La unuaj 200 linioj.
Tania ?
- J'arrive. - Dépêche-toi,
on va être en retard.
Tania, il faut que je te parle.
Tu finis les cours à 17 h ?
Tu me parles ?
Tu veux que je vienne te chercher ?
Avec un goûter ? Et puis quoi, encore ? Ça va pas ou quoi ?
- Je vais chez Marlène, après. - OK.
Bon. Mais on dîne ensemble, après. Hein ?
J'ai fait une nouvelle recette de lasagnes au saumon.
- J'ai à te parler. - "Parler".
T'en as pas marre, Cathy, de parler tout le temps ?
Non, mais ça sort d'où, cette idée de m'appeler "Cathy" ?
Parfenon, mon prof de sport.
Fait chier, tu l'as raté.
La honte.
À ce soir, ma chérie...
C'est sûr, j'ai été adoptée.
Ben, alors ?
Alors, monsieur ?
- T'as vu ma story ? - La danse du ventre ?
Ouais.
- J'ai un commentaire de Jason. - Et t'as révisé
le brevet blanc d'histoire ?
Merde.
J'ai oublié, avec la vidéo.
Pas grave. On se met à côté, comme d'hab'.
- Salut, Tania. - Salut.
- Salut, Marie. - Marlène.
Oui.
On a cours en 206, c'est ça ?
Comme d'hab'.
Oui, 206, c'est ça ?
- 2, 0, 6, oui. - Oui, OK.
Attends, mais il te kiffe ou quoi ?
- Chaude, la patate slovaque. - Non, pitié.
Oui. Quand même, là, ça fait beaucoup.
Je veux dire, 206, 207...
- Il sait pas parler, en fait. - On se dépêche. Ta casquette.
Ça va ? Tu voulais me voir ? Je t'écoute.
Je suis à la bourre, mais je t'écoute.
- T'as fait une nouvelle couleur ? - Non.
T'as vu que la bonbonne d'eau fuit, dans le couloir ?
La moquette a des auréoles de moisissure,
ça prend des teintes maronnasses, c'est vraiment...
Qu'est-ce que t'as, choupinette ?
J'ai un cancer.
Un cancer du sein.
Ça va, Coco ?
Merde. Pardon. Excuse-moi.
Excuse-moi.
Pardon.
- Comment tu te sens ? - Ça va.
Comment ça va se passer ? Ils enlèvent la tumeur ou...
Oui. Enfin, dans mon cas, ils doivent enlever tout le sein,
mais ils vont me le reconstruire pendant l'opération, et sans chimio.
- C'est possible ? - Oui.
- C'est bien. - J'ai de la chance.
- Et ensuite ? - Ensuite...
3 semaines d'interruption de travail.
C'est pas beaucoup.
Le travail, c'est peut-être pas la priorité.
Ben, si.
Je peux pas. Les gens ont besoin de moi, ici.
Je comprends.
Tu dis rien à personne.
Non ! Non...
- Tania, comment elle le prend ? - C'est compliqué.
Je lui en ai pas parlé, encore.
- Ah oui ? - Je veux pas qu'elle s'inquiète.
Dès que tu dis le mot "cancer", les gens s'imaginent le pire.
Les gens sont cons. Les gens sont très cons.
- Excuse. - T'inquiète pas.
Je sais que ça va aller très bien, c'est juste...
Allez, j'y retourne.
Oui, va bosser.
À tout à l'heure.
J'ai presque plus de crampes d'estomac, mais bon,
j'ai plus d'hallucinations non plus.
Mais parfois, je fais des cauchemars où je bois
du gin et je me réveille en sueur,
et je comprends pas pourquoi je bois.
Mais enfin, Nadège, t'es lesbienne. Assume-le,
tu boiras moins.
Tu dis n'importe quoi, toi.
Va te taper une meuf, tu verras, ça...
Ça va te libérer l'estomac.
Merci, Jenny, on a compris.
Allez, allez !
On accélère !
Jason est sorti avec Marie, l'année dernière,
pendant 3 semaines, t'imagines ?
Je vendrais tout ce que j'ai pour connaître ça.
Je vivrais sur une barque, nue, sans clopes.
Tu m'écoutes ?
Pourquoi tu dis rien ?
Ça fait 8 fois que tu me la racontes. On dirait ma mère.
Si je vais au lycée en étant vierge, je vais rater ma vie.
T'as même pas encore emballé un mec.
Si, l'été dernier pendant action ou vérité.
Lève la tête ! C'est bien !
- Tu sais que Parfenon est marié ? - Avec un mec ? Trop bien.
Non, avec une femme.
- N'importe quoi. - Ma mère me l'a dit.
Mais il est gay, tout le monde le sait.
Elle l'a vu avec une femme en pleine scène de ménage.
- T'as une chance. - Imbécile.
Merde ! Oh, merde...
Les filles, c'est quoi, ça ?
Mais c'est pas vrai.
Monsieur, on était essoufflées.
Vous voulez ma mort sur la conscience ?
Tu rigoles, toi ?
T'étais la meilleure, l'an dernier, et là, tu sèches, tu fumes.
Ça va, on n'est pas mariés non plus.
Bon, je convoque vos mères.
- Non, monsieur, s'il vous plaît. - Ça va pas, ça.
Tania aurait pu représenter le collège au cross régional,
mais elle préfère se cacher
derrière une barrière pour fumer des cigarettes.
Pour une cigarette ? Ma mère va m'enfermer dans son centre à vie.
Je sais.
L'avantage d'avoir une mère qui s'en fout, elle vient même pas.
- Elle va être punie. - En guise de punition,
on pourrait les inscrire d'office au cross. Ça vous irait ?
Excellente idée.
J'y crois pas.
- Quoi ? - Parfenon.
Il va pécho ta mère.
- Il est gay. - Vous me direz.
Parce que là, la cigarette, c'est le pompon.
Elles ont 14 ans. C'est pas à vous que je vais parler d'addiction.
La clope, c'est mauvais pour le coeur, pour la peau...
Mais regarde-les, il la kiffe.
Sans parler du cancer aussi.
- Vous fumez pas ? - De toute façon,
depuis le divorce, elle a 108 ans.
Tout ce qui l'intéresse, c'est poster ses confitures sur son blog.
Vous avez de la chance, moi, je lutte pour pas reprendre.
Vous rigolez ? Ça fait une heure que vous me dites que c'est mortel.
Moins que de se faire écraser devant le collège.
C'est vrai.
Elle fait quoi ? Elle est sérieuse ?
Je viens de me faire larguer, en fait.
Je veux pas voir.
Mon amie
est partie avec son stagiaire à Rome.
À Rome ?
- Ils se pécho. - Non, mais arrête. C'est bon.
Du coup, je me réfugie dans le travail,
dans le collège, le cross, le bénévolat dans votre centre.
Ça marche comme ça. On aide les autres pour s'aider.
Oui, mais elle est pas si mal, ta mère.
À vrai dire, mon mari m'a quittée pour sa secrétaire,
une Italienne de 27 ans.
Truc de malade.
Ben, très bien.
- Tu peux frapper avant d'entrer ? - Désolée.
Tu veux quoi, là ?
J'irai pas au cross. Faire des ronds, c'est pour les poissons rouges.
J'ai un cerveau, moi.
Je déteste courir et je déteste Parfenon.
Tania, tu dois te responsabiliser.
Tu sais, je serai pas toujours là...
T'as un mec ?
Tu te débarrasses de moi, comme papa ?
Mais non, c'est pas ça.
Mais alors c'est quoi ?
C'est rien.
La porte !
Annoncer une maladie grave à ses proches
n'est pas une chose facile, nous le savons bien,
surtout lorsqu'il s'agit de parler de la maladie à son enfant.
Mettez-vous à sa hauteur...
J'ai faim.
J'ai faim, j'ai faim !
Tu parles avec qui ? J'ai entendu des voix.
C'est une vidéo sur mon blog. J'ai reçu plein de commentaires
élogieux sur mes pennes aux figues.
D'hommes ?
Tu sais, c'est plutôt les femmes que ça intéresse.
Tu m'as pas dit que mon prof est bénévole dans ton centre.
Parce qu'il vient de temps en temps.
- Tu le trouves sympa ? - Oui.
Vous vous entendez bien, c'est ça ?
Vas-y, explique. Vous vous entendez comment ?
Bon, t'as faim ?
Oui. J'ai grave la dalle, là.
Demain matin, je pourrai pas te déposer au collège
parce que j'ai un rendez-vous.
M. Parfenon est absent ce matin.
il sera là, donc... Doucement !
Ça va pas ?
- Tu te calmes ? - Marlène,
dépêche-toi. - Vous allez tous en permanence.
C'était bien la peine que je coure.
Marlène, t'avais raison. Ma mère, elle sort avec Parfenon.
C'est pas possible.
Je vais avaler du cyanure, comme Emma Bovary.
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