نخستین 200 خط.
Je me rappelle bien, Adam ;
tel a été mon legs, une misérable somme de mille écus dans son testament ;
et, comme tu dis, il a chargé mon frère de me bien élever,
et voilà la cause de mes chagrins.
Il entretient mon frère Jacques à l’école, et la renommée parle magnifiquement de ses progrès.
Pour moi, il m’entretient au logis en paysan, ou pour mieux dire,
il me garde ici sans aucun entretien ;
car peut-on appeler entretien pour un gentilhomme de ma naissance,
un traitement qui ne diffère en aucune façon de celui des bœufs à l’étable ?
moi, qui suis son frère, je ne gagne sous sa tutelle que de la croissance :
et pour cela les animaux qui vivent sur les fumiers de la basse-cour lui sont aussi obligés que moi ;
et pour ce néant qu’il me prodigue si libéralement,
sa conduite à mon égard me fait perdre le peu de dons réels que j’ai reçus de la nature.
Il me fait manger avec ses valets ; il m’interdit la place d’un frère,
et il dégrade autant qu’il peut ma distinction naturelle par mon éducation.
C’est là, Adam, ce qui m’afflige. Mais l’âme de mon père,
qui est, je crois, en moi, commence à se révolter contre cette servitude.
Non, je ne l’endurerai pas plus longtemps,
quoique je ne connaisse pas encore d’expédient raisonnable et sûr pour m’y soustraire.
Voilà votre frère, mon maître, qui vient.
Tiens-toi à l’écart, Adam, et tu entendras comme il va me secouer.
Eh bien ! monsieur, que faites-vous ici ?
Rien : on ne m’apprend point à faire quelque chose.
Que gâtez-vous alors, monsieur ?
Vraiment, monsieur, je vous aide à gâter ce que Dieu a fait,
votre pauvre misérable frère, à force d’oisiveté.
Que diable ! monsieur occupez-vous mieux, et en attendant soyez un zéro.
Irai-je garder vos pourceaux et manger des carouges avec eux ?
Savez-vous où vous êtes, monsieur ?
- Oh ! très bien, monsieur. - Savez-vous devant qui vous êtes, monsieur ?
Oui, je le sais mieux que celui devant qui je suis ne sait me connaître.
Je sais que vous êtes mon frère aîné ;
et, selon les droits du sang, vous devriez me connaître sous ce rapport.
J’ai en moi autant de mon père que vous.
Vilain, veux-tu mettre la main sur moi ?
Je ne suis point un vilain : je suis le plus jeune des fils du chevalier Rowland des Bois ;
il était mon père, et il est trois fois vilain celui qui dit qu’un tel père engendra des vilains.
Si tu n’étais pas mon frère, je ne détacherais pas cette main de ta gorge
que l’autre ne t’eût arraché la langue, pour avoir parlé ainsi.
Mes chers maîtres, soyez patients : au nom du souvenir de votre père.
Mon père vous a chargé, par son testament, de me donner une bonne éducation,
et vous m’avez élevé comme un paysan, en cherchant à obscurcir, à étouffer en moi toutes les qualités d’un gentilhomme.
L’âme de mon père grandit en moi, et je ne le souffrirai pas plus longtemps.
Permettez-moi donc les exercices qui conviennent à un gentilhomme,
ou bien donnez-moi le chétif lot que mon père m’a laissé par son testament,
et avec cela j’irai chercher fortune.
Et que voulez-vous faire ? Mendier, sans doute, après que vous aurez tout dépensé ?
Je ne veux plus être chargé de vous : vous aurez une partie de ce que vous demandez.
Va-t’en avec lui,
Va-t’en avec lui, toi, vieux chien.
Vieux chien : c’est donc là ma récompense !
Vous avez bien raison, car j’ai perdu mes dents à votre service.
Dieu soit avec l’âme de mon vieux maître ! Il n’aurait jamais dit un mot pareil.
Je t’en conjure, Rosalinde, ma chère cousine, sois plus gaie.
Chère Célie, je montre bien plus de gaieté que je n’en possède ;
et tu veux que j’en montre encore davantage ?
Si tu ne peux m’apprendre à oublier un père banni,
renonce à vouloir m’apprendre à me souvenir d’une grande joie.
Ah ! je vois bien que tu ne m’aimes pas aussi tendrement que je t’aime ;
car si mon oncle, ton père, au lieu d’être banni, avait au contraire banni ton oncle, le duc mon père,
pourvu que tu restes avec moi, mon amitié pour toi m’aurait appris à prendre ton père pour le mien ;
et tu en ferais autant, si la force de ton amitié égalait celle de la mienne.
Eh bien ! je veux tâcher d’oublier ma situation, pour me réjouir de la tienne.
Tu sais que mon père n’a que moi d’enfants ; il n’y a pas d’apparence qu’il en ait jamais d’autre ;
et certainement à sa mort tu seras son héritière ;
tout ce qu’il a enlevé de force à ton père, je te le rendrai par affection ;
sur mon honneur, je le ferai, et que je devienne un monstre s’il m’arrive d’enfreindre ce serment !
Ainsi, ma charmante Rose, ma chère Rose, sois gaie.
Je le serai désormais, cousine ; je veux imaginer quelque amusement.
Voyons, que penses-tu de l’amour ?
Oh ! ma chère, je t’en prie, fais de l’amour un jeu ;
mais ne va pas aimer sérieusement aucun homme,
et même par amusement, ne va jamais si loin
que tu ne puisses te retirer en honneur et sans rougir.
Eh bien ! à quoi donc nous amuserons-nous ?
Asseyons-nous, et par nos moqueries dérangeons de son rouet cette bonne ménagère, la Fortune,
afin qu’à l’avenir ses dons soient plus également partagés.
Je voudrais que cela fût en notre pouvoir, car ses bienfaits sont souvent bien mal placés,
et la bonne aveugle fait surtout de grandes méprises dans les dons qu’elle distribue aux femmes.
Oh ! cela est bien vrai ; car celles qu’elle fait belles, elle les fait rarement vertueuses,
et celles qu’elle fait vertueuses, elle les fait en général bien laides.
Mais, cousine, tu passes de l’office de la Fortune à celui de la Nature.
La Fortune est la souveraine des dons de ce monde, mais elle ne peut rien sur les traits naturels.
Non, lorsque la Nature a formé une belle créature, la Fortune ne peut-elle pas la faire tomber dans le feu ?
Et, bien que la Nature nous ait donné de l’esprit pour railler la Fortune,
cette même fortune envoie cet imbécile pour interrompre notre entretien.
Eh bien ! homme d’esprit, où allez-vous ?
Maîtresse, il faut que vous veniez trouver votre père.
Vous a-t-on fait le messager ?
Non, sur mon honneur ; mais on m’a ordonné de venir vous chercher.
Où avez-vous appris ce serment, fou ?
D’un certain chevalier, qui jurait sur son honneur que les beignets étaient bons,
et qui jurait encore sur son honneur que la moutarde ne valait rien :
moi, je soutiendrai que les beignets ne valaient rien, et que la moutarde était bonne,
et cependant le chevalier ne faisait pas un faux serment.
Comment prouverez-vous cela, avec toute la masse de votre science ?
Allons, voyons, démuselez votre sagesse.
Avancez-vous toutes deux, caressez-vous le menton,
et jurez par votre barbe que je suis un fripon.
Par notre barbe, si nous en avions, tu es un fripon.
Et moi, je jurerais par ma friponnerie, si j’en avais, que j'en suis un ;
mais si vous jurez par ce qui n’est pas, vous ne faites pas de faux serment ;
aussi le chevalier n’en fit pas davantage, lorsqu’il jura sur son honneur,
car il n’en eut jamais,
ou s’il en avait eu, il l’avait perdu à force de serments, longtemps avant qu’il vît ces beignets
ou cette moutarde.
Dis-moi, je te prie, de qui tu veux parler ?
De cet homme que le vieux Frédéric, votre père, aime tant.
L’amitié de mon père suffit pour l’honorer :
ne parle plus de lui ;
tu seras fouetté un de ces jours pour tes moqueries.
C’est une grande pitié, que les fous ne puissent dire sagement ce que les sages font follement.
Par ma foi, tu dis vrai ;
car, depuis que le peu d’esprit qu’ont les fous a été condamné au silence,
le peu de folie des gens sages se montre extraordinairement.
Bonjour, Monsieur Le Beau ; quelles nouvelles ?
Belle princesse, vous avez perdu un grand plaisir.
- Du plaisir ! de quelle couleur ? - Je vous en dirai le commencement ;
et si cela plaît à Vos Seigneuries, vous pourrez en voir la fin ;
car le plus beau est encore à faire.
Eh bien ! le commencement, qui est mort et enterré.
Arrive un vieillard avec ses trois fils.
Je pourrais trouver ce début-là à un vieux conte.
Trois jeunes gens de belle taille et de bonne mine…
L’aîné des trois a lutté contre Charles, le lutteur du duc :
Charles, en un instant, l’a renversé, et lui a cassé trois côtes ;
de sorte qu’il n’y a guère d’espérance qu’il survive.
Il a traité le second de même, et le troisième aussi.
Ils sont étendus près d'ici ;
le pauvre vieillard, leur père, fait de si tristes lamentations à leur côté,
que tous les spectateurs le plaignent en pleurant.
Hélas !
Mais, monsieur, quel est donc l’amusement ?
Hé ! celui dont je parle.
Voilà donc comme les hommes deviennent plus sages de jour en jour !
C’est la première fois de ma vie que j’ai entendu dire que de voir briser des côtes était un amusement pour les dames.
Et moi aussi, je te le proteste.
Mais y en a-t-il encore d’autres qui brûlent d’envie de voir déranger ainsi l’harmonie de leurs côtes ?
Y en a-t-il un autre qui se passionne pour le jeu de brise-côte ?
Verrons-nous cette lutte, cousine ?
Ils sont prêts à l’engager.
Restons donc, et voyons-la.
Je souhaite le bonjour à Votre Seigneurie.
Mon bon monsieur Charles, quelles nouvelles nouvelles y a-t-il à la nouvelle cour ?
Le vieux duc est banni par son jeune frère le nouveau duc,
et trois ou quatre seigneurs, qui lui sont attachés, se sont exilés volontairement avec lui ;
leurs terres et leurs revenus enrichissent le nouveau duc ;
ce qui fait qu’il consent volontiers qu’ils aillent où bon leur semble.
Savez-vous si Rosalinde, la fille du duc, est bannie avec son père ?
Oh ! non ; car sa cousine, la fille du duc, l’aime à un tel point
, qu’elle l’aurait suivie dans son exil,
ou serait morte de douleur, si elle n’avait pu la suivre.
Elle est à la cour, où son oncle l’aime autant que sa propre fille.
Où doit vivre le vieux duc ?
On dit qu’il est déjà dans la forêt des Ardennes,
et qu’il a avec lui plusieurs braves seigneurs ;
on assure que beaucoup de jeunes gentilshommes s’empressent tous les jours auprès de lui,
et qu’ils passent les jours sans soucis,
comme on faisait dans l’âge d’or.
Ne devez-vous pas lutter demain devant le nouveau duc ?
Oui vraiment, monsieur.
On m’a donné secrètement à entendre, monsieur, que votre jeune frère,
Orlando, avait envie de venir déguisé s’essayer contre moi.
Je lutte pour ma réputation, monsieur,
et celui qui m’échappera sans avoir quelque membre cassé, il faudra qu’il se batte bien.
Votre frère est jeune et délicat,
et je ne voudrais pas, par considération pour vous, lui faire aucun mal ;
ce que je serai cependant forcé de faire pour mon honneur s’il entre dans l’arène.
Ainsi, ou vous arrivez à le dissuader de son projet,
ou vous consentez de bonne grâce au malheur auquel il se sera exposé ;
il l’aura cherché lui-même, et tout à fait contre mon gré.
Je te dirai, Charles, que c’est le jeune homme le plus entêté de France,
rempli d’ambition, vil provocateur.
Si tu ne lui fais qu’un peu de mal,
il cherchera à t’empoisonner,
il te fera tomber dans quelque piège funeste,
et il ne te quittera point qu’il ne t’ait fait perdre la vie
d'une façon ou d'une autre.
Ainsi, agis à ton gré ; j’aimerais autant que tu lui brises la tête
qu’un doigt.
Il n’y a pas un être au monde, aussi jeune et aussi méchant que lui.
Je suis bien content d’être venu vous trouver :
je lui donnerai son compte.
- Dieu garde Votre Seigneurie ! - Adieu, bon Charles.
J’espère m’en voir bientôt débarrassé ;
car mon âme,
je ne sais cependant pas pourquoi, ne hait rien plus que lui ;
En effet, il a le cœur noble,
il est instruit sans avoir jamais été à l’école,
parlant bien et avec noblesse,
il est aimé de toutes les classes jusqu’à l’adoration ;
et si bien dans le cœur de tout le monde, et surtout de mes propres gens,
qui le connaissent le mieux, que moi j’en suis méprisé.
Mais cela ne durera pas :
le lutteur va y mettre bon ordre.
Avancez :
puisque le jeune homme ne veut pas se laisser dissuader, qu’il soit téméraire à ses risques et périls.
- Est-ce là l’homme ? - Hélas ! il est trop jeune ;
il a cependant l’air de devoir remporter la victoire.
Quoi ! vous voilà, ma fille, et vous aussi ma nièce ?
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