La unuaj 200 linioj.
SERENADE AU TEXAS Adapté et amélioré par BuStEl, 2026
Monsieur le commissaire, je suis navré mais notre directeur est en voyage.
C'est parfait. Je m'expliquerai directement avec le vendeur.
Qu'est-ce qu'il va prendre pour son grade celui-là.
Il préfère se disputer avec le commissaire de police.
- Le commissaire ? - En personne, je sais pas ce qui se passe.
Il a l'air fou furieux.
Est-ce qu'il n'est pas venu ici hier ?
Si, justement.
Ici, à mon rayon.
Quoi ? Vous n'avez pas peur d'un malheureux petit fonctionnaire ?
Oh mais si.
Ca m'étonne pas. Vous avez peur de tout.
Vous n'êtes pas gentille avec moi.
Monsieur Dardel, est-ce délibérément que vous attirez des ennuis aux élégantes de Bayonne ?
Permettez, je n'ai pas besoin de vous. C'est mon métier d'interroger les gens.
Certainement, monsieur le commissaire.
Ouvrez. Je vous en prie monsieur le commissaire.
Vous vous foutez de moi pour le plaisir ou par pure imbécilité ?
Oh mais je n'oserai jamais monsieur le commissaire.
En attendant, à cause de vous, j'ai eu hier soir l'air d'un idiot. Ne protestez pas.
Oui ou non suis-je venu hier après-midi vous acheter ce cylindre de graphophone ?
Mais certainement, monsieur le commissaire, la dernière nouveauté de Mayol.
Femme que vous êtes jolie.
La mienne recevait hier soir le tout Bayonne. J'annonce Mayol. Grosse impression.
Je mets l'appareil en route.
- Rien. - Rien ?
Mais pourtant l'étiquette dit...
Ah oui, vraiment vous savez lire ?
Oui monsieur le commissaire, mais c'est le lorgnon qui me gêne.
Pourquoi en portez-vous ?
Oh parce que ça fait plus sérieux dans le travail.
Ah femme que vous êtes jolie.
Ah oui ? Alors montrez-les... ou avouez que vous mentez. Ça ne se passera pas comme ça.
Permettez.
Femme que vous êtes jolie joué par les mélodieux pinçons de Montmartre
sous la direction du maestro Clapisson.
Alors où est-il Mayol ?
C'est moi qui me trompe n'est-ce pas ?
Ma femme était folle de rage. Qu'est-ce que j'ai pris devant tout le monde ! Merci.
C'est désolant monsieur le commissaire mais c'est pourtant bien la musique.
Bravo ! Et vous croyez que ça me suffit ? Je n'achète pas le vendeur avec le cylindre.
C'est Mayol que j'ai payé pour l'avoir à domicile. Pas vous.
Excusez-moi, monsieur le commissaire, mais quand j'entends la musique, j'oublie tout le reste.
Oui, mais pas moi.
Alors, qu'est-ce que je dis à ma femme ?
Une autre chanson.
Le fiacre d'Yvette Gilbert. Non.
Abiribi d'Aristide Brouillant. Vous me prenez pour un anarchiste ?
Oh, loin du bonheur, ça c'est bien.
C'est sentimental et ça plaira certainement à madame.
Ecoutez monsieur le commissaire.
Loin du bonheur par l'ensemble tzygane de Chariovski.
Bonjour monsieur.
Vous êtes monsieur Jack Gardel ?
Moi pas du tout.
Où est-il ? Là, le vendeur.
Permettez ?
Ah, monsieur Jacques Gardel, vous êtes un Indien.
- Comment ? - Mais enfin, monsieur, vous qui êtes-vous ?
Maître Jérôme Kilbuff, clerc de notaire de père en fils depuis Louis XIV à Honfleur, Calvados.
Et qu'est-ce que vous voulez ?
Monsieur Jacques Gardel.
Moi ? Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
Vous êtes un indien, pas de discussion, venez avec moi.
C'est un fou, un fou furieux peut-être.
Mais certainement, mon ami, monsieur Gardel est un indien.
Tout ce qu'il y a de plus indien. Un vrai Peau-Rouge.
- Vous êtes content ? - Est-ce que vous me prenez pour un dément ?
Bon, venez avec moi.
Jamais de la vie. Je le connais pas.
- Je n'ai rien fait. - Mais je ne vous accuse de rien.
Au contraire, je vous apporte la fortune.
Là-dedans, il y a, monsieur, des terres fertiles à perte de vue, des milliers
de têtes de bétail, des océans de pétrole, le luxe… une fortune incalculable.
Enfin, la moitié d'une fortune incalculable. Venez, j'ai à vous parler.
Vous allez nous ficher la paix, oui ou non ?
Mais pardon ! Qui êtes-vous pour parler sur ce ton à maître Jérôme Kilbuf ?
Le commissaire de police.
Monsieur le commissaire, ça fait plus d'un an que je parcours la France
pour retrouver cet homme, et vous voudriez m'empêcher de lui parler ?
Je prétends faire cesser un scandale. Suivez-moi.
Je respecte trop la loi pour désobéir. Mais vous allez avoir de gros ennuis.
C'est ce qu'on verra.
Bon, je vous suis. À tout à l'heure, petit Peau-Rouge.
Pardon monsieur. C'est pour dîner ?
Non, je voulais savoir si monsieur Kilbuf est là, s'il vous plaît ?
Il y a là un monsieur.
Je peux regarder ?
Bien sûr.
- C'est lui. Il est tranquille. - Très. Pourquoi ?
Il n'a pas poussé de cris anormaux.
Pas encore. Mais si vous m'empêchez de lui apporter son deuxième bœuf, ça pourrait arriver.
Quel coup de fourchette, un ogre. Je vais avec vous.
Ah, vous voilà. Asseyez-vous. Vous avez dîné, j'espère ? Bon, tant mieux.
- Mais je n'ai pas redemandé de légumes. - C'est la garniture, monsieur.
- Sans supplément ? - Sans supplément.
Parfait.
Alors, il va mieux mon ami le commissaire ?
Il a eu quelque chose ?
Peur, vous pensez ! Rapt, diffamation publique, séquestration arbitraire.
Il n'a pas été long à comprendre que j'avais 10 fois de quoi le faire sauter.
Il voulait me plaire, alors je lui ai fait jurer de vous ramener mort ou vif.
Si c'est pour me traiter encore d'Indien, ça n'était pas la peine.
Ça fait plus d'un an que je vous cherche pour vous annoncer cette bonne nouvelle.
Mais je vous ai rien demandé.
Et moi, je vous apporte tout.
Approchez, approchez.
Et saluez votre ancêtre le grand Natola venu en France avec le marquis de Rochambau.
Le petit journal du 7 janvier 1899 dont la lecture m'a mis la puce à l'oreille.
Vous pouvez vérifier, c'est là. Des terres pétrolifères au Texas.
Aux environs du petit village de Bingbang, les ingénieurs spécialisés
affirment que le sous-sol... Allez-vous venir ici ?
Ces terrains sont encore la propriété de votre ancêtre.
J'ai 100 fois là de quoi le prouver. Vous êtes l'héritier légitime à la 5e génération.
Donc vous voilà fabuleusement riche. Et moi aussi évidemment. J'ai décidé qu'on partagerait.
D'accord ? C'est normal. Mais dites donc, ça va nous coûter des sous d'aller là-bas.
Ah parce que vous avez décidé aussi que je lâchais tout pour vous suivre.
Lâcher quoi ?
Ma situation. Mon petit fixe, je ne veux pas renoncer à 400 francs par an
pour courir après des chimères, des Indiens, du pétrole au bout du monde.
Je ne vous connais pas. Je ne comprends rien à vos histoires et je n'y crois pas.
Venez avec moi à Big Bang, vous comprendrez. Nous serons riches.
Allez-y tout seul si vous voulez. Je suis pas fou moi.
Mais si, vous êtes fou de refuser une fortune toute cuite. Allons.
Ah, vous croyez qu'on va me la donner comme ça, sans discuter ?
Mais évidemment, nous avons la loi avec nous.
Quelques journées agréables en mer, les confortables trains américains.
- Et si on nous fiche dehors ? - Je ne me laisserai pas faire.
Vous avez compris que ce n'était pas mon genre. J'ai mes papiers, et je me battrai s'il le faut.
Mais il n'est pas question de ça. Je me suis renseigné.
Bing bang en plein pays d'élevage est un paisible village de fermiers.
Le climat est sain. Les habitants accueillants aux mœurs douces et patriarcales.
Remarquez bien patron. Moi il me fait pas peur.
- C'est pour le coffre. - Il y a plus de danger maintenant.
Plus de danger de quoi, bande de lâches ?
- De se défendre ? - D'être descendu.
- Ah si vous m'aviez laissé faire. - Ils auraient mis le feu à ma baraque. Merci.
Alors on va leur laisser faire la loi.
Tiens, tu sais lire ?
- Ils sont forts de notre faiblesse, c'est tout. - Sam a voulu faire le malin lui aussi.
Total, son ranch a brûlé.
Alors vous croyez que je peux vous défendre seul contre les cavaliers masqués ?
Pourquoi personne n'a-t-il tiré ici ? Vous avez peur ?
Oui.
Permettez-moi, messieurs, au nom du gouvernement américain,
de vous féliciter pour la confiance dont votre voyage
témoigne envers la justice et les lois américaines.
Peu nous importe que le terrain de Bing bang ait appartenu
il y a 100 ans ou 1000 ans à un Indien qui a quitté son pays pour n'y jamais revenir
et faire souche à l'étranger.
Vous nous apportez aujourd'hui la preuve irréfutable que monsieur est le dernier
et seul descendant de ce fils primitif de la libre Amérique.
Nous ne vous demandons rien d'autre.
Nous nous félicitons de voir revenir à leur légitime propriétaire, un sol
et un sous-sol auquel la prochaine exploitation du pétrole va donner une valeur considérable.
- 500 dollars. - Pardon ?
Les droits d'enregistrement sont de 500 dollars.
Ah, j'aurais dû y penser. Moi non plus, je n'ai jamais donné mon papier timbré à l'oeil.
500 dollars pour des terrains pétrolifères, c'est une bagatelle.
Euh, je ne pourrais pas payer au retour quand nous aurons vendu un peu de pétrole ?
- Ah, vous savez bien que la loi est la loi. - Mieux que personne hélas.
Et si on paye, il nous reste combien pour aller jusqu'à Big Bang ?
53 dollars.
- Et si on ne paye pas ? - Vous ne pouvez pas faire valoir vos droits.
- Avec 53 dollars, on peut rentrer en France ? - Mais non.
On peut aller à Big Bang ?
Il ne nous reste qu'à nous faire rapatrier par le consul.
Jamais. J'irai plutôt à pied en mendiant. J'ai la loi avec moi. Allez, envoyez le pétrole.
Allez-y tout seul si vous voulez. Moi, je rentre.
Mais jamais de la vie. J'ai besoin de vous. Je n'ai aucun droit à faire valoir moi.
- Et ma part alors ? - Ça m'est égal.
- Vous n'avez pas envie de devenir riche ? - J'ai envie de rester tranquille.
Fallait pas venir ici alors.
50 dollars, ça ne va pas ?
Mais il faut bien faire des sacrifices voyons.
Moi aussi. Vous voyez bien.
Tenez les chevaux.
Et ma serviette.
Ils sont haut dans ce pays.
Tenez-les bien, n'est-ce pas ?
- Donnez ma serviette, s'il vous plaît. - Oui. Et moi ?
Donnez la serviette voyons. Ce que vous êtes emprunté, mon ami.
Alors,
vous faites attention.
Ben et moi alors ?
Ne fais pas cette tête-là. Nous sommes sur le chemin de la fortune.
Il est joli le chemin de la fortune. On n'est pas prêt d'en voir le bout.
- Tu sais pourquoi tu fais la tête ? - Ah oui.
Mais pas du tout. C'est parce que tu as faim.
- Non, je n'ai pas faim. - Mais moi, j'ai faim.
- Tu mangeras au prochain village. - Il nous reste 2 dollars.
On mangera pas beaucoup.
J'ai faim.
- Encore ! - Je n'ai pas mangé depuis hier soir.
Parce qu'en plus, il faut que tu manges deux fois par jour.
- C'est une vieille habitude. - Est-ce que c'est loin Big Bang ?
J'ai la carte là.
- Oh là là. - Quoi oh là là ?
- Oh rien. Non ça va. - Bon.
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