نخستین 200 خط.
Le jour des premières neiges,
je me gare dans le parking et j'entre avec mes affaires.
On dirait le jour de la rentrée.
Je suis anxieux, bien sûr, mais aussi plein d'espoir.
Je peux voir le monde comme une menace imminente
ou je peux choisir la lumière.
Je choisis la lumière.
La réceptionniste me sourit.
Quelque chose me plaît chez elle.
Je comprends alors que je suis au bon endroit.
L'AUTORITÉ SARL
L'ascenseur est à droite.
Je m'étais habitué au rôle de leader à mon poste précédent.
Je n'étais ni manager, ni directeur d'équipe,
mais je montrais parfois aux autres ce qu'il fallait faire.
Et je compte atteindre le même statut dans mon nouvel emploi
aussitôt que possible.
Enfin, je pourrai réaliser mon plein potentiel...
et devenir la personne que je rêve d'être.
Une personne importante.
Je dois établir ma propre plateforme
et montrer mes compétences au patron dès le début.
Je partage un bureau avec Rakesh
qui m'explique certains détails pratiques.
Voilà comment la cafetière fonctionne.
Ces pauses ne sont pas désagréables.
Il trouve toujours des choses que je devrais savoir.
Les élastiques.
Voilà les trombones.
Et voici le tiroir à crayons.
On ouvre les stores ainsi.
J'arrive 15 minutes en avance chaque matin
et je suis mon propre programme durant la journée.
Cinquante-cinq minutes de travail, puis une pause de cinq minutes.
Je suis sûr que je m'adapterai et que je réussirai vite à m'imposer.
Doucement, mais sûrement, j'établis le profil des collègues environnants,
de leur caractère à leur place dans la hiérarchie.
Shannon est plus ancienne que Rakesh,
mais Carol est encore plus ancienne qu'elle.
Carol semble compétente,
mais on dirait qu'elle croit tout savoir
et adore avoir raison.
Shannon, tu vois ce qui est marqué ici, n'est-ce pas ?
Shannon rit à tout propos,
même quand on lui dit une chose...
- Oui, bien sûr. - ... pas drôle du tout.
C'est marqué ici. Compris.
Tu peux m'expliquer quand même ?
Ils s'adressent tous à Carol quand ils n'osent pas parler au patron.
Mitchell est assis en face de Carol.
- Ouvre. Doucement. - C'est l'employé le plus ancien.
- Mais sa résilience... - Ouvre doucement,
- et à droite, tu trouveras... - ... me surprend.
Oui, le parapluie.
Carol a posé un dessin d'enfant près de son ordinateur.
C'est un soleil qui se couche dans la mer, mais le dessin est erroné.
Il y a une île sous le soleil, et une autre au-dessus.
C'est impossible, bien sûr.
Je me demande si elle a conscience de cette inexactitude évidente.
Vous désirez ?
Ses émotions l'empêchent peut-être de voir le problème.
En tout cas, peu importe,
l'enfant devrait pouvoir réaliser son erreur
afin de ne plus la commettre à nouveau.
Je te ramène une tasse de café ?
Malgré son ancienneté, Mitchell manque de confiance en lui-même.
Il semble constamment terrifié.
On parle de licenciements.
Je m'en tiens à mon programme
et je refuse qu'on me dérange en pleine séance de travail
avec une conversation ou une pause-café.
Parfois, j'ai envie d'aller aux WC après cinq minutes,
mais je fais alors en sorte de me retenir pendant toute la séance.
Ça forge le caractère, et bien sûr, le soulagement est, au bout du compte,
d'autant plus intense.
SORTIE
C'est justement en allant aux WC que je découvre la pièce.
Je sens une odeur de renfermé,
mais je ne nourris pas de pensée particulière.
Oh...
une pièce.
En fin de journée, j'ai déjà oublié
avoir jeté un œil dans cette salle supplémentaire.
Quelque jours plus tard, je cherche du papier imprimante.
Malgré tous les appels m'enjoignant de poser des questions,
je refuse de m'exposer à l'humiliation et à la dérision
en montrant mes lacunes sur le plan de l'organisation du bureau.
Là où je travaillais avant, l'utilisation des fournitures était
strictement réglementée.
Je me dis que le papier pourrait être caché quelque part
pour éviter le gaspillage.
Au début, je ne trouve pas l'interrupteur.
Je tâtonne de chaque côté de la porte, puis j'abandonne.
Quel lieu étrange pour un interrupteur.
Je comprends très vite qu'il n'y a pas de papier ici,
mais malgré tout, je sens tout de suite
que cet endroit est spécial.
Je ressors,
je ferme la porte...
et j'éteins la lumière.
Je rouvre la porte
pour vérifier que la lumière est bien éteinte.
Tout le monde a une petite cloison
qui sépare les bureaux...
à part nous.
J'en ai demandé une, mais ils ont réduit les dépenses.
Peu importe.
On n'a rien à cacher.
On essaie de penser au plancher.
PENSEZ AU PLANCHER
Bien sûr.
Naturellement.
Ça m'agace de ne pas avoir songé aux patins moi-même.
Bien entendu, je n'ai pas le temps de penser à ça.
À cause d'Andrew, je me sens stupide et décontenancé,
alors qu'en fait, je suis plus intelligent que les autres.
Il ne pouvait pas adoucir sa remarque en la ponctuant d'une blague
ou d'un petit sourire ?
Et puis, c'est malpoli de s'en aller dédaigneusement ainsi.
Cette séance de 55 minutes est gâchée de toute façon.
Je botte en touche et j'attends la suivante.
Ce serait si simple de retirer le tube détraqué
et de le remplacer.
Je n'arrive pas à croire que personne n'ait résolu ce problème.
Avec ses rouflaquettes et ses yeux cernés,
la veste de Rakesh lui donne un air dépenaillé.
Honnêtement, sa veste m'horripile
depuis le tout début,
même avant l'incident absurde des patins.
Je n'aime vraiment pas cette veste.
Je dois me changer les idées.
Et là, j'entre dans la pièce pour la troisième fois.
Mon costume est plus seyant que je ne l'imaginais.
D'une certaine façon, il donne
à mon corps un aspect plus viril.
J'ai l'air incroyablement détendu,
et en même temps, alerte et assuré.
Je ne me suis jamais trouvé séduisant,
mais je réalise soudain que c'est important...
parce que mon regard est remarquable.
C'est un nouvel atout.
Des yeux qui peuvent tout demander.
Et tout obtenir.
Rakesh fait son travail avec son je-m'en-foutisme habituel
comme tous les autres.
Il utilise le téléphone et fait des pauses comme bon lui semble.
Il passe des heures le regard perdu dans le vide
sans même faire semblant de travailler.
Ici et là, il essaie même de me parler.
- Ça va ? - Je le rabroue,
gentiment, mais fermement,
souvent d'un simple geste de la main.
Et ça fonctionne.
Rakesh a cette manie agaçante de balancer ses papiers sur son bureau
à chaque fois qu'il commence un nouveau truc, et c'est évident,
peut-être pas tout de suite, mais un de ces jours,
son bureau finira par déborder.
- Quoi ? - Tu as une minute ?
- Oui, bien sûr. - Regarde autour de toi.
Que vois-tu ?
- Je ne sais pas. - Il faut régler ça tout de suite.
Régler quoi ?
Faudrait pas dépasser les bornes. Écoute-moi.
Je suis sûr que tu comprendras.
Allons faire un tour.
- D'accord. - Allons faire un tour.
Mieux vaut en parler en privé.
J'ai remarqué un truc.
Quoi ?
Tu ne ranges pas tes dossiers, quand tu en sors un nouveau.
Pardon ?
Tu laisses tous tes dossiers
envahir ton bureau.
Bientôt, ils finiront chez moi,
et c'est mon bureau qu'ils envahiront.
Tu comprendras sûrement
que j'aimerais utiliser l'intégralité de mon plan de travail.
C'est déjà pénible de devoir travailler
les uns sur les autres.
Ce serait si simple d'installer une cloison.
Exact.
Mais t'en fais pas pour ça. C'est pas ton problème.
Je te demande juste d'adopter de nouvelles habitudes
pour éviter de perturber mon travail.
Tu comprends ?
Super.
Formidable.
Je suggère qu'on retourne au travail.
Si tout se passe bien,
on n'aura plus jamais besoin d'en parler.
Rakesh me fixe pendant un long moment
après notre retour au bureau,
sans pour autant s'occuper de ses dossiers.
Je laisse faire.
On n'a jamais dû rectifier ses erreurs
d'une façon aussi nette et efficace.
Ne prends pas ça comme une réprimande.
C'est juste une remarque.
PENSEZ AU PLANCHER
Dans la pièce, un certain calme règne.
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