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NUITS CLAIRES
Allô ?
Salut, Kim.
- Ca fait longtemps. - Oui.
Tu l'as encore oublié, c'est ça ?
Quoi donc ?
Ce n'est pas pour ça que tu appelles ?
De quoi tu parles ?
Allô ? C'était mon anniversaire.
Zut ! J'ai oublié, oui.
Alors ? Qu'est-ce qui se passe ?
Il est mort.
De quoi tu parles ?
De papa.
Il est mort de quoi ?
Infarctus.
Ca lui ressemble bien, ça.
Qu'est-ce qui lui ressemble ? D'avoir eu un infarctus ?
De filer en douce comme ça. C'est tout lui.
Il a demandé à être enterré en Norvège,
dans le village où il vivait.
Tu vas y aller ?
C'est notre père.
J'ai aussi envie de savoir comment il vivait.
Et il faut bien que quelqu'un s'occupe des formalités.
Kim ? Tu es toujours là ?
Oui, bien sûr.
Je me servais à boire.
- Tu bois quoi ? - De la vodka...
Bonne idée.
Alors, tu m'accompagnes ?
Je trouve ça bien que tu le fasses,
mais ce sera sans moi, je ne peux pas.
Il serait peut-être temps de faire la paix, non ?
Il n'a jamais rien fait pour. Maintenant, c'est trop tard.
Réfléchis-y. Tu risques de le regretter.
On ne l'enterrera pas deux fois.
Fais gaffe, la sauce est un peu épicée.
C'est très bien.
C'est triste que tu n'aies pas revu ton père.
Tu aurais aimé lui dire au revoir, non ?
Oui.
Au moins, il n'était pas malade. Il n'a pas souffert.
On dit ça, mais qu'est-ce qu'on en sait ?
Quand je repense à toute cette paperasserie,
les contrats à résilier, les comptes à fermer,
ça m'a aidée à la mort de mon père.
C'est très bien.
Je parlais de moi, là.
Et alors ?
Ne te vexe pas tout de suite, tu es moche, comme ça.
Je ne suis pas vexée.
- Tu peux être tellement... - Quoi ?
Rien.
Je suis désolé.
Merci.
Michael, j'ai quelque chose à te dire.
Alors dis-le.
- Ca tombe mal, mais... - Laisse-moi deviner.
Tu as quelqu'un d'autre, c'est ça ?
Je t'en prie, ne dis pas de bêtises.
Quoi, alors ?
Le journal m'a proposé un poste à Washington.
Pour un an.
Une année à Washington ?
Tu as déjà dit oui ?
Pas encore.
J'aimerais bien,
mais je voulais t'en parler avant.
Tu commencerais quand ?
Dans deux mois.
De toute façon, ton choix est fait.
Tu veux que je te dise quoi ?
J'aurais aimé que tu approuves ce choix.
Tu me quittes et tu veux que je l'approuve ?
C'est beaucoup demander.
Je ne te quitte pas, je pars à l'étranger pour un an.
Un an, c'est long. Il peut s'en passer, des choses.
Il faut que tu me fasses un peu confiance.
Ca n'engage à rien.
Je sais que ça tombe mal,
mais je tenais à t'en parler avant de dire oui,
et avant ton départ.
Tu vas rester muet tout le voyage ?
Comme tu voudras.
Mets ta ceinture.
Comment ça se passe, à la campagne ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Je t'ai demandé si ça allait, à la campagne ?
Ca va.
- Tu as des amis ? - C'est quoi, cette question ?
Bien sûr que j'ai des amis.
Tu fais encore du foot ?
Plus depuis longtemps.
Je n'étais pas au courant.
Quand est-ce que tu as arrêté ?
- C'est un interrogatoire ? - Allez, réponds.
Ca fait plus d'un an.
Et pourquoi ?
Je ne m'amusais plus.
Dommage, tu jouais bien. Tu étais doué.
Je n'étais pas si bon que ça.
Et alors ?
C'est super, les sports d'équipe.
Peu importe.
- Et papi vivait tout seul ici ? - Oui.
Pourquoi ?
On ne le saura jamais.
Il aimait être seul, ça a toujours été comme ça.
Tu l'as vu quand pour la dernière fois ?
Il y a cinq ans,
juste avant qu'il s'installe ici.
Tu te souviens de lui ?
Bien sûr. Il nous a rendu visite.
- Il est venu chez vous ? - Ca date un peu.
On avait construit une cabane.
Pourquoi tu n'es pas venu le voir ici ?
On n'était pas très proches.
Il n'était pas facile.
Viens voir ça.
C'est quoi ?
Le manuscrit d'une étude sur les tunnels.
Il fait presque deux cents pages.
C'est un vrai livre.
Il l'a terminé quelques jours avant sa mort.
Il y a la date.
- Je peux la prendre ? - Oui, bien sûr.
Il fait jour alors qu'il est onze heures du soir.
C'est comme ça tout l'été.
Et en hiver, il fait nuit pendant trois mois.
Comment il supportait ça, papi ?
A ton grand-père, et merci d'être venu.
Je suis uniquement venu pour voir où habitait papi.
J'avais compris.
Quand tout sera réglé ici...
Oui ?
J'ai pris des congés et tu es encore en vacances.
On pourrait rester un peu en Norvège.
Pour quoi faire ?
Visiter le pays, profiter de la nature.
Je vis à la campagne, au cas où t'aurais oublié.
On fait une virée en voiture, c'est tout.
Je ne sais pas trop, faut que je demande à maman.
C'est fait.
Elle serait d'accord.
Tu n'as pas à t'arranger avec elle dans mon dos.
On n'a rien arrangé. J'ai simplement posé la question.
Alors, t'en penses quoi ?
Tu me passes les cacahuètes ?
- Tu roules en quoi, à Berlin ? - En rien du tout.
Tu n'as pas de voiture ?
Depuis trois ans déjà.
Et pourquoi ça ?
On n'a pas besoin de voiture à Berlin.
C'est nul.
Moi, dès que je peux, je m'en achète une.
Ah bon ? Quel genre ?
On verra.
BMW, Mercedes. Un truc cool, quoi.
Passe-moi l'eau.
Et puis quoi encore ? Je ne suis pas ton larbin.
C'est bon.
Tu n'as pas froid ?
Non, je n'ai pas froid.
Méfie-toi du temps, ça change vite par ici.
Rien ne vaut la technique de l'oignon.
La technique de l'oignon ?
Une première couche légère, t-shirt ou chemise,
ensuite une polaire,
et un coupe-vent imperméable.
Comme ça, t'es paré à tout.
J'aurais l'air d'un retraité.
J'ai l'air d'un retraité ?
Plutôt, oui.
Mais t'es vieux, ça passe.
On va vers où ?
D'abord vers ici.
On aurait dû faire le plein, ça risque d'être juste.
On peut retourner par le village qu'on a traversé hier.
Ce n'est pas très loin.
Revenir en arrière, c'est nul.
On joue la sécurité ou le risque ?
Le risque, évidemment.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je cherche la prochaine station-service.
Je déteste ces machins.
Parce que tu ne sais pas t'en servir.
Coupe au moins le son.
- Pourquoi ? - Parce que ça m'agace.
Bon...
Fin du voyage.
Le prochain village est à quinze kilomètres.
On fait quoi ?
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