نخستین 200 خط.
EN JANVIER 2005, CERTAINS DES PLUS GRANDS CHANTEURS
SE SONT RÉUNIS POUR RENDRE HOMMAGE AU GRAND LEONARD COHEN
Je suis ton homme
Si tu cherches un boxeur
Poète Si tu cherches un chauffeur
Chanteur Les gens me prennent pour un moine
Un homme à femme
Écrivain, père, musicien Je suis ton homme
Merci.
Le consulat canadien
voulait organiser un concert avec les chansons de Leonard Cohen,
et ils m'ont contacté.
L'idée de pouvoir travailler
sur ce formidable matériel...
J'ai foncé.
À chaque fois...
À chaque répétition, ou quand je revois le concert,
je suis un peu plus impressionné,
par cette poésie,
par ce... Par cette musique.
Parce que c'est vraiment magnifique.
La 1re fois que je l'ai entendu, je vivais à Wangaratta,
dans l'État de Victoria.
C'est une ville très conservatrice.
J'étais allé chez un ami,
et sa grande sœur avait Songs of Love and Hate .
Et c'était vraiment extraordinaire,
qu'un habitant de Wangaratta ait cet album.
Elle me l'a fait écouter,
et je me souviens seulement...
Ça a changé les choses.
J'ai juste...
J'avais l'impression d'être un mec cool,
parce que j'avais découvert ce truc qui me différenciait des autres
et de tout ce que je détestais à Wangaratta.
Messieurs et mesdames,
M. Leonard Cohen.
Je suis né à Montréal, en 1934.
Je suis né enchaîné, mais j'ai été libéré.
Il y avait du vent.
Des feuilles mortes, écrasées sur les murs
de l'hôpital.
J'étais vivant.
J'étais vivant, dans l'horreur.
Les donateurs étaient autour de moi comme une équipe de rugby.
Ils me donnaient des choses,
pour me les reprendre ensuite.
Ils jetaient celles qui n'allaient pas
dans un puits de néant.
Les dons étaient nombreux,
tout comme les avertissements qui les accompagnaient.
"Nous te donnons un bon cœur,
"mais si tu bois du vin,
"alors tu haïras le monde.
"La Lune est ta sœur,
"mais si tu prends des somnifères,
"tu finiras en compagnie de tristes filles.
"À chaque fois que tu saisiras l'amour,
"tu perdras une parcelle de ta mémoire."
Je ne suis pas
très nostalgique. Je ne regarde pas trop derrière moi,
pour ressasser mes regrets,
ou pour me féliciter.
Ce n'est pas un mécanisme qui fonctionne
très bien, chez moi. C'est pourquoi
je n'ai pas de regrets,
et pas de fierté non plus.
Leonard est presque...
un prophète de la musique, pour moi.
Il a un sens...
presque biblique,
et une autorité, qui selon moi, vient de
sa façon unique d'écrire ses chansons.
Une chanson peut mettre des années pour venir à maturité.
Il sait vraiment écrire.
Enfin, c'est un sacré avantage,
ce don pour l'écriture.
Il peut passer des jours entiers sur chaque ligne,
sur chaque mot, sur chaque...
Il dit avoir passé un an sur une chanson.
On n'a pas le temps de tout faire.
Je me dis : "Tu sais combien de temps
"tu mets pour finir une chose.
"Tu sais qu'il faudra en passer par au moins dix versions,
"les écrire pour les abandonner ensuite.
"Voir comment ce tout fonctionne,
"puis le jeter."
Certaines personnes font...
des portes. Les charpentiers.
D'autres sont jardiniers,
plombiers,
ou docteurs ou infirmiers.
Leonard Cohen écrit des chansons.
C'est son métier.
Avec lui, c'est pas :
"Je me suis réveillé un matin,
"et cette magnifique chanson était...
"là, toute faite."
Lui, c'est plutôt : "Non, je...
"Celle-là va prendre un moment."
Si c'est votre destin d'être ce travailleur,
cet auteur,
vous savez qu'il vous faudra travailler tous les jours,
mais vous savez aussi que vous ne réussirez pas à chaque fois.
Il faut se préparer,
mais ce n'est pas vous qui êtes aux commandes.
Parfois, quand vous n'avez plus l'impression
d'être le héros de votre propre histoire,
s'attendant à voir défiler les victoires,
vous comprenez alors vraiment que ce n'est pas le paradis.
D'une certaine façon,
et surtout nous qui sommes privilégiés,
sentons confusément que
cette vallée de larmes est perfectible.
Qu'on va y arriver.
Pour moi, tout est beaucoup plus simple
quand je ne m'attends pas à réussir.
C'est ce que j'ai essayé de mettre dans cette chanson,
"A Thousand Kisses Deep" .
Enfin, quand on comprend que...
On abandonne son chef-d'œuvre,
et on tombe alors sur un véritable chef-d'œuvre.
La première fois que je l'ai vu... J'étais un ami de sa fille.
C'était une de mes
meilleures amies.
Il faut dire que j'étais assez stressé de le rencontrer,
d'entrer dans ce monde. À notre première rencontre,
nous étions montés boire un café, et il était...
La première fois que je l'ai vu, donc,
il était en sous-vêtements.
Il préparait des nouilles soba et il...
Il préparait des nouilles et il avait des saucisses
dont il arrachait de petits morceaux
pour les piquer sur un cure-dent...
et les donner à un oisillon tombé du nid.
Il essayait de le soigner.
Et voilà notre 1re rencontre,
il soignait un pauvre oisillon.
C'était vraiment Leonard Cohen, en sous-vêtements.
J'étais un peu troublé, et puis il est sorti,
après qu'on a échangé quelques mots.
Je suis alors resté avec Lorca,
et d'un coup, il est revenu
entièrement vêtu d'Armani.
Costume Armani, cheveux plaqués en arrière,
chaussures de ville.
Et j'ai bondi de ma chaise :
"Mon Dieu, Leonard Cohen !"
Il ressemblait exactement
à l'une de ses pochettes.
Il est vraiment élégant.
Mon père avait une formation d'ingénieur,
mais il s'est retrouvé dans la confection,
les vêtements, donc j'ai toujours mis des costumes.
J'ai essayé les jeans, mais je ne me suis jamais...
senti à l'aise.
Ça ne me plaisait pas.
Je me suis rendu à l'idée
que j'étais plus à l'aise en costume.
Les Wainwright redonnent vie à mon œuvre.
Et c'est tant mieux.
Il y avait une jeune femme très belle.
Elle était poète,
et elle est tombée amoureuse d'un de mes amis.
J'aurais préféré que ce fût de moi,
mais j'aimais l'écouter en parler. Et il m'a montré un poème...
qu'il lui avait écrit. Je ne l'ai jamais oublié.
Ça faisait : "Je vis dans un rêve
"De nuits argentées révolues
"Advenues et sitôt passées
"Demeure ton souvenir et la force de son étreinte"
Il n'était pas insensible à l'honneur
qu'elle lui faisait.
Mais j'ai trouvé le poème merveilleux.
J'ai vu l'effet produit sur lui, et je suppose que
ça a participé à mon investissement,
mon engagement dans la poésie.
Merci d'accueillir Martha Wainwright.
Ça s'appelle The Traitor .
Ça parle du sentiment qu'on peut avoir
de trahir une mission
qu'on nous a confiée,
et de ne pas pouvoir la remplir,
et alors de finir par comprendre
que le réel mandat n'était pas de l'exécuter,
et que le vrai courage était de rester innocent
dans la situation fâcheuse dans laquelle on se trouvait.
La 1re fois que j'ai écrit quelque chose
qui me semblait avoir de l'importance,
j'avais neuf ans, après la mort de mon père.
J'ai pris l'un de ses nœuds papillon,
je l'ai dénoué, j'y ai glissé un petit mot,
et je l'ai enterré derrière la maison, dans le jardin.
Je n'avais pas
d'autre moyen de comprendre
cette épreuve qui était très...
mystérieuse,
et curieusement...
pas si déchirante.
Ça me semblait normal que mon père soit mort.
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