نخستین 200 خط.
C'est un mec qui sort de taule.
Il veut à tout prix rencontrer une femme qu'il a jamais vue,
mais qui lui a écrit pendant des mois.
Il dit même que c'est grâce à elle qu'il a tenu bon.
Sauf que elle, c'est une sorte d'intello, un peu snob,
coincée à mort, surtout question affect.
Pour elle, écrire à un taulard,
c'était un exercice littéraire qui lui faisait des frissons partout.
Mais depuis qu'il est libre, elle a la trouille de le rencontrer.
Mais en même temps, elle est fascinée par l'histoire de ce type.
Parce que ce qu'il faut dire,
et c'est là où ça prend tout son sens, c'est que…
le type a pris huit ans pour crime passionnel.
Pour elle, le crime passionnel, c'est un truc qui existe plus.
C'est daté à mort, c'est inconcevable de nos jours.
Alors entre eux, ça va être le choc des titans.
De son côté, elle va lui prouver qu'il est enfin libre, et lui,
il va l'obliger à révéler tout ce qu'elle ressent pour lui.
Ils ont beau être le contraire l'un de l'autre,
ils vont finir par se retrouver.
Et alors ? Elle commence quand, ton histoire ?
Elle est là, mon histoire.
Tu me facilites pas la vie là.
Si j'étais honnête, je te dirais que ça n'a aucun intérêt, ton truc.
Et comme ce cinéma, j'y connais rien…
je te dirais que c'est pas un scénario pour moi.
- Ça te va ? - Précise.
Tu sais ce que j'attends d'un scénario,
c'est que ça m'arrange les bidons.
Dans un scénario, je veux surtout pas qu'on me raconte une histoire,
ni entendre de dialogues.
On doit y mettre quoi dans tes scénarios, alors ?
Tu sais bien, des situations poilantes,
des décors un peu bandants.
À deux, quatre, six, huit quand j'ai du pognon, et basta !
T'as pas envie d'autre chose ?
Un film où on serait tous un peu nous-mêmes ?
Oh non !
Un truc fait avec trois francs six sous, je me serre la ceinture !
Je serais ravie de te faire plaisir, mais la réponse est non.
Je te demande 300 000 balles. C'est rien !
Un film traditionnel coûte pas moins de 200 briques. Je t'en demande 30 !
Tu pourras pas perdre du fric.
T'as même une chance de multiplier ta mise par dix.
Écoute, mon petit Kubrick chéri. Ça fait 15 ans que je fais dans le cul.
Tu sais ce que je fais avec tes 30 briques ?
Salope soumise 2, et Suzana la fille à trois places.
- Bonjour. - En plus, je me paie des stars.
Tu le sais, je le sais, on le sait.
Alors, pourquoi se faire du mal ?
Julien vient d'appeler, il arrive.
J'ai pris rendez-vous avec Richard dans une heure pour une double P.
Vous la tournez quand la scène de la barque ?
- Demain. - Demain ?
Fais pas la gueule, quoi !
- Comment ça s'appelle, ton truc ? - Le cœur à l'ouvrage.
Ben oui, Le cœur à l'ouvrage …
- Qu'est-ce qui se passe ? - Rien, ça va.
Hé ! C'est de la folie.
Devine combien de temps j'ai mis pour trouver une place ?
On s'en fout, Julien. Va te préparer. T'as vu l'heure ?
Sérieux, hein ?
Ça va, mon grand ?
- Oui, ça allait. - Allez, va vite…
Qu'est-ce qu'elle fait là, la caméra ?
- Non, remettez-la où elle était. - Là !
- Mathieu, tu ramènes le combo. - Vu l'heure, c'est pas essentiel.
Tu peux dévisser le lit, Éric ?
Dévisse-le de ce côté-là.
- De ce côté ? - Dévisse, Éric !
Elle commence bien la journée.
Faut rappeler la journaliste.
On y va ! On n'est pas en avance, les gars !
Tout le monde en place !
- Chloé ! - J'arrive !
- Julien, t'es prêt ? - Oui, j'arrive !
- J'arrive. - Ça caille un peu, non ?
On fait le raccord ?
Ça caille un peu. On peut mettre un peu de chauffage ?
On peut monter le chauffage ! On a pris une heure.
Moi, dans une minute, je suis à poil.
Tiens mon ongle. J'ai perdu mon ongle.
- Julien ! - Ouais ?
- On y va, s'il te plaît. - Voilà.
Ben, et moi ?
- Toi, ça va. - Ah bon ?
On se met en place ?
Ça va, ma belle ? Pas froid ?
On va y aller. On l'attache ?
Chloé, tu te mets sur lui. Allez, moteur !
Silence, on y va !
Action, Chloé !
Tu te mets sur lui, c'est bien.
- Julien, tu la pénètres. - Oh, oui, c'est bon !
Parfait. Relève un peu les genoux, Chloé.
Un peu plus… Stop !
- Parfait. -
Caresse-toi les seins avec les deux mains.
On y est, c'est très bien.
- C'est très bien. -
Dis-moi, Bruno. Tu m'invites quand à voir un tournage ?
Roger !
Quoi ? Le plaisir des yeux, y a pas de mal à ça !
Il vaut mieux voir des films comme ça
plutôt de faire des cochonneries dans la rue.
Il paraît que le taux de viol est nettement plus important
dans les pays où il y a pas de films X.
Pour une fois, j'aurais aimé faire autre chose.
Qu'est-ce qui t'en empêche ?
On en a déjà parlé cent fois. J'en ai ras le bol.
Je préfère être un bon metteur en scène dans le X qu'un mauvais ailleurs.
T'es persuadé d'être mauvais. D'ailleurs, tu n'as jamais rien trouvé d'autre.
Si, mon court-métrage de fin d'études.
- Ben alors ? - Ça remonte à 15 ans.
De toute façon, je trouverai jamais le premier franc.
Cherche une production !
Tu ferais confiance à un réalisateur de porno ?
Moi, jamais !
Qu'est-ce qui te dit que Bruno serait à l'aise
dans un autre genre de cinéma ?
Mais de quoi tu te mêles ?
On ne contrarie pas une vocation, ma fille.
Quand on se sent bien quelque part, c'est qu'on doit y rester.
Je crois que ton père a raison.
Si tu te battais un peu.
Y a pas de solution. On a déjà tout essayé.
Faut se résigner, c'est tout.
Alors tu baisses les bras ?
T'as raison. C'est plus simple.
Puisque c'est comme ça, c'est moi qui vais me bouger le cul.
Mais lis !
T'as pas tourné aujourd'hui ?
- Et alors ? - Tu devrais être crevé, non ?
J'ai envie de toi quand même.
- -
Bonjour, vous êtes bien chez Sophie et Julien.
On vous rappelle. Ciao !
Salut, tous les deux. C'est papa.
Sophie, je voulais savoir si tu pouvais venir me chercher demain à la clinique,
parce que j'ai enfin décidé de me faire opérer des verrues plantaires.
Alors, je vais pas pouvoir marcher.
Enfin si ça te dérange pas. Tu me rappelles ?
C'était papa.
Arrête Julien, je peux plus.
Hein ?
Quoi ?
Je sais pas si c'est le mot papa, clinique ou verrue plantaire,
mais j'ai plus envie.
Bon…
Qu'est-ce que je devrais dire avec dix mecs,
qui font des commentaires en mangeant des sandwichs autour de moi ?
Je suis pas une pro, moi.
Je comprends pas.
D'habitude, quand tu tournes, surtout en fin de mois…
Oh, salaud !
- Arrête ! - Mon salaud !
- Salaud, salaud ! - Arrête !
Mais quelle conne !
C'est mon ovulation, c'est ça ?
Mais avoue-le !
Mais non…
- Te fâche pas. - Tu vas arrêter avec cette histoire ?
Ça fait trois ans qu'on s'acharne, et ça mène à rien.
Tardieu dit qu'il nous reste cinq pour cent de chance.
Et cinq pour cent, c'est pas zéro.
J'en ai marre de ces examens bidons, ces traitements, ces faux espoirs.
J'en ai marre de baiser, parce qu'un ovule mal foutu
a décidé de se manifester tous les 25 du mois.
- Mais non, c'est un jour pour un autre. - Non, tu le sais très bien.
Un jour, pendant que tu tournais en Italie,
t'as même fait l'aller-retour en avion.
J'avais envie de toi.
Et puis, ça coûte rien d'être un peu persévérant.
Hein ?
Écoute, Julien.
Je suis stérile. Un point c'est tout.
Tu veux que je te dise ce que je ressens ?
- Ce que je ressens vraiment ? - Oui.
C'est pas aussi dramatique que ça.
J'ai 30 ans, un boulot qui me passionne, j'ai les dents qui rayent le parquet.
C'est peut-être un drame de pas avoir de môme,
mais pour l'instant, ça m'est égal.
T'es adorable de vouloir faire un enfant avec moi.
À force d'insister, j'ai l'impression d'être une infirme.
Alors, laisse-moi en souffrir plus tard. Tu veux bien ?
Tu sais que j'ai jamais pensé ça.
Mais si tu en ressens un tel besoin, il est pas question de t'en priver.
Ça veut dire quoi ?
Si tu veux faire un gosse, fais-le avec qui tu veux.
Mais décide-toi tout de suite.
Je t'en voudrai jamais.
C'est super, on l'a eu.
- On se met là ? - Oui, viens.
Noëlle ?
Noëlle !
- C'est toi, Joëlle ? - Ça va ?
Ça fait combien de temps ?
Huit ou dix ans, je sais plus.
La dernière fois que j'ai eu des nouvelles, c'est par ta mère.
Elle avait envoyé ses vœux à la mienne.
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