, hier soir, il nous a conduits jusqu’au bord du Cher.
Là, il nous a dit, attendez-moi.
Puis, on s’est perdus.
C’est comme ça qu’on va les y balancer, non, cher ?
C’est à l’auberge qu’on nous a indiqué votre maison.
Ils ont bien fait.
Combien vous allez nous demander ?
Vous savez, ici, chacun donne comme il peut.
Celui qui n’a rien, il ne donne rien.
Avant la guerre, Raymond Toupet était serrurier à Birzan.
Démobilisé à Bourges, il accepta tout de suite
d’aider les gens à passer en zone libre.
Arrêté une première fois, condamné,
il avait jugé préférable, à sa sortie de prison,
de venir s’installer chez son frère, Athénion.
Et depuis, il se consacrait entièrement à sa tâche de passeur.
- C’est là. - Il n’y a pas de barque ?
Tu crois que je la laisserais en mer en débloquant la voie ?
Vous allez vous noyer dans ce creux-là. Vous allez m’aider à la tirer.
Allez.
Allez.
Non, pas de bruit, les gars, on peut vous entendre de l’autre côté. Moi, j’y retourne.
Bon, vous voyez la ferme, où il y a la grosse meule de foin ?
- Oui. - Vous y êtes attendus.
Vous pourrez vous reposer avant de repartir. Allez.
Merci.
Il ne sait rien, mais le jour se lève, il faut que je reparte.
- Au revoir. - Au revoir.
- Madame. - Oui.
- Tenez. - Mais qu’est-ce que c’est ?
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