نخستین 200 خط.
AU-DELÀ
Bonsoir. Peut-être, étant seul chez vous,
avez-vous entendu des bruits de pas
ou senti un souffle sur votre nuque.
Il y a sûrement une explication parfaitement rationnelle,
mais il se peut aussi que votre maison soit hantée…
comme la maison madrilène aux sept cheminées
siège du ministère de la Culture.
Construite par Felipe II pour sa maîtresse Elena.
Celle-ci se maria ensuite avec un capitaine nommé Zapata…
mais le bonheur fut de courte durée.
Le capitaine mourut dans les Flandres
et au même moment…
elle mourait de façon mystérieuse et inexplicable.
Pendant des années, les Madrilènes on dit voir…
la silhouette fantomatique d'une femme sur le toit…
se frappant la poitrine, en regardant toujours vers les Flandres.
Légende ?
Superstition ?
Peut-être…
Serait-ce Elena…
la triste veuve…
du capitaine Zapata ?
Mais c'est Irene.
Oui, c'est Irene.
La drôle d'épouse de la docteure Celaya.
Une docteure ? C'est plutôt un docteur, non ?
Aujourd'hui en Espagne, deux hommes ou deux femmes peuvent se marier
Les temps changent, vous vous habituerez.
- Et pourquoi vous nous montrez ça ? - Pour deux raisons.
La première, voilà un exemple clair de ce qui ne doit jamais arriver…
laisser une trace de notre travail dans le passé.
Et c'est la deuxième fois que ça arrive en peu de temps.
Je suis sûr que nous ne laissons aucune trace.
Et moi je suis sûr du contraire.
J'ai déjà envoyé une patrouille pour régler le problème.
Vous, vous êtes ici pour obéir à mes ordres, c'est clair ?
La deuxième raison,
et c'est pour cela que j'ai mis ce programme du passé à la télévision,
c'est qu'Irène est partie à la recherche de quelque chose qu'elle n'a pas trouvé
et que vous devez maintenant trouver.
Le reçu de "Guernica".
C'est un tableau de Picasso.
Peut-être le plus important de tout le XXème siècle.
Le reçu ? Quoi, vous voulez le rendre ?
Je me demande s'il est encore sous garantie, ça fait un moment qu'il est en Espagne.
Exactement depuis 1981.
L'année où le MOMA, le musée nord-américain où il était,
l'a rendu, enfin, c'est ce que dit l'histoire.
Mais je viens d'apprendre qu'apparemment ils tardent un peu trop.
C'est le Gouvernement Républicain qui a commendé ce tableau à Picasso en pleine Guerre Civile.
Si nous trouvons le reçu il prouvera à tous à qui appartient le tableau.
Mais il a disparu.
Il y avait trois copies du reçu.
- Excusez-moi, un moment. - Monsieur le sous-secrétaire.
- Comment dois-je vous le dire ? - Monsieur le sous-secrétaire.
Pas de secrétaire, pas de lèche. Comment faut-il que je vous le dise
Je pourrais au moins…
Je sais que vous voulez rencontrer Picasso, mais ce n'est pas possible,
il n'est pas en Espagne, il est en France. Nous n'avons pas de réseau. Vous êtes buté.
- Alors, c'est non ? - Alors…
Il vaut mieux que vous partiez, Diego, vous insistez trop…
Je ne sais même plus où j'en étais.
Eh bien, vous disiez qu'il y avait trois copies du reçu.
Oui, merci Angustias.
Donc.
Il y avait… Il y avait trois copies du reçu.
La première, celle du Gouvernement républicain à Barcelone c'est perdue en 1939 quand ils ont fui vers la France.
L'autre, celle de l'ambassade de Paris, était dans les archives que le Gouvernement a achetée en 1981.
C'est celle-là que je cherchais.
- Et la troisième ? - La copie de Picasso.
Vous devrez donc vous rendre au Barcelone de 1939…
et trouver le reçu avant qu'il ne soit perdu par le Gouvernement républicain.
C'est le haut fonctionnaire qui a perdu le reçu.
Et que pensez-vous du soutien des nombreuses stars hollywoodiennes à la République ?
Comme une chose naturelle.
Le monde des arts et des lettres montre depuis longtemps son soutien…
au Gouvernement légitime de la nation, et il ne pouvait pas en être autrement.
Nous croyons aussi que la culture est toujours du côté
de la raison, de la démocratie, du monde, de l'humanité.
C'est le chaos. Tout le monde cherche un moyen pour aller en France.
J'ai envie de leur dire, aujourd'hui il y a du pain, mais il y aura des nazis demain.
- La chambre est protégée ? - Celle du type, là-bas ?
C'est la 212 et n'importe qui peut y rentrer.
Avec ce niveau de sécurité, pas étonnant qu'ils aient perdu la guerre.
Reste ici pour surveiller, Julián.
C'est une alerte antiaérienne. Il vaudrait mieux qu'on s'en aille.
- Il faut qu'on… - Calmez-vous. Le refuge de l'hôtel…
est au sous-sol. S'il vous plaît, allez-y dans le calme.
- C'est quoi ce bruit ? - Des avions qui bombardent la ville..
Mais c'est horrible.
- Des enfants et des gens innocents vont mourir. - C'est précisément ça que "Guernica" relate.
Durant la Guerre Civile, l'aviation allemande…
a bombardé le village de Guernica un jour de marché.
Des femmes, des enfants sont morts…
Bref, un massacre.
Ce n'est pas digne des hommes, faire la guerre sans montrer son visage.
Et vous dites qu'aujourd'hui les guerres se font plus dans les bureaux
- que sur le champ de bataille. - De plus en plus.
- Ça explique tout. - Quoi donc ?
Qu'on ne soit plus un empire.
On a toujours eu de très bons soldats, mais de très mauvais chefs.
Autrement dit, ça vient de loin.
Allez, vite, cours, cours.
- Ça sent la fumée; une bombe. - Si c'était une bombe, adieu l'hôtel.
Allez, allez, vite, grouille-toi.
Excusez-moi, que s'est-il passé ?
Rien, un petit incendie. mais nous l'avons maîtrisé.
Et où cela s'est-il passé ?
Au deuxième étage, chambres 211, 212 et 213.
Quelle coïncidence.
Et moi qui croyais que ça allait être facile.
Rien n'est facile.
Jamais.
Nous n'avons plus qu'à prendre la deuxième option.
Voyons voir.
En 1981, le Gouvernement a mis une fortune
pour des documents qui ne valaient rien et n'ont payé que pour le reçu.
- Donc il doit forcément être là. - Mais Irene ne l'a pas trouvé.
Non, mais Irene y était deux mois après leur arrivée en Espagne
et il a pu être égaré à ce moment là. Vous allez donc
réceptionner les documents, c'est à dire, la mallette.
Et ce ne serait pas plus facile… ?
Excusez-moi, Votre Grâce, Mais ne serait-il pas plus simple…
d'obtenir la copie du reçu du peintre ?
- Ce monsieur Picasso… - Non, sa succession est trop complexe.
Il avait des femmes, des enfants, je ne sais combien de maîtresses, un vrai merdier, non.
Un autre comme Lope.
Eh quoi, tous les génies espagnols sont des coureurs de jupons ?
Maintenant que j'y pense, vous avez peut-être raison.
Ah, oui, voilà, porte 864.
Selon nos informations, la mallette arrivera à Madrid demain matin.
Dans le Madrid de 1981, bien sûr.
Vous partirez donc cet après-midi même.
- Cet après-midi ? - Enfin, je veux dire…
"en toute fin d'après-midi". Mais ne vous inquiétez pas.
Vous aurez le temps de manger avec votre père.
Souhaitez-lui…
bon anniversaire de ma part.
Comment savez-vous que c'est l'anniversaire de mon père ?
Je serais un bien mauvais chef si je ne connaissais rien de mon équipe.
Allez, dépêchez-vous ou vous allez être en retard.
Angustias est sortie prendre un café. Si vous avez besoin de quoi que…
Velázquez, si vous continuez à insister, je vous envoie à Altamira peindre des bisons.
- Je ne comprends pas ! - Vous ne comprenez pas ? Aïe…
Je vais m'en occuper.
Personne ne veut me parler.
Je suis comme un pestiféré dans ce ministère.
Peut-être qu'en y mettant les formes…
En étant moins lou…
insistant.
Je n'aime pas donner des conseils, surtout pas au plus grand peintre espagnol.
Je ne suis pas le plus grand, le plus grand c'est Picasso.
Plus que vous ou Goya ?
Oui, bien sûr que oui, c'est pour ça que je veux le rencontrer.
Il est rare qu'un artiste pense qu'un autre est meilleur que lui.
Quand je vais voir son œuvre au musée et qu'un type s'approche et dit:
"Ces gribouillages, on les dirait fait par mon fils",
ça me donne envie de l'étrangler sur place. Des ignorants.
Certains peignent de l'abstrait parce qu'il ne sauraient pas faire autre chose,
mais Picasso… Picasso non, Picasso…
il peignait des tableaux à 14 ans qu'on prendrait pour des photos.
Il est…
Moi… j'appelle ça "la théorie Picasso".
Et quelle est cette théorie ?
Seul celui qui peint la réalité mieux que quiconque…
peut ensuite faire ce qui lui chante.
Promettez-moi une chose et je n'insisterai plus.
Si c'est entre mes mains…
Ne m'oubliez pas si vous avez besoin d'aide.
Pour quoi que ce soit.
Ne vous inquiétez pas.
- Pour l'homme du jour. - Ole.
- Joyeux anniversaire, papa. - Merci, fils.
La crise… Tu aurais pu mettre quelques petites gambas.
- Je sais pas ce que tu lui trouves à ce bar. - Sans doute l'habitude.
Le con, il ne ferme pas alors que tout autour a été vendu.
Le quartier est méconnaissable. C'est les Chinois qui reprennent tout.
Enfin, tout non.
Tu te souviens de ce bar où tu traînais toujours avec ta bande ?
- Le Salem. - Et bien, maintenant, c'est un bar
à merengue et bachata.
Ils l'ont appellé " le Brother Latino", les fous.
Le Salem, ce que j'ai pu en boire des pintes, bon sang.
En parlant de fermer, des coupes budgétaires aux Urgences ?
Ben, comme partout, je suppose. Pour l'instant ce n'est pas mon tour.
Ah, une chose, quand est-ce qu'on est arrivés dans le quartier ?
En 82. Tu étais un nain, t'avais six ans.
En 82, t'es sûr ?
Certain, c'était le Mondial du Naranjito.
Quand l'Espagne s'est fait sortir on était en plein déménagement, je crois que c'était contre l'Allemagne.
Comme le temps passe, hein ?
Oui, et vite.
Très vite.
Comme j'aimerais pouvoir revenir à ces années-là.
Il devrait y avoir une machine à remonter le temps ou un truc du genre.
Et pourquoi tu voudrais y retourner ?
Parce que lorsqu'on a un jeune enfant, le monde entier c'est lui, on ne voit rien d'autre.
Et c'est merveilleux.
Après vous grandissez, vous partez…
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