نخستین 200 خط.
Ohio, 1865
Environs de Cincinnati
124, Bluestone Road
Dis-lui d'arrêter!
Grand-mère Baby...
Il nous faudra à manger. Attends.
Brave chien, Au Pied.
Vite!
Howard, Buglar!
Vous allez où?
Adieu, Denver.
On doit partir.
Buglar, dépêche-toi!
Pourquoi t'as fait ça?
Huit ans plus tard
Doucement, Au Pied.
Paul?
Paul D?
C'est toi?
Ce qu'il en reste.
Comment tu vas?
A part pieds nus.
J'ai esquinté mes jambes dans les fleurs. De camomille.
M'en parle pas. J'ai toujours détesté ça.
Tu as bonne mine.
Le passe-passe du diable, Sethe.
A mauvaise forme, bonne mine.
Ça fait combien de temps?
Dix-huit années.
Et je les ai toutes passées à marcher.
Je peux?
Tu veux un bain de pieds?
Faut pas les pomponner.
Ils ont encore de la route à tailler.
Tu t'en vas pas comme ça? Reste un peu.
Le temps de voir Baby Suggs, et toi.
Où elle est?
Morte.
Quand?
Ça fait huit ans.
Bientôt neuf.
C'était dur?
Elle est pas morte à la dure?
Non. De sa belle mort.
Le plus dur, c'était de vivre.
Dommage que tu l'aies manquée.
Tu es là pour elle?
En partie.
Et pour toi.
A vrai dire,
je vais là où on me laisse m'asseoir.
Je n'ai pas à te demander, pour lui.
Tu me dirais, si tu savais.
Bien sûr. Tu me connais.
Tu sais rien non plus?
Halle...
On a des chambres vides.
Tu pourrais passer la nuit.
T'as l'air d'en douter.
C'est de bon coeur. J'espère seulement que tu me pardonneras ma maison.
"Ma maison".
Des mots qui réchauffent.
Entre.
Bon Dieu...
quel mal tu abrites?
Pas un mal.
Une tristesse.
Entre.
De sa belle mort, tu disais.
Ce n'est pas Baby Suggs.
Alors qui?
Ma fille.
Que j'avais fait fuir avant moi, avec les petits.
Elle a pas survécu?
Les garçons non plus?
Ils sont vivants, j'espère.
Ils sont partis, juste avant la mort de Baby Suggs.
Tant mieux pour eux.
Un Noir a des jambes pour courir.
S'il prend racine, il lui poussera des chaînes.
T'es seule, alors?
Non. J'ai la fille que je portais en quittant Sweet Home.
Tu as accouché? Ça alors...
Je pensais pas que tu réussirais à fuir, enceinte, et seule.
Denver?
Viens, ma chérie.
Je veux te présenter quelqu'un.
Paul D, voilà ma Denver.
Bonjour, Mlle Denver. Je suis enchanté.
Bonjour, Monsieur D.
Garner, chérie.
Paul "D" Garner.
Enchanté, vraiment.
Une bien belle jeune fille, Sethe.
Le joli portrait de son père.
Vous le connaissez?
Bien sûr. Il est de Sweet Home.
Pourquoi ceux qui en partent en parlent tout le temps?
Si c'était si "Doux", vous auriez pas filé.
Tu parles à qui, là?
Elle a raison, Sethe.
C'était pas "Doux", et encore moins un "Foyer".
Mais on y est tous passés. Ensemble.
Ça revient, qu'on le veuille ou pas.
On a un fantôme, ici.
J'ai eu le plaisir.
Denver, allume le poêle.
Un ami en visite, on le nourrit.
Ne vous dérangez pas pour moi.
Le pain, ça dérange pas.
Le reste, je le rapporte du travail.
Trimer de l'aube à midi, ça vaut bien un dîner.
Du brochet, ça ira?
Si ça va pour lui, ça ira pour moi.
Restez pour la nuit, M. Garner.
Vous pourrez parler de Sweet Home...
jusqu'au matin.
Qu'est-ce qui te prend? Tu n'as jamais été comme ça.
Maman, je peux plus.
Tu peux plus quoi?
Vivre ici.
Je sais pas où aller, ni quoi faire, mais je peux pas rester!
Personne nous parle, personne vient nous voir,
personne sait que je suis vivante!
Je suis un homme mûr.
J'ai tout fait, j'ai tout vu.
Mais une enfance dans un endroit hanté, ça peut pas être facile.
Faudrait peut-être partir.
Plus de départs, plus de déménagements.
Ça va comme ça.
Tu dis que ça va, avec cette petite à moitié folle?
Calme-toi, je te dis.
J'ai un arbre sur mon dos.
Un esprit dans ma maison.
Et rien entre les deux, sauf ma fille.
J'ai fini de courir, de m'enfuir. Tu m'entends?
Je ne fuirai plus rien sur cette Terre.
Tu peux manger avec nous,
ou nous laisser en paix.
Quel arbre, Sethe?
Je ne vois rien sur ton dos.
Il y est quand même.
Un merisier.
Des feuilles, des branches.
C'était il y a dix-huit ans.
Cette nuit-là.
Il porte peut-être des fruits, à cette heure.
Je ne te suis pas.
J'avais du lait.
Du lait, tu comprends?
J'étais enceinte de Denver.
Mais j'allaitais encore ma fille quand je l'ai envoyée avec les autres.
Je devais apporter mon lait à ma petite.
On parlait pas d'un arbre?
On avait rendez-vous aux maïs. Vous êtes pas venus.
J'ai laissé mes enfants pour aller chercher Halle.
C'est là que je t'ai vu.
Sixo est mort, Professeur l'a brûlé vif!
Paul A aussi. Pendu!
Tu devais partir quoi qu'il arrive.
Je t'ai cru fichue.
J'ai cherché Halle dans la grange.
Professeur m'a vue.
Ça a quel goût?
Il est venu avec ses gars.
Caractéristiques bestiales.
Ils ont pris mon lait.
Ils étaient là pour ça.
Ils m'ont plaquée au sol.
Je l'ai dit à Mme Garner.
Avec sa tumeur, elle pouvait pas répondre.
Mais ses yeux ont versé des larmes.
Ils ont su que j'avais parlé.
Halle!
Professeur leur a dit de m'ouvrir le dos.
Quand il s'est refermé...
il portait un arbre.
Ils t'ont fouettée au cuir?
Et ils ont pris mon lait.
Ils t'ont battue, et tu étais enceinte?
Et ils ont pris mon lait.
Bon Dieu, ma fille...
Merde!
Ça suffit!
Dégage!
Pousse-toi!
Laisse-les tranquilles!
Ça suffit, bon Dieu!
Paul D, attention!
Tu veux te battre?
Alors viens, bon Dieu de merde!
J'étais au grenier.
Ils ont pris mon lait.
Ils étaient venus pour ça.
Au grenier. J'ai tout vu.
Faut la traire, la vache!
Caractéristiques bestiales.
Halle, arrête-les!
Un peu de riz
Un peu de fayots
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