نخستین 200 خط.
- Bonjour. Une ou deux personnes ? - Une personne.
- Je vous installe ici. - Merci.
T'es folle. Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
Tu peux pas rester la. Tu sors tout de suite.
- Pourquoi tu t'enerves ? - Je suis avec ma femme.
J'ai vu. Je te fais pas une scene.
Tu le savais, que j'etais la ? Reponds-moi. C'est le hasard ?
Si je t'aimais pas, je serais partie.
Tu arretes.
Dis-moi que tu m'aimes.
Je t'aime. Mais maintenant, tu sors.
- Non. - Si, tu sors.
- On se voit demain, on parle. - C'est a toi de parler, pas a moi.
Je suis venue pour voir comment tu vas lui parler.
Dis-lui la verite, c'est tout.
Tu lui dis : "Tu vois, j'aime cette femme."
Et voila, je partirai.
Je cherche son regard, mais elle fuit, comme toi.
Elle me trouve vulgaire.
Je veux plus te voir.
- Je veux plus t'entendre. - Ne dis pas de betises.
- Viens t'asseoir a ma table. - Arrete. Tu vas trop loin.
Bon. Je vais sortir, parce que tu me fais de la peine.
Tu peux pas te passer de moi.
Tu reviendras.
Sinon, je viendrai te chercher.
Je viendrai te chercher, mon amour.
Je t'embrasse.
- Votre date de naissance ? - 22 octobre 1984.
- Mariee ? Celibataire ? - Divorcee.
Vous habitez...
97, rue Saint-Georges, a Toulon.
Je suis chargee de cette instruction par le procureur de la Republique
pour des faits d'abus de faiblesse sur la personne de M. Arnoid.
Vous etes libre de repondre ou pas.
J'ai deja repondu a la police.
Vous confirmez les declarations faites devant la police ?
Pierre ne s'est pas suicide a cause de moi.
Madame, on ne vous reproche pas un suicide,
on vous reproche un abus de faiblesse,
d'avoir extorque a M. Arnoid... - J'ai pas extorque.
- C'est pas ce que dit sa femme. - Evidemment, sa femme.
Sans les enfants, il serait parti.
J'aurais pu avoir un enfant aussi. Il voulait.
- Et pas vous ? - Je voulais qu'il la quitte avant.
Vous etiez jalouse ?
Vous voulez que je vous dise quoi ? Je sais pas.
Je ne veux rien, madame.
J'instruis une affaire.
Mme Arnoid et ses enfants se sont portes partie civile.
- Donc c'est moi qui l'ai tue ? - J'envisage de vous mettre en examen
car il apparait... - Sa femme lui pourrissait la vie.
Je termine. Les enqueteurs ont releve les cheques dont vous avez beneficie
sur votre compte personnel durant 3 ans. Au total : 210 000 E.
- Qu'avez-vous a dire ? - Il a revecu, avec moi.
210 000, et un appartement loue dont il s'est porte garant.
Et alors ? Je les ai voles ?
Il y a un rapport de police de 2009 vous concernant pour prostitution.
- Il vous a sortie de votre... - C'etait il y a 6 ans. J'ai paye.
- Vous frequentiez d'autres hommes ? - Ca vous regarde pas.
Si, madame, ca me regarde. Ca regarde le dossier.
C'etait un legume. Je l'ai rendu fort.
Il etait heureux, avec moi.
Oui. Et il s'est suicide.
Dans sa lettre, il dit qu'il est a bout...
C'est sa femme qui l'a ecrite. Il a jamais ecrit ca.
C'est lui. Ne m'interrompez pas.
Madame, ecoutez-moi. Vous etes dans le bureau du juge d'instruction.
Je pose des questions, vous repondez ou pas,
mais vous ne m'interrompez pas, sinon j'annule la seance
et j'en tire les consequences.
Plusieurs temoins disent que vous le persecutiez,
qu'il etait votre chose.
C'est moi qui etais sa chose. Il a tout eu de moi.
Sauf l'enfant.
Vous vouliez l'argent, pas l'enfant, alors vous accumulez.
- Vous avez peur de manquer ? - Non.
- Vous n'avez pas peur de manquer ? - Non.
Lors de la perquisition faite a votre domicile,
on a trouve 3 manteaux de fourrure. - Il les achetait pour lui.
Il aimait se montrer avec moi. J'ai rien demande.
- Les fourrures, c'est... - "C'est" ?
Vous pouviez dire que c'etait trop.
Ca ne vous est pas venu a l'esprit ?
Vous avez peur de manquer et vous vous fichez de ses enfants.
Votre amant avait des enfants de 12 ans, 10 ans, 6 ans.
Vous allez m'accuser de quoi ?
- Mais pourquoi les enfants ? - C'est moi qui pose les questions.
Ils se retrouvent prives de ce qui leur appartient.
Mais moi, j'ai eu un enfant.
Vous m'avez dit le contraire, tout a l'heure.
J'ai accouche, je suis partie.
Je comprends pas ce que vous me dites.
J'ai accouche, je suis partie.
Vous etes partie ?
Vous avez accouche sous X ?
Pourquoi ?
Ici, a Toulon ?
En 1998, a Frejus.
Et pourquoi a Frejus ?
Regardez-moi et repondez. A l'hopital ?
Une fille ?
Un garcon.
La date exacte ?
Je sais plus.
En septembre 1998.
En septembre 1998, vous aviez 14 ans.
De toute facon, vous avez depossede un homme et ses enfants.
Ce serait plus juste que je sois a la rue ?
- Ils seront jamais a la rue, eux. - Vous savez, vous ?
- Vous avez depossede des enfants. - Depossede ?
- Vous ne pensiez pas a eux. - Aux enfants des autres ?
Vous ne vous etes jamais preoccupee d'eux.
Moi, je devrais penser a eux ?
On va s'arreter la pour aujourd'hui.
J'envisage d'ordonner une expertise psychiatrique.
D'accord, je suis folle. C'est vrai. Je savais pas.
J'ai jamais dit ca. Vous avez des questions ?
Relisez le proces-verbal de votre audition avant de le signer.
Leo !
Leo !
- Tout va bien ? - Oui, ca va. J'ai pris la table.
- Vous partez a quelle heure ? - 19 h 30, quand ton pere arrive.
Pas plus tard, OK ?
On fait la surprise a Baptiste.
Bonsoir.
On a raison, de sortir, ca va etre quelque chose.
Tu sais s'il a prevenu les voisins ?
J'ai eu un curieux rendez-vous, aujourd'hui.
L'homme dit avoir rate sa carriere pour s'occuper de sa fille,
une violoniste douee a qui il reclame son du maintenant qu'elle a reussi.
- Tu te rends compte ? - Et alors ?
"Alors" quoi ?
Tu vas t'en occuper ?
C'est interessant, non ?
Rater sa vie pour ses enfants, c'est banal, mais pas exiger reparation.
J'ai mis en examen une femme, aujourd'hui.
Elle a accouche sous X le 20 septembre 1998.
A Frejus.
Ca arrive, les gens qui naissent le meme jour.
En 98, a Frejus, ils en ont eu 3, cette annee-la.
- C'est qui, cette fille ? - C'est une pute.
J'invente rien, c'est dans le dossier.
Condamnee pour prostitution. Enceinte a l'age de 13 ans.
- Vous allez boire tout ca ? - Ben, on est vingt.
- T'as prevenu les voisins ? - Oui. Vous rentrez pas avant 1 h.
- Je peux entrer ? - Oui.
T'as pas ete cool avec mes potes. Tu les as vires comme des voleurs.
- Qu'est-ce que t'as a ta bouche ? - J'ai quoi ?
Ca fait longtemps que t'es pas alle chez le dentiste.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Ouvre.
- Qu'est-ce que tu fais ? - T'as les gencives irritees. Ouvre.
Voila. Tres bien.
Je te prends rendez-vous chez le dentiste.
Ca sert a rien, de toute facon.
- Vous etes seul, ce soir ? - Mon fils reste avec moi.
- Ce temoignage m'a... - C'etait fort.
C'est bien, de rester avec votre pere.
Je n'arrive pas a m'exprimer. Je me sens bete.
Justement. Pendant l'audience,
vous evoquez vos parents en disant : "papa, maman."
C'est une question de vocabulaire.
Je suggere de dire simplement : "mon pere, ma mere."
Vous avez une facon de parler de vos parents
qui neglige le fait que vous etes en public.
Et alors ?
A un president de cour d'assises, on ne dit pas "papa, maman".
Alors la, vous me demandez ca...
- Ca demande des efforts. - Il suffit de le faire.
J'ai pas compris ce que tu me disais. Boire, mais apres...
- Ca va pas ? - On parle d'autre chose.
Comme ca, c'est clair.
Comment elle s'appelle ?
- Juliette Larrain. - Elle vit a Toulon ?
Deja, toi, tu peux plus conduire cette instruction.
T'es impliquee, tu te deportes. Ca, c'est une chose.
Ensuite, je pense qu'il faut en parler a Leo.
C'est tellement plus simple, la verite.
Il y a rien de grave. Il connaitra sa mere.
Ou est le probleme ?
Les deux filiations sont dignes.
C'est une question de dignite. Voila pourquoi il faut lui en parler.
L'histoire d'un enfant adopte commence
le jour de son adoption et le jour de sa naissance.
Sa mere, c'est pas toi. Il le sait. Ca change rien.
Ben si, ca change tout. Tu comprends pas que ca change tout ?
- Juliette Larrain ? - Oui, c'est moi.
C'est qui ?
C'est qui ?
Tu te reveilles dans un autre pays. Je trouve ca extra.
Tu peux faire ce que tu veux. Cinema, piscine...
Conferenciers et chanteurs ringards : quelle tristesse !
J'etais comme toi, avant.
La boite de nuit apres diner, c'est un peu ringard, mais j'adore.
Ca change.
Tu peux bouquiner dans ta chambre. T'es sur le balcon, face a la mer.
Il y a 20 ans, de quoi on parlait, nous tous ?
On parlait de justice sociale, des droits de l'homme.
On revait d'un monde meilleur. Et maintenant,
on parle de croisieres.
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