Les 200 premières lignes.
Madame ! Je suis si contente de vous revoir.
Merci, Sally.
Vous attendez le Dr Esmond ?
- Oui. - Je vois.
Je suis Mme Esmond. Allez donc vous asseoir.
Que fait un malade au salon ?
Il n'est pas malade, il habite ici.
- Où ? - dans la chambre du docteur.
Je vois.
Il faut le traiter comme s'il était de la famille.
Vraiment ?
Je n'ai pas à juger le docteur,
mais cet homme est un criminel !
Qu'en savez-vous ?
J'ai entendu le docteur en parler à Mlle Duncan.
Il l'a attaqué avec une arme.
Au lieu d'aller en prison, il vient ici pour suivre...
Une thérapie.
- Vous êtes contre. - Je n'ai pas à l'être.
Mais je refuse de rester. Je pars.
Quand partez-vous ?
Au plus tôt.
Bonjour, Carol. Clive est là ?
Glenda ! On ne vous attendait pas.
C'est évident.
Glenda !
Bonjour, Clive.
C'est le mauvais temps qui t'a fait rentrer ?
Non, mais je m'ennuyais.
Tout comme moi. Surtout quand tu n'es pas là.
Cette fois, tu t'es vraiment ennuyé.
- Tu es au courant... - Oui.
Et Sally m'a donné son congé.
Elle est contre le fait d'avoir un criminel comme invité.
Je suis du même avis.
Glenda, consulter en prison est une chose.
Le faire dans un milieu favorable en est une autre.
Il est jeune et intelligent.
En trouvant la cause de son mal, je pourrai le guérir.
D'autre part, la prison ne fait qu'avilir l'être humain.
S'il y retourne, il ne s'en remettra pas.
"S'il y retourne" ?
Il a un casier. Carol a fait des recherches.
- Plutôt chargé. - C'est un dur.
Mais il est immature, malheureux et effrayé sous cette apparence.
Effrayé ? Je dirais plutôt effrayant.
Vol à main armée, agression, vol...
A-t-il de bonnes manières ? Est-il supportable ?
Il vient d'une famille de militaires. Bonnes écoles.
C'est intéressant.
Mais si tu préfères garder la bonne, je peux tout annuler.
Pourquoi ? Tu rêves d'un tel cas depuis toujours.
Et puis, nous n'avons jamais eu de criminel ici.
Notoire, en tout cas. Ça peut être intéressant.
Dangereux aussi.
Rassure-toi, il ne me fait pas peur.
Ce qui m'effraie, c'est de remplacer Sally.
Tu bois quelque chose ?
Je te rejoins.
- Merci, chérie. - Je t'en prie.
Je m'excuse, j'ignorais qui vous étiez.
Maintenant vous savez.
J'espère que vous êtes bien installé.
Pourquoi ?
Pourquoi ? Parce que vous êtes mon invité.
Votre invité ?
Le docteur et moi avons passé un accord.
Pourquoi prétendre le contraire ?
Je ne suis pas votre invité, mais un prisonnier.
- Vous avez fait connaissance ? - Oui, deux fois.
Bien Sherry ou whisky, Frank ?
Whisky avec de l'eau.
Parfait. Vous lisez ?
Non, je feuillette.
Vous feuilletez ?
Il faut le lire.
Je l'ai déjà lu.
Vous lisez souvent ?
- Beaucoup moins qu'avant. - C'est aussi mon cas.
- Vous aimez le sport ? - Non.
Ni chasse ni pêche ? Dommage.
- Vous montez à cheval ? - Non.
Vous devriez. Mme Esmond monte très bien.
- Elle pourrait vous apprendre. - Peut-être.
J'aurais annulé ma conférence si tu m'avais prévenu de ton retour.
Tu ne l'as jamais fait.
Une seule fois, l'année du grand brouillard.
Téléphone pour M. Clemmons.
Excusez-moi.
Allô ?
On peut dire que tu m'as fait courir, cette nuit.
Je viens d'avoir ton numéro. Quoi de neuf ?
N'appelle pas ici.
Un des mes amis.
Vous aimeriez le recevoir ?
Vous pouvez inviter qui vous voudrez.
- Même mes amis ? - N'importe lequel.
- Et s'il a des ennuis ? - Quel genre d'ennuis ?
Quand un ami a des ennuis, on ne demande rien. On l'aide.
Invitez qui vous voudrez.
Je tiens à ce que vous vous sentiez ici chez vous.
Et si l'un de mes amis est... une femme ?
Que dirait Mme Esmond si je l'invitais ?
Qui vous voudrez.
Ne craignez rien. Je n'inviterai personne.
Au revoir. Sois brillant.
Comme d'habitude.
- Ça ira ? -Bien sûr.
-Je rentrerai vers 23h. - Ou minuit.
- Le docteur est très occupé. - Oui.
Il donne des conférences...
il écrit...
J'ai lu un de ses livres cet après-midi.
Il paraît que l'enfance est primordiale,
la relation parents-enfants.
Mais c'est faux.
On naît ainsi.
Finalement, vous n'êtes pas muet...
Vous êtes américaine ?
Oui.
Et vous, un petit caïd.
Un autre café ?
Non merci.
Un vrai gentleman allume la cigarette d'une dame.
Une vraie dame ne le fait pas remarquer.
Vous êtes blessé ?
Je me suis foulé le poignet.
Clive et son entraînement militaire...
Dommage que vous soyez tombé sur lui.
Clive n'est pas un mou, même pour un écrivain.
Félicitations, Mme Esmond.
Sûr, pas d'autre café ?
Certain.
Auriez-vous... tiré sur Clive s'il ne vous avait pas désarmé ?
Non.
Pourquoi le portez-vous ?
Pourquoi me le demandez-vous ?
Ça vous fascine ?
Non.
Ça me rend malade.
Je méprise tous les voyous. Il n'y a rien de glorieux en eux.
Ce sont de stupides animaux demandant à être enfermés.
Je respecte l'intelligence, même rebelle, mais...
je déteste la bêtise.
Vous avez fini ?
Non.
L'expérience de Clive ne me gêne pas, même si c'est une perte de temps.
S'il le souhaite, je vous apprendrai à monter et à chanter.
Mais je suis ici chez moi,
et je ne tolèrerai pas votre grossièreté.
Vous vous êtes montré impoli tout au long de la journée.
J'espère que c'est clair, M. Clemmons.
Bonne nuit.
Voyons, je ne vous mordrai pas.
- Les Esmond sont gentils. - Trop.
C'est de la folie de vous garder ici.
C'est à dire ?
Vous le savez. Je vous connais bien, M. Clemmons.
Vous m'avez vu dans le journal.
Tout à fait !
Je sais tout. Vous devriez être en prison.
Peut-être, mais je n'y suis pas.
Et j'en suis plutôt content.
Apportez-moi un café.
Mon seul rôle est de ranger.
Je suis l'hôte de vos patrons. Nous allons nous voir souvent.
Soyons amis.
Vous croyez ? J'ai démissionné, je pars dans une semaine.
A cause de moi ?
Oui. A cause de vous.
Le bon personnel est plutôt rare, non ?
Très. Madame n'appréciera pas de faire son ménage.
Vous devrez vous servir vous-même.
Je ne crois pas, Sally.
Vous ne partirez pas, car cela me mettrait en colère.
Nettoyez tout ça et apportez-moi du café.
Mme Esmond ?
Bonjour.
Bonjour.
J'aimerais monter avec vous si ça ne vous dérange pas.
Si vous voulez.
Vous aviez... 7 ans lors du décès de votre mère.
- Oui. - Une charge pour votre père.
Il était habitué. Il a passé toute sa vie dans l'armée.
Nous avions de bons rapports, comme des frères.
- C'était un athlète, non ? - Oui.
Votre indifférence pour le sport le décevait ?
Non, il s'en moquait.
Vous aimiez votre belle-mère ?
Oui, c'était une femme bien.
Qu'a fait votre père lors de votre renvoi ?
Rien...
Il était un peu déçu. C'est tout.
- Et votre belle-mère ? - Elle...
Elle laissait mon père s'occuper de ses affaires.
- Vous l'aimiez... - Oui !
Je vous l'ai déjà dit et répété. Oui !
En effet...
Je me suis bien amusé.
Oui... vous faites des progrès.
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