200 ensimmäistä riviä.
Qu'est-ce que la réalité?
Qu'est-ce que la fiction?
Je pense qu'il serait bon d'y réfléchir.
Personnellement, je crois que la vie nous joue des tours.
Vous ne pensez pas que la réalité pourrait être un mensonge?
Qu'en fait, nous vivons tous dans l'imagination d'un autre?
-Ah. -Merci.
Merci à tous d'être venus.
Comme vous le savez, les longs discours, c'est pas trop mon truc, mais ne
vous inquiétez pas,
ce ne sera pas très long.
Il y a quarante ans,
quand mon père a fondé les Éditions Urkan,
on travaillait avec les meilleurs et il y avait pléthore d'auteurs de talent.
Et puis, à ce moment-là, les gens lisaient encore!
"L'Océan de la Vie" est le premier roman que nous avons publié.
Taner, tu te souviens comme on débordait d'idées à l'époque?
Eh oui.
Et voilà qu'aujourd'hui,
plus personne n'est fichu d'ouvrir un livre.
Pendant toute cette aventure j'ai eu la chance d'être épaulé par ma chère épouse.
C'est elle qui a toujours lu les manuscrits dans un premier temps.
Je me suis toujours fié à son instinct.
C'est notre dixième anniversaire de mariage aujourd'hui.
Gökçe, je suis heureux de t'avoir à mes côtés.
Je vais m'arrêter`là, je ne voudrais pas devenir sentimental.
Aux amis!
Taner, je te le dis en tant qu'ami, je crois que tu devrais arrêter d'écrire sur
ta propre vie.
Il faut que tu essayes quelque chose d'autre.
Ah,
Gökçe, tu entends ça?
Ton mari n'est plus fan de mon travail.
Il pense que je devrais me renouveler, écrire quelque chose qui soit différent.
Eh bien, écoutez ça.
L'autre jour,
j'ai lu un article dans le journal,
qui parlait d'un tailleur tout à fait ordinaire
qui vivait à Istanbul.
Eh bien, figurez-vous, qu'il s'est persuadé qu'Anna Karénine existait et
était toujours en vie. -Et ça ne s'est pas arrêté là, puisqu'il a abandonné toute sa
famille pour partir en Russie. -C'est pas vrai?
-Si on voyait ça dans un film… -On n'y croirait pas!
-Lui il y croit dur comme fer. -C'est fou cette histoire!
Regarde! T'as vu?
Regarde bien…
oui vas-y, prends-le!
Oui! Allez!
Et si on fait ça, ça marche?
Oui! Vas-y!
Appuie dessus, on va voir!
Regarde! Ça marche!
CENDRES
Les cendres ne se rallumeront jamais. Elles ne sont que les résidus d'un amour
brûlant.
Si vous rencontriez quelqu'un qui n'est pas de ce monde,
en auriez-vous conscience?
Et si c'était vous qui n'apparteniez pas à ce monde?
Et si c'était vous, plongé dans un profond sommeil?
Si ces mots résonnent en vous,
c'est que votre destin est déjà écrit.
Je sentais qu'il était temps de faire mes adieux.
Bonjour Ceylan.
Oh, mais ce n'est pas la rose qu'on avait demandée.
Je sais.
-On la voulait en bleu foncé, non? -Ouais, c'est ça.
Je me souviens de toutes les personnes que j'ai croisées. Même celles qui n'ont fait
que passer, sans me dire un mot.
Tous leurs visages font partie de mes souvenirs.
-Bonjour, ça va? -Ça va, et vous Gökçe?
Ça va bien, merci.
Maman?
-Des fleurs sauvages? -Oui, tiens.
Tout laisser derrière moi,
j'écris pour partir vers une nouvelle vie.
Coucou, mon chéri.
J'écris pour laisser une trace de ce que j'ai vécu.
Donne ton sac.
Celui ou celle qui lira ces mots saura qu'une seule et même personne est à
l'origine de toutes les coïncidences qui ont bouleversé ma vie.
Cette personne, je n'oserai prononcer son nom, alors je l'appelerai M.
Toutes les rues de Balat m'ont menée à lui.
Ses manières brutales et mystérieuses m'ont attirée comme un
aimant.
Le tatouage qu'il porte au bras gauche représente le cycle de la vie.
Sur son cou, la silhouette d'un oiseau.
Tout a commencé
dans une petite boulangerie dans le quartier de Balat.
Ce lieu restera à jamais gravé dans ma mémoire
car c'est de là que j'ai plongé dans l'inconnu happée par M et ses secrets.
Ce qui rend ce lieu ordinaire si particulier, ce sont les cendres qui
scintillent dans l'air et que moi seule perçois.
C'est comme si elles guidaient mes pas
pour me conduire à la boulangerie Musfika.
BOULANGERIE MÜŞFIKA
Oui, allo, Lale, ça va?
Bonjour ma chérie.
Je te dérange?
Non, non.
Mais pourquoi tu m'appelles si tôt?
J'ai une proposition à te faire.
C'est ici!
C'est où l'entrée?
Ah, là! Viens!
-Bonjour Monsieur. -Mesdames, bonjour.
Bonjour, soyez les bienvenues.
Merci.
Vous pouvez vous installer, je viendrai vous servir.
Gökçe,
qu'est-ce qu'on fait ici?
Comment tu as déniché cet endroit?
On en parle dans un des manuscrits que je suis en train de lire.
Tout se passe dans cette boulangerie.
Comment ça?
Tous les jours, le personnage principal vient dans cette boulangerie.
Un homme appelé "M".
Il s'appelle "M"?
Oui. Dans le livre, on ne dit pas son nom.
On ne sais pas.
C'est un homme entouré de mystères, tu comprends?
Un peu comme s'il était hors du monde.
Il a des tatouages symboliques sur le bras et sur le cou.
Et si tu tombes sur lui, quoique tu fasses tu peux être sûre qu'il va chambouler ta
vie.
Gökçe, tu es sûre que ça va?
-Oui, oui, oui, ça va, tout va bien. -Tu sais que c'est un roman?
Tu as conscience que c'est une fiction?
-Que tout ça n'existe pas. -Et la boulangerie, elle n'existe pas?
Si, donc pourquoi l'homme ne serait pas réel?
T'es pas croyable!
Non, je refuse de te suivre dans tes délires.
Viens on s'en va. Viens, on va boire un café dans un endroit plus convenable, s'te
plait.
Vas-y. Je vais rester un peu, moi.
D'accord.
Comme tu voudras.
La menuiserie était le lieu où M entreposait toutes ses créations.
Elle se trouvait au bout du chemin que tous les signes m'intimaient de suivre.
Alors que je me croyais perdue,
j'étais devant la porte de ce sanctuaire.
C'est là que j'ai compris,
que je n'avais plus d'autre choix que de suivre M, dans le sillage des cendres.
Très bien.
Je vous envoie ça par mail.
Euh,
oui bien sûr, je m'en occupe tout de suite.
-Bonjour Gökçe. -Oh,
bonjour.
-Kenan passe un appel important. -Dites-moi si vous voulez qu'on
-revoie les clauses du contrat… -Oui, pas de problème.
Un café peut-être?
C'est bon, j'en ai un, merci.
Oui. D'accord.
J'attends votre retour.
On fait comme ça,
parfait, merci, à bientôt.
Ça marche.
Bonne journée.
-Salut. -Salut.
Alors ça c'est inhabituel.
Il y a un problème?
Non, c'est juste histoire de te voir un peu.
Et qui gère la boutique?
Ceylan, et il n'y a personne de toute façon.
D'accord,
c'est gentil de ta part.
Mais, tu sais ce que c'est…
Je croule sous le boulot.
Ah oui, tiens, d'ailleurs, j'ai un mail qu'il faut que j'envoie.
Tu veux que je parte?
Non, non, c'est bon. Tu peux rester, mais faut pas que j'oublie.
Ugur Ortun vient d'arriver. Je le fais entrer ou vous préférez la salle de
-réunion? -La salle de réunion, c'est
très bien. Merci, j'arrive.
Bon.
Je dois y aller.
Désolé.
-Je te vois à la maison. -Courage.
À tout à l'heure.
Cette tour regorgeait de secrets.
Et ce royaume céleste était notre royaume.
Nous empruntions toujours un chemin différent,
pourtant à chaque fois nous nous retrouvions tout en haut de ce donjon face
à la porte qui nous menait au Ciel.
Quand la porte s'ouvrait, nous laissions notre vie derrière nous pour entrer dans
un autre univers.
Je ne regardais pas en arrière.
Mon passé était derrière moi.
Il était mon guide, le seul qui pouvait m'emmener au paradis.
Bonjour,
vous désirez?
Bonjour vous pouvez m'aider?
On m'a dit qu'il y avait une tour par ici. Pouvez-vous me dire où elle est?
Une tour?
Non, ça ne me dit rien dans le quartier.
D'accord, merci.
-Je demanderai ailleurs. -Bonjour.
Ah, bonjour, ça va?
Trois simits, s'il te plaît mon ami.
Allo?
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