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AUGUSTIN D'HIPPONE
La bifurcation se trouve dans les ruines de la ville.
Les Romains de l'époque de Scipion ont vraiment tout détruit.
Alipius devrait déjà être là.
- Mégare ! - Alipius, que s'est-il passé ?
J'ai été agressé par des bandits.
Ce sont des commerçants
venant du port d'Hippone chargés de marchandises.
Les routes sont dangereuses, de nos jours.
Alipius, ça va de mal en pis.
- On y va ? - Hippone doit être proche.
Nous sommes déjà en retard.
Valère nous attend, il veut que tu le conseilles.
L'urgence de son appel doit indiquer l'importance du voyage.
Prenez soin d'eux, et Dieu vous le rendra.
Alipius, évêque de Thagaste. Te souviens-tu de moi ?
Nous avons le même âge.
Tu es devenu un évêque honorable
et moi, un moine loqueteux.
Quand feras-tu vœu de pauvreté, Alipius ?
Je te reconnais. Élie.
Alipius, tu as plongé du sommet de la pureté chrétienne
aux turpitudes d'un serviteur de l'État.
Pauvreté et pénitence ne doivent pas abrutir les hommes.
Vous avez perdu dans la prospérité
la gloire acquise par les persécutions et les malheurs.
Partons, Mégare, il est inutile de parler avec eux.
Ils ne comprennent pas.
Vous brûlerez en enfer !
Ils sont pires que les manichéens.
Il faudrait ne manger que de l'herbe,
car ils disent que ce qui est chair contient le mal,
et il faudrait boire de l'eau sale,
car l'eau fraîche apporte un plaisir des sens.
Pour eux, l'homme devrait se détruire
pour détruire le mal qui est en lui.
Ils voudraient être saufs pour leurs mérites,
et non pour ceux du Christ.
Ne crains rien,
les véhicules ne circulent pas avant le coucher du soleil.
Cette nuit, tu recevras ta marchandise.
Aie confiance en moi.
Nous sommes bien organisés.
Pourquoi décharger ma charrette ?
Elle ne passerait pas, elle est de mauvaises dimensions.
Ainsi, nous payons une autre gabelle !
Certes !
Salut, Caïus.
Nous avons rasé nos femmes en signe de deuil
pour la mort du grand Théodose.
Arrêtez !
Mais ce sont des hauts dignitaires de l'Empire !
Va appeler l'évêque Valère.
Mégare, que la paix soit avec toi.
Paix à toi.
Que la paix soit dans cette maison.
Que la paix soit avec vous.
Bienvenue dans cette maison, Mégare.
À toi aussi, Alipius. Je vous attendais.
Je vous remercie d'être venus si vite.
Voici Augustin.
Loin de nous soit la discorde
qui naît lorsque l'on n'aime que soi-même.
Pour être admis chez nous,
tu dois savoir bien lire et écrire.
Alipius, Mégalius !
Quelle surprise ! Paix à vous.
Que la paix soit avec toi, Augustin.
Que la paix soit avec toi, Augustin.
Que la paix soit avec vous.
N'interromps pas ton enseignement.
Continuez, nous nous verrons plus tard.
Nous restons ici quelques jours.
Venez.
En souvenir du martyr Polycarpe,
la lettre de l'église de Smyrne aux communautés chrétiennes :
"Mes frères, trois jours avant son arrestation,
Polycarpe eut une vision tandis qu'il priait.
Il dit à ses compagnons :
"Je serai brûlé vif."
Mais il ne prit pas la fuite et fut arrêté.
Emmené sous les insultes du peuple,
il entendit une voix céleste :
"Sois fort, Polycarpe, comporte-toi en brave."
Le proconsul lui dit :
"Insulte le Christ, et je te relâche."
"Je le sers depuis 86 ans", répondit Polycarpe,
"et il ne m'a jamais fait de tort."
"J'ai des bêtes à ma disposition.", reprit le proconsul,
"Elles te dévoreront."
"Fais-les venir,
"je n'abandonne pas le bien pour le mal."
Le proconsul conclut : "Puisque tu méprises les bêtes,
"tu seras brûlé vif."
Et on le mit sur le bûcher.
Mais le feu le laissait indemne
et les impies le poignardèrent.
Une colombe sortit de son cœur,
et son sang éteignit les flammes.
La foule fut émerveillée
de voir la différence entre les infidèles et les élus."
Maintenant, vous pouvez parler.
Quelle cohue pour traverser la ville et arriver ici !
C'est la cohue dans toute l'Afrique et désormais, dans tout l'Empire.
- On a vu des moines hérétiques. - De véritables bandits.
Le bandit vole les passants ou prend leur vie.
L'hérétique vole la vérité au chrétien
et le sépare de l'Église.
Le monde semble emporté par une confusion irrémédiable.
L'Empire est divisé,
l'unité de l'Église
est menacée par les hérésies et les sectes.
D'abord l'hérésie d'Arius, puis les manichéens.
Maintenant, surtout ici en Afrique, les donatistes.
Un marchand m'a dit que la disette menace Rome.
Honorius a décidé de construire une flotte pour faire venir le blé.
Bien que jeune, cet empereur se montre sage.
Il y a deux mois, à la mort de Théodose,
lorsque l'Empire fut divisé entre Orient et Occident,
la plupart des navires sont restés à Constantinople.
Je crains les barbares.
La recherche de nouvelles terres et d'un climat plus chaud
les poussent de la Méditerranée vers l'Afrique.
L'empereur Honorius saura bien défendre l'Empire et l'Église.
C'est un fervent chrétien.
Il veut que l'on prie dans toutes les églises de l'Empire
afin que la main de Dieu
arrête les barbares qui se pressent aux frontières.
Beaucoup de païens prieront leurs idoles.
Pour les arrêter, il faudrait les anciennes légions romaines.
Mais où sont-elles, maintenant ?
Avec votre permission, je me retire.
Je suis un vieil homme.
Je vous attends demain à l'évêché.
J'ai besoin de votre aide et de vos conseils
avant de parler aux fidèles.
Mes frères et mes fils en sacerdoce,
moi, Valère, votre évêque,
je sens depuis quelque temps le poids des années.
En ces temps difficiles que nous traversons
et devant les orages qui nous menacent,
l'église a besoin d'un pasteur vigoureux.
Moi, je ne suis qu'un vieil homme proche de la mort.
Qui, mieux que moi, peut confondre les hérétiques manichéens
et les adeptes de l'évêque Donat
qui veulent détruire l'unité de l'Église du Christ ?
Qui peut annoncer le salut aux païens,
enseigner, baptiser,
prêcher avec une nouvelle énergie ?
Qui d'entre nous brûle le plus du feu de la foi ?
L'homme que vous-mêmes avez voulu
que j'élève au sacerdoce,
un prêtre présent ici, dans cette église.
Il s'est rendu à Milan et à Rome.
Il a connu les grands dignitaires de l'Empire.
Il a parcouru la Numidie, baptisant beaucoup de païens,
des Romains, des Berbères, des Puniques.
Même les hérétiques écoutent avec admiration ses discours
emplis d'une foi née de la grâce admirable de Dieu.
C'est cet homme que je veux appeler, avec votre accord,
à partager avec moi le fardeau d'évêque de notre église.
Augustin de Thagaste,
je propose que tu sois, avec moi et après moi,
pasteur et évêque.
Non, ce n'est pas possible !
C'est impossible !
Vous connaissez tous mon orgueil.
Vous connaissez tous mes péchés.
J'ai fait pleurer ma mère.
J'ai abandonné la mère de mon fils.
Je l'ai laissée seule, sans la moindre pitié.
Non content d'avoir passé des années dans l'infamie,
j'ai orgueilleusement cru pouvoir vaincre la sagesse de Dieu
et j'ai proclamé que le Christ était tel que moi,
un homme, aussi sage et savant fût-il.
Et moi qui ai dénoncé mon père innocent ?
J'étais retourné au paganisme
pour recueillir l'héritage de mon père.
Tu m'as appris à pleurer mes péchés, à croire en la miséricorde de Dieu.
Où est donc ta foi ?
Moi, j'ai consulté les aruspices
que j'ai payés avec l'argent de la communauté chrétienne,
mais je suis ici et je sais que j'ai été pardonné.
Lorsque j'ai calomnié mon voisin,
le dénonçant de fraudes au bureau des impôts
pour obtenir la ruine de son commerce,
l'Église me chassa très justement.
C'est toi qui me fis réintégrer la communauté,
m'enseignant que lorsqu'un homme pleure ses propres péchés,
il est l'un des fils préférés de Dieu.
Nous savons que tu as péché.
Tu as aussi pleuré, que crains-tu donc ?
Quand j'étais manichéen, tu me persuadas de rejoindre l'Église.
Tu me dis que dans le sang du Christ, tous les péchés étaient pardonnés.
Ce sang t'a lavé. Tu peux être notre évêque.
Mais rien dans ma vie ne peut vous servir d'exemple.
As-tu oublié ce que tu enseignas dans ta règle monastique ?
On obéit au supérieur pour ne pas offenser Dieu,
votre obéissance manifeste votre piété entre vous
mais aussi envers Lui.
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