Las primeras 200 líneas.
Aris Kuru.
Là-bas près des côtes de France
Sur la mer immense
Au ciel du midi
Il est un vrai coin de paradis
Bernard.
Bernard, Bernard…
Je dois vous dire, madame, que le jeune Bernard.
... devra faire une retenue de toute la journée de dimanche fin janvier.
Oh ! Est-ce possible ?
Eh oui ! madame.
Le jeune Bernard a été surpris en train de copier sa composition d’histoire.
Il avait un livre sous la table, ouvert sur ses genoux…
Si nous avions appliqué la règle.
Le jeune Bernard aurait dû faire sa punition demain.
Cependant, à cause des vacances de Noël.
M. le proviseur a jugé bon de surseoir à l’exécution de sa peine.
Certes, ce n’est pas pour lui, car il est très coupable.
Mais nous avons eu peur de punir sa famille et surtout sa maman.
Je vous remercie, M. le censeur.
Madame, c’est M. le proviseur qu’il faut remercier.
À bientôt, Bernard, et ne prenez pas d’indigestion.
Allons...
Il va nous en rester beaucoup pour les vacances ?
Cent trente, ça dépend.
Villepontoux.
Quelqu’un est venu vous chercher ?
Je sais pas, je veux sortir ! - Ah ! Vous voulez sortir ?
Voyez un peu si la famille nous a écrit.
Villepontoux… Villepontoux…
Eh bien, mon garçon, vous ne sortirez pas cette fois-ci.
Ça sera pour la prochaine fois.
Mme votre mère a jugé bon de vous laisser au lycée pendant les vacances de Noël.
Pourquoi ?
Peut-être avez-vous eu de mauvaises notes.
Je suis 1er en version latine et 2e en français...
C’est un très bon élève, M. le censeur.
Pas une punition dans le trimestre.
Et M. votre père, vous a-t-il écrit ?
Oh ! lui...
Il me l'aurait envoyé la permission…
Seulement, il ne peut plus : il est mort.
Alors, je peux pas sortir ? - Non, mon petit ami !
Vous passerez les vacances au lycée, puisque c’est le désir de Mme Villepontoux.
Elle s’appelle plus comme ça.
Elle s’appelle plus comme moi, elle s’appelle Mme Lavigne.
Alors, allez jouer avec vos camarades, ne perdez pas de temps dans ce parloir.
N’ayez pas trop de chagrin…
Après tout, pendant les vacances, on s’embête pas au lycée…
Moi, je voulais sortir, c’était pour faire comme les autres.
Parce que sortir pour aller chez Lavigne... j’aime autant rester ici !
Pauvre gosse ! - Eh oui, pauvre gosse !
Mais que pouvons-nous faire ?
Allons petit, allons, pas de larmes, pas de sensiblerie.
Tu es un petit homme, voyons !
Non, je suis pas un petit homme, j’ai 12 ans.
Eh bien, 12 ans, c’est quelque chose, à 12 ans, on pleure pas.
Moi quand j’avais 12 ans, je ne pleurais pas.
Toi, ta mère s'est pas remariée.
Ah ! Non, quand j'avais 12 ans, elle était morte.
C’est bien plus mauvais, je t’assure…
Toi, ta mère, tu la reverras !
Ah ben, oui ! Et même qu’elle est belle, ma mère !
La mienne aussi, elle était belle, comme toutes les mères !
Seulement, moi, je ne la verrais plus.
Et pourtant, je ne pleure pas.
Alors, il faut être un homme.
Il faut prendre la vie comme elle vient.
Allons, va mon petit, va jouer, tes amis qui t'attendent.
Merci bien, M. le censeur.
Mon ami, y a pas beaucoup de clients aujourd'hui.
Tous ceux qui sortent, ils se réservent pour manger à la maison.
Tu sors, toi ? - Je sais pas.
Peuchère.
Té...
Tous ceux qui semblent bons, ils se le prendront !
Monsieur, que signifie ?
C’est pas moi… - Je vous ai vu.
Que la parabole décrite par une balle...
... soit passée, précisément par le point qu’occupait dans l’espace...
... un chapeau, même le mien...
... ce n’est pas un événement considérable.
Je ne veux pas y voir de malice.
Il serait au contraire étonnant que le visant, vous l’eussiez frappé.
Votre faute commence en votre mensonge.
Monsieur, ne mentez pas.
Dites : « Je ne l’ai pas fait exprès. »
Ne dites pas : « Ce n’est pas moi. »
Votre mensonge est écrit sur votre figure.
Il la dégrade.
Mettez-vous au piquet.
De ma part, ce n’est pas une vengeance.
Ce n’est même pas une punition.
C’est une leçon.
Faites-en votre profit.
Puisque nous avons à choisir entre Delacre et Blanchard.
Qui ont des titres égaux pour passer en 2e classe.
Vous conseillez Delacre.
Nettement, M. le proviseur, nettement.
D'abord, M. Blanchard n'est ici que depuis 3 mois.
Oui, il a 24 ans de service.
Vignes... Toulon...
Montpellier... Aix
Je sais, je sais...
M. Delacre a le même service que lui.
Et c’est un répétiteur de premier ordre. Exact, assidu, sympathique…
Et assez fortement pistonné.
Son beau-frère est quelque chose au ministère.
M. le proviseur, vous savez bien que ce n’est pas pour ça que…
Je sais, je vous en parle parce que le beau-frère m’a écrit à ce sujet.
Pour M. Blanchard, la chose est cependant assez importante…
S’il ne passe pas cette année en 2e classe.
Lorsqu’il sera mis à la retraite.
Il aura une pension inférieure au maximum qu’il peut espérer atteindre…
S’il y passe en 2e classe, il aura presque automatiquement ce maximum…
Et le cas mérite d'être considéré évidemment.
Mais M. Delacre est intéressant lui aussi.
Auriez-vous quelque chose à reprocher à M. Blanchard
Oh ! Non, je ne veux pas aller si loin.
Puisque nous parlons de lui, je dois vous dire tout d'abord.
Qu'il a fort mauvais caractère !
Je sais...
J'en ai déjà entendu parler.
Le 10e jour de son arrivée.
Il a eu au parloir un incident assez violent avec un parent d’élève, oui, un boucher.
Celui-ci déclarait que son fils avait été puni injustement.
Il a dit à M. Blanchard :
« Quand les pions sont borgnes, les punitions tombent à l’aveuglette. »
Voilà un compliment bien tourné !
M. Blanchard lui a répondu par une paire de claques épouvantables.
On les a entendus jusqu'au fond de la cour.
Le boucher ne retrouvait plus la porte du parloir…
M. Blanchard a eu tort.
Il a eu grand tort…
Comment n’ai-je pas été informé officiellement de l’incident ?
Au moment où je rédigeais mon rapport, le boucher est venu me voir.
Il avait appris que la blessure à l’œil de M. Blanchard...
... était une blessure de guerre.
Il lui a fait des excuses et m’a demandé d’étouffer l'affaire.
Il a eu raison.
Voilà un bon boucher.
Oui, mais quand on a su que Blanchard assommait les bouchers.
Ses collègues l’ont regardé comme un sauvage.
D'ailleurs, je dois dire qu'ils n’ont pas tout à fait tort.
Il n'ouvre la bouche que pour rouspéter.
Ce matin quand le surveillant général est venu lui dire.
Qu'il fera l'étude de la veille de Noël, il a protesté violemment.
Il parlait de venir se plaindre à vous. - Oui.
Enfin, il n'est pas venu. - Il n'est pas venu.
Et je sais qu'il fera son service.
Est-ce qu’il réussit auprès des enfants ?
Son étude est fort bien tenue.
Il y règne une discipline parfaite.
Mais les enfants ne l’aiment pas : il est borgne, il est laid.
Je crois pouvoir dire, sans trop m’avancer, qu’il préférerait certainement être beau.
Je sais, je sais...
Ne croyez pas que je reproche à ce garçon de n'être pas un hédoniste.
Non, j'essaie de vous expliquer son atmosphère.
N'est-ce pas il est laid et comme il est célibataire, il est plutôt...
Enfin, il a l'air d'être plutôt sale.
Et les élèves l’appellent Merlusse.
Merlusse ?
Tiens, pourquoi ?
Parce qu'ils disent qu’il sent la morue. - Comme c’est curieux !
Est-ce qu’il sent vraiment la morue ?
Je sais pas, je crois pas, à mon avis, il sent plutôt le chien bouilli.
Enfin, il n'est pas sympathique aux élèves. Pour tout dire, il les terrorise.
Est-ce qu'il abuse des punitions ? - Non, avec un physique pareil.
Il n'a pas besoin de punir.
Dans son étude, les élèves n'ont pas peur des retenues, ils ont peur d'être assommés.
Il n'a jamais battu aucun élève.
Les enfants ont en l’impression qu’il serait capable de le faire.
Voilà tout le bien et tout le mal que je pense de lui.
Il est exact, consciencieux.
Mais peu sympathique à ses collègues, et détesté par les enfants.
J’ajoute que si je le rencontre en dehors du lycée.
Il ne me salue jamais.
J’aime pas qu’on me prenne pour un imbécile.
Écoutez, Blanchard, je vous jure que c’est l’usage ici.
C’est toujours le dernier arrivé au lycée qui fait l’étude du soir, la veille d’une fête.
Vous êtes le dernier arrivé ! C’est à vous de prendre le service.
Mais, nom de Dieu, je ne suis pas un débutant !
Je suis le dernier arrivé, c'est entendu, mais j’ai 24 ans de service !
Il est évident que tant qu’il n’en arrivera pas un autre.
Je serai le dernier arrivé.
On m'a déjà collé le pic des voyeurs, le plus mauvais.
On m’a donné la deuxième moitié de la récréation, de quatre à cinq.
Celle où il fait nuit en hiver.
On me fait surveiller les consignés du dimanche.
On m’envoie comme gendarme aux classes de dessin.
Maintenant, au lieu d'ajouter mon nom au tableau de service.
À la place de mon prédécesseur.
On avance mon tour de cinq rangs.
Et on m’offre l’étude de la veille de Noël !
Je dis tout de suite qu’on se fout de moi, un point c’est tout.
Monsieur le proviseur.
Absolument, on se fout de moi.
Écoutez, Blanchard.
Vous faites l’étude de Noël.
Vous ne ferez pas celle de Pâques !
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