نخستین 188 خط.
...
Si j'avais su qu'on passait en direct,
j'aurais mis mon écharpe.
On causait de quoi, bon Dieu d'ours ?
Ah oui. Du bredin.
Oh... Il y en a ailleurs qu'à Jaligny, des bredins.
Le bredin... ça vient d'une politique générale.
Si on avait suivi mon programme en 49,
y aurait des stades, des écoles et plus de bredins.
Y aurait des savants et des athlètes, comme à Intervilles.
Un bredin, c'est...
c'est comme qui dirait...
Je sais pas, moi.
Elle rit.
Un bredin, c'est un qui sait pas s'exprimer.
Ce qui manque, c'est les sous.
Y a des mauvais qui disent que j'emploie Goubi
parce que je le paye pas.
Pour payer, faut des sous.
La terre rapporte plus que de la peine.
- Jean-Marie Laprune, pour vous servir.
Je suis un trop bon, moi.
Un trop gentil.
J'arrête pas de rendre service.
Heureusement qu'il m'a, le Goubi.
Je suis son ange gardien.
Sa bonne nounou.
Tiens ! Tout à l'heure, encore.
Y avait son vélo qui traînait.
L'a-t-il pas fallu que je le range ?
Jacques Brel : "Les Cœurs tendres".
Salut.
Salut, les gars !
Ça va ? - Oui, et toi ?
Ça va.
Tiens, je t'ai apporté ça.
Charlotte,
la tour Eiffel.
Oh...
Comme c'est beau, hein ?
Quand je monterai à Paris,
c'est là que j'habiterai,
tout en haut du thermomètre.
Ou alors dans c'te foutue église
dont je me rappelle jamais le nom.
Tu sais,
cette église que tu m'as rapportée dans une boule de verre,
avec la neige qui tombe dessus.
- Le Sacré-Cœur. - Ah, c'est ça !
Le Sacré-Cœur, la tour Eiffel.
Ce sera mes deux maisons.
Je vous inviterai tous les dimanches, peut-être aussi la Berthe.
Il rit.
Mais y en a d'autres, sûrement pas !
Ils sont trop bêtes et trop paysans.
- T'y vas quand, à Paris ? - Ça te regarde ?
Je reste en contact.
L'Olympia me téléphone tous les jours.
Je garde mon vélo prêt, en cas.
Tu ferais quoi, à Paris ?
- Je jouerais du bidon, je prendrais le métropolitain
et je dînerais avec le maréchal Joffre.
Fracas de bidon.
...
Des cloches sonnent dans le lointain.
...
Fracas de bidon.
...
...
- Si vous passez pas devant le maire, la Berthe et toi,
on va droit à l'accident.
- Pourquoi qu'on passerait devant le Patouilloux ?
Ben pour dire oui !
Il s'en fout, M. le maire,
qu'on dise oui ou qu'on dise non.
- Tu dois marier la Berthe avant qu'elle ait un enfant.
Et vu comment tu la regardes,
ça pourrait bien pas tarder.
Oh...
Oh, ben ça, alors !
Rien qu'avec les yeux ? Tu crois ?
Y a pas pire.
La sonnette retentit.
- Je voudrais parler à M. le maire.
Ils rient.
Je voudrais parler à M. le maire.
...
On frappe.
Oui ?
- Bonjour, M. le maire. - Bonjour.
- M. le maire, il faut que je vous voie.
- Ça presse tant que ça ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Y a que... je veux me marier.
C'est une bonne idée, ça.
Et on peut savoir avec qui ?
Oui. Avec la Berthe.
C'est intéressant.
Bon.
On reparlera de ça un de ces jours.
Dans quelques mois ou dans quelques années.
Il faut y réfléchir.
- Oui, mais si on réfléchit trop longtemps,
j'ai bien peur que notre petit vienne à la noce en militaire.
Quel petit ?
Le petit à la Berthe et à moi.
- Goubi, je plaisante plus ! Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ça veut dire que le grand Goubi, il a "enceintré" votre fille.
- Bougre de saligaud... Vous avez pas fait ça !
Dis-moi que c'est faux avant que je t'ouvre la tête.
Jure-moi que c'est que des menteries !
C'est vrai comme la vérité.
Charogne !
Si tu dis vrai, je prends le fusil, je trucide la Berthe,
toi en deuxième et moi pour finir !
Je nettoie, je dépeuple !
Ça serait arrivé comment, c'te cochonnerie ?
- D'après Jean-Marie, j'aurais l'œil dangereux.
Hein ?
- À force de regarder la Berthe, j'ai eu un regard de trop
et crac ! Voilà comment c'est arrivé.
Soupir de soulagement.
Ah bon !
- Il me faudrait des lunettes noires.
Écoute, Goubi,
t'auras peut-être un enfant, un jour.
La Berthe aussi.
Bah ! Pas forcément ensemble.
En tout cas, c'est pas pour aujourd'hui.
Ah bon ?
Va travailler et oublie tout ça.
Je lui causerai, à la Berthe. Elle va regretter.
Y a de quoi.
J'aurais bien aimé avoir un petit.
C'est vrai.
Je lui aurais acheté une belle voiture d'enfant,
je l'aurais promené.
Et puis, quand il aurait été grand, il m'aurait appris à lire.
Oui.
En attendant, va chercher le Jean-Marie, j'ai à lui parler.
Qu'est-ce que t'as ?
J'ai bien du chagrin.
...
Tu m'entends bien, Charlotte,
Paris, c'est des tours Eiffel,
des Sacré-Cœur.
Je te mets dans le secret parce que...
je sais bien que tu comprends tout.
Et puis de toute façon, toi,
t'es la seule qui m'écoute.
Hein ?
Ah !
Si tu pouvais causer, tu me dirais :
"T'es le grand Goubi ! Le Parisien."
Vu que t'es la seule à savoir, hein ?
Et puis la seule à m'aimer.
C'est vrai. Les autres, ils n'aiment rien ni personne, alors.
...
Ho !
Hé, les frangins !
Je vais chez le Bourlier, à Thionne. Vous m'y jetez ?
- Grimpe. - Y a la Charlotte.
- Oui, mais on est pressés. Grimpe.
- Bon, Charlotte, tu m'attends ou tu rentres.
Tu vois ? Elle me quitte jamais.
- Ça te plairait, de voir la vraie ?
- Ah... Ça serait une sacrée rencontre !
Ça sera pour un jour.
Merci, les gars !
Qu'est-ce que vous faites ? Vous n'allez plus à Paris ?
On va boire un coup.
- Alors là, je paye une chopine.
Si j'étais venu à vélo, j'aurais peiné sur la route.
Merde ! Je vais rentrer comment ?
Prends le car.
- Le car, le car... Je suis guère habillé pour.
Oh !
- Bon, je passe chez le Bourlier.
L'église sonne. Et je vous retrouve chez Dudulle.
- Salut, les pécores. - Salut, les Parisiens. 2 blancs ?
3. Goubi nous rejoint.
Je m'ennuyais pas de lui.
Il est pas méchant, votre bredin.
Samedi, v'là 10 jours,
au 1er verre, il jouait du bidon. Pire qu'un diable.
Au 2e verre, il dormait.
Il s'est réveillé au matin dans le caniveau.
P... P, A : "PA."
R... R, I : "RI."
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