Las primeras 200 líneas.
LE CIEL PEUT ATTENDRE
C'est au moment où son âme franchissait la ligne de partage
qu'Henry Van Cleve réalisa qu'il avait peu de chances
de s'acheminer vers le ciel.
Il n'hésita donc pas à se présenter là où tant de gens l'avaient déjà envoyé.
Comment allez-vous ?
Je remercie Votre Excellence de me recevoir.
Je vous en prie... Asseyez-vous.
Nous sommes très occupés. La plupart du temps, il y a foule.
Aussi n'ai-je pu encore étudier votre cas.
Quand est-ce arrivé ?
Mardi. Je suis décédé à 21h36.
Sans souffrances, j'espère ?
En effet. Je venais de terminer mon dîner.
Il était bon ?
Excellent !
J'avais mangé de tout ce qui m'était interdit.
Bref...
je m'endormis sans m'en apercevoir.
Quand je me réveillai, tous mes parents disaient grand bien de moi.
Alors je compris que j'étais mort.
Vos funérailles furent-elles à votre convenance ?
Tout le monde pleura
allègrement.
C'eût été des funérailles idéales si Mme Cooper-Cooper
n'avait entonné : "Ainsi s'achève un jour parfait."
Ma vie durant, j'avais esquivé ses vocalises.
Elle eut sa revanche.
M. Van Cleve, vous semblez avoir de l'oreille.
Je dois vous prévenir...
La musique ici n'est guère plaisante.
Beethoven, Bach, Mozart,
on ne les entend que...
là-haut.
Oui, je sais.
Ce sera dur de renoncer aux maîtres.
Il y a des gens que j'aimerais revoir.
Surtout une personne
qui m'est très chère.
Ce n'est qu'un voeu pieux.
Sait-on jamais...
Je sais qu'après la vie que j'ai menée,
ma place est ici.
Finissons-en.
Très bien.
Si vous acceptez nos conditions, vous n'aurez pas à vous plaindre.
Quel est votre crime le plus horrible ?
Je n'en vois guère.
Toute ma vie n'a été qu'un constant écart de conduite.
Un passeport pour l'enfer ne s'obtient pas facilement.
Il faut que j'étudie votre dossier.
Il faut que je voie Son Excellence !
Espèce de cerbère !
Excellence...
je suis Edna Craig.
En effet. J'ai votre dossier.
Je ne pense pas que ma place soit ici,
bien que ce soit charmant. N'est-ce pas ?
Vous connaissez Edna Craig ?
Je ne vois vraiment pas...
Henry, souvenez-vous...
La petite maison, près du Waldorf...
La soirée chez Harrison.
Nous étions costumés en enfants.
Vous étiez le petit Lord Fauntleroy.
Et vous, conduite dans un landau...
une petite Constantinopolitaine !
Vous aviez les plus belles jambes de New York...
Eh bien, Henry, je les ai encore.
Je suis sûr qu'elles sont encore magnifiques.
Je vous laisse juge...
Laissons les morts enterrer les morts.
Vous commencez à m'intéresser.
Je trouverai le temps d'entendre votre histoire.
Asseyez-vous.
Ma vie est jalonnée de femmes.
La première : ma mère.
Une femme charmante, mais pas très objective :
elle me trouvait merveilleux.
La 1re femme que j'ai fait marcher.
Puis ma grand-mère... Elle m'idéalisait autant que ma mère.
Laissez-moi tenir cet ange.
Il faut qu'il dorme.
Vous êtes jalouse !
C'en est trop ! Je vais en parler à Randolph.
Mon fils ne vous suffit pas ?
Il vous faut aussi mon petit-fils ?
Je mouillais encore mes langes que déjà on se battait pour moi.
Quel chemin je prenais dans la vie !
A deux ans, j'étais déjà le centre d'un ménage à trois.
A la maison, ma nurse ne jurait que par moi.
J'étais son chouchou.
Mais à peine arrivés au jardin...
Oh, voilà Patrick !
Tu vas t'arrêter de brailler ?
Pas étonnant que je sois devenu cynique !
La petite Mary aussi fit mon éducation...
Bonjour, Mary.
Maman m'a défendu de parler aux vilains garçons.
Devine ce qu'il y a dans ma boîte !
Ça ne m'intéresse pas.
Mais c'est un scarabée !
- Il te plaît ? - J'adore les scarabées !
Je te le donne.
Je peux l'accepter ?
Si t'en veux pas...
Je me posais juste la question...
T'inquiète pas, j'en ai un autre.
Un autre scarabée ?
Il est beau. Il doit s'ennuyer tout seul.
Il préférerait être avec le mien.
Tu le veux aussi ?
Jamais je ne prendrais le dernier scarabée d'un garçon !
Si, tu peux.
Merci... Si tu veux, tu peux m'accompagner.
Ce jour-là, j'appris une chose :
pour conquérir les femmes, il fallait pas mal de scarabées.
Je grandis rapidement, tout comme New York,
qui devint cosmopolite.
La mode était aux femmes de chambre françaises.
Un jour, une voiture s'arrêta devant chez nous
et Mademoiselle en sortit pour entrer dans ma vie.
M. Van Cleve ne tardera pas.
C'est M. Van Cleve.
Son père... Il habite ici.
Un grand-père charmant...
Et qui est
ce mignon petit garçon ?
Le jeune maître. Pas si mignon que ça.
- Mauvais garçon ? - Pas le meilleur.
Votre nom... ?
Yvette Blanchard.
Vous venez d'arriver de France ?
Et vous cherchez un emploi ?
Avez-vous des références ?
Elles sont en français.
La baronne souhaite
que ma réussite soit telle
que je n'aie plus envie de rentrer en France.
Quelle façon... continentale d'exprimer sa gratitude !
Voici les références du duc de Polignac.
Les 2 années que j'ai passées auprès de lui
ont été les plus heureuses de sa vie.
C'est bien d'un duc...
Vos gages ?
Je me contenterai de 20 $ par mois.
Je n'ai jamais dépassé 14 $ pour une femme de chambre.
Comment justifier la différence ? Voyons voir...
Je vous présente mon fils.
Il apprend le français.
Demandez-lui quelque chose de pas trop difficile.
C'est bien ce que je craignais.
Va, j'ai à parler avec Mademoiselle.
Le français n'est pas son fort... Si vous pouviez...
Lui parler français ? Avec plaisir.
Je lui apprendrai tout mon vocabulaire.
Dans un mois, Madame ne reconnaît ra plus son fils.
Et tout ça pour 20 $.
Six dollars de plus...
Essayons toujours.
Vous ne viendrez pas ici !
Vous ai-je fâché, mon petit ?
C'est la dernière fois qu'on m'appelle "petit" !
J'en suis désolée, mais votre maman...
C'est bien ça : maman, papa, papi, mamie...
Ils veulent que je reste en culottes courtes ! Je suis leur chose !
Je comprends parfaitement : vos idées sont plus longues que votre pantalon.
Il vous faut quelqu'un qui vous aime bien.
Moi, je veux bien, d'accord ?
Devinez ce que j'ai dans ma poche.
Certainement rien de recommandable.
Vous fumez le cigare ?
Ça ne va pas tarder.
Désormais, nous partageons un secret.
Ce n'est pas grand-chose.
Je pourrais vous dire de ces choses...
Je vais me marier.
Je suis obligé.
C'est pire qu'un cigare. C'est arrivé quand ?
Subitement...
Avec une fille qui habite près d'ici.
Racontez-moi ça.
Nous nous promenions. Il a commencé à pleuvoir.
On s'est abrité dans une guérite.
Elle était vide.
C'est là que j'ai perdu la tête.
Je ne sais pas ce qui m'a pris !
Je l'ai prise dans mes bras et...
je l'ai embrassée.
Je dois en assumer les conséquences.
Puis-je vous poser une question qui vous paraît ra peut-être puérile ?
Que se passerait-il si vous ne l'épousiez pas ?
Ma vie serait détruite. Je ne pourrais plus aller à Harvard.
C'est après avoir embrassé ma mère
que mon père a décidé de l'épouser.
Du temps de votre père, on s'embrassait et on se mariait.
Mais nous sommes en 1887 : l'ère de la bicyclette,
de la machine à écrire et du téléphone...
Un baiser, ça n'a plus la même importance !
Ce qui était mal hier est un jeu aujourd'hui.
No comments yet. Be the first to leave one.