Les 200 premières lignes.
Mes frères,
..admonestant les mulots de se retirer d'ici trois jours,
..à défaut de ce faire,
..nous les déclarerons maudits et excommuniés.
Amen.
Ils prient en breton.
-Tiens, celle-là, c'est la plus belle.
Prends-là, n'aie pas peur.
Elle est belle, hein ? Attends.
Je t'en montre une autre. Regarde celle-là.
C'est la plus jolie, la plus fine.
Elle s'appelle Julie, comme ma fille.
Conduis-moi chez ta maman.
Et ton amie nous conduira chez la sienne.
C'est la même.
-Vous êtes les deux soeurs ? -Oui.
On se prêtera la poupée.
Eh ben d'accord. On y va.
Allez, hop !
...
Attends !
Breton.
Brouhaha.
Brouhaha.
Aaah ! Ah...
-Tu voulais enlever ces petites ! Qui t'a payé ?!
Allez, avoue !! Confesse-toi !
Tu vas mourir !
Il a avoué avant de mourir.
Il les enlevait pour le compte du Régent.
Pour les déporter en Louisiane..
..et les donner en pâture aux sauvages d'Amérique !
Voilà le sort qui vous attend.
Déportés, ou morts de faim !
Vous pouvez l'enterrer en terre sainte.
Doue l'e bardono !
Musique de Cour.
Un chien aboie.
L'Espagne, ne l'oubliez pas...
Continuez.
L'Espagne s'est engagée..
..à débarquer des troupes en Bretagne.
-M. de Pontcallec, nous sommes en guerre.
Pas moi !
L'Espagne a pour prince le petit-fils de Louis XIV.
C'est mon vrai roi. Le Régent est un usurpateur !
-S'il faut que vous recourriez à l'Espagne,
..je ne suis plus des vôtres.
Mais je garderai le secret.
-M. de Roquefort, dans ce cas, remettez votre masque.
Je propose, cependant,
..qu'avant de demander l'aide de l'Espagne,
..on lance un ultimatum au Régent.
-Une députation. -Pourquoi donc ?
Un seul suffit. J'irai.
Je suis noble et aussi capitaine de dragons.
Le Régent, en dépit de ses infamies,
..doit respecter le militaire.
Ici, on retire son masque.
-Mon mari a fait une chute de cheval.
Oh, ma chère Hélène...
C'est une réunion d'hommes, exclusivement.
Et si je gardais ma barbe ?
Ah oui, dans ce cas, rien à dire.
Naturellement, pour ce voyage...
En Espagne, mon cousin ?
Non, seulement à Paris.
Ce sera moins cher.
Il faut que je fasse encore appel à votre bourse, mes amis.
-Une fois de plus. -J'ai même pas..
..de quoi me payer l'auberge ! Et j'ai de l'appétit.
Tu le sais.
Un billet de banque ?
J'en avais encore jamais vu !
Vous n'en voulez pas ?
Oh, ho ! Mais j'accepte tout.
Même les billets du Régent.
C'est peut-être dur, M. De Moutier,
..mais quand le vin est tiré,
..il faut le boire !
Un peu d'eau.
Un peu d'eau, vite.
Revenez, madame, je vous en prie.
Regardez.
Voilà une chose intéressante et qu'on ne voit pas souvent.
La cervelle est réduite de moitié.
-Est-elle morte de cela ? -Oh non, madame.
C'est une lésion ancienne, peut-être l'avait-elle en naissant.
La duchesse de Berry est morte d'une congestion..
..due à ses excès. Sa goinfrerie l'a tuée.
-M. Chirac, je vous en prie ! -Chirac !
Je lui avais sauvé la vie quand elle avait 6 ans,
..avec de simples tisanes. -Elle ne buvait pas de vin.
C'est la cause principale. -Il y en a une autre :
..vous étiez son médecin.
On aurait pu la sauver de la mort, pas de votre médecine.
-Ils disent qu'elle avait une lésion au cerveau.
Ce qui expliquerait..
..bien des choses. -Vous voulez dire..
..qu'elle était folle ? -Folle ? Oh non, Monseigneur.
..mais pas tout à fait comme les autres,
..sans doute.
-C'est pour ça que je l'aimais tant.
-Elle vous aurait encore fait beaucoup de mal.
Ils ont dit qu'elle était enceinte de 4 mois.
J'aurais tout accepté.
Son mari, son mariage,
..son enfant. Tout.
Le mal qu'elle ne me fera plus me manquera.
Vous avez d'autres filles.
La mort n'a pas frappé au hasard.
Elle m'a pris ce que j'avais de plus cher.
Dieu est méchant, madame.
-Monseigneur ! Vous n'avez pas peur ?
-Peur de quoi ? Il ne peut pas être plus cruel.
Allez vous coucher, madame.
Cela a dû être une longue et pénible nuit.
-Pour vous aussi, Monseigneur. -Non, j'ai dormi.
C'est la journée qui sera terrible.
-La chambrière m'a dit que vous étiez ici.
Je ne m'y attendais pas.
Après ce qui vient d'arriver.
-Je n'ai pas encore de chagrin, Dubois.
Alors j'en profite pour travailler.
Je viens de lire le rapport de M. de Montesquiou.
Y voit-il bien clair dans cette histoire de Bretagne ?
Il s'agit d'une poignée de petits nobles,
..menés par le marquis de Pontcallec,
..qui rêvent d'une république bretonne,
..où ils ne nous paieraient plus d'impôt.
Mais il n'y aurait là que quelques pauvres hobereaux,
..mais des paysans, des vrais pauvres,
..il n'y en aurait pas un seul.
La misère ne peut pas faire d'un paysan le frère d'un noble.
Ce sont deux gueuseries différentes.
Elles ne se mélangent pas. Alors, je te le demande,
..quelle troupe auront-ils ? -Celle du roi d'Espagne.
-Non, les Bretons ne feraient pas appel à l'étranger.
Surtout pas à l'Espagne. -Votre famille l'a fait,
..lors de la conspiration de Cellamare.
-Nous l'avons pourtant gentiment étouffée,
..sans aucune goutte de sang.
Nous les avons couverts de ridicule.
Au point qu'ils n'osaient pas avouer en faire partie.
-Vous avez même récompensé l'homme qui a failli vous enlever.
-Pour acte de courage : vouloir enlever un homme de mon poids !
-Je suis heureux de vous voir de cette humeur.
-Comme mes ennemis, tu croyais que je coulerais à pic ?
Eh bien, je vais vous décevoir tous.
-Mais rien ne me réjouirait plus. Que deviendrais-je sans vous ?
Je ne suis même pas archevêque.
-Ecris à M. de Montesquiou qu'il arrête M. de Pontcallec..
..s'il le désire, mais sans aucune effusion de sang.
Tiens.
Ce sont les dispositions pour le deuil de ma fille.
-Les médecins n'ont rien trouvé de particulier à l'autopsie ?
Non, rien.
Absolument rien.
-Le roi ne portera le deuil que 6 semaines ?
-6 semaines, c'est déjà bien, non,
..pour un enfant de 9 ans ?
Je la connais, cette fille.
C'est une putain de la Fillon.
-Ils vont pas baiser dans une chapelle ?
-Non, c'est une messe à la mémoire de sa fille,
.."Jouflotte", la duchesse de Berry.
-Dis donc, c'est vrai, ce qu'on raconte ?
Jouflotte couchait avec son père ?
Un cocher de fiacre n'a pas..
..à en savoir autant qu'un cocher de maître.
Prière collective en latin.
-Je suis en retard parce qu'on s'est égarés.
Moi, je me perds toujours à la campagne.
Je te remercie d'être venue.
Je ne suis pas un grand amateur de messe,
..mais j'aime bien qu'on pense encore un peu à elle.
Ils sont 12.
C'est pas si mal.
Après un mois.
Qu'elle a reçu les sacrements portes ouvertes.
Qu'il y avait beaucoup de gens.
Qu'elle leur a parlé comme une reine.
En leur demandant pardon pour tous ses péchés.
Elle était folle.
Ma pauvre Emilie, j'ai des enfants fous.
Ma fille aînée qui s'est faite abbesse,
..et se prétend l'épouse de Jésus !
Crois-moi, je ne suis pas bien avec mon gendre.
Et mon fils, qui a horreur des femmes...
Clochette. -C'est l'élévation.
-Je vois bien que vous croyez en Dieu.
Si c'est une question de genoux...
Tu vois le prêtre ?
Il prétend qu'il a déjà vu le diable,
..qu'il est entré dans sa chambre et s'est jeté sur lui.
Il dit qu'ils se sont battus.
Comme des chiffonniers.
-Si vous croyez au diable, vous croyez en Dieu ?
D'ailleurs les princes croient toujours en Dieu.
J'en ai passé des nuits,
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