200 baris pertama.
Un-
un-
un-
Brouhaha de voix.
Un-
- Si je prends l'histoire depuis le début,
je dirais que tout a commencé ce fameux mercredi.
Ma mère avait dit à mon père que je devais pas venir,
car c'est trop dur, pour un enfant, de voir un enterrement.
Mais mon père écoute pas trop ma mère.
J'ai constaté que c'était dur,
surtout pour les autres.
Parce que moi, qu'est-ce que je m'emmerdais !
La mort pose des problèmes aux adultes.
C'est drôle de voir des adultes pleurer comme des enfants.
Ce qui me rendait triste, c'était les larmes sur les joues de maman.
Le mort était l'associé de mon père,
Norbert Chouraki. J'ai vite compris
que sa disparition n'avait pas fait que des malheureux.
J'ai eu l'impression
que ça allait durer.
Arrête, lâche ça.
- On m'a fait comprendre que c'était pas la peine que j'aide.
- Il savait que le secret de la santé est une vie pleine et active.
Il était très généreux et très honnête.
Tonnerre. - C'était pas l'avis de ma mère.
Elle disait à mon père :
"Tes affaires avec lui, ça va mal finir."
Dans les jours qui suivaient, j'allais constater qu'elle avait raison.
Les événements qui en ont découlé ont déclenché en moi un changement.
Mais à mon âge, changer, ça s'appelle grandir.
- Norbert était un homme d'esprit et un homme de cœur.
Un-
- Je m'appelle César. Ma mère voulait m'appeler Romain,
mon père préférait Jules.
Ils ont dû trouver un terrain d'entente : César.
J'ai vite su qui était César.
Beaucoup de chiens s'appellent comme ça.
C'est comme ça.
Je m'appelle César.
C'est le prénom qu'ils m'ont donné.
Et mon nom de famille, c'est Petit.
Voilà, je m'appelle César Petit.
Voix masculine de la pièce voisine.
Un-
César !
- Les flics se foutent de la vérité ! - Bertrand, pas maintenant.
Va chercher le pain et lave-toi les mains.
- J'aime quand on m'envoie chercher le pain.
J'adore regarder la vitrine d'une pâtisserie.
Y a des couleurs. C'est comme des sculptures peintes.
Mes parents ne le savent pas, c'est mon secret.
Les enfants ont hâte
de grandir parce qu'on en a marre d'être regardés de haut.
- Monsieur ? - Excusez-moi.
- Je t'avais pas vu. Tu veux quoi ?
Une baguette moulée.
Pour les adultes, on est un petit bonhomme.
Et même un coco. - Je la coupe, mon coco ?
Non, merci.
Mais pourquoi
on tutoie les enfants ?
Ce sera tout ?
- Ou on ne pense pas à être poli avec les jeunes.
Une polonaise au chocolat.
Petit gourmand.
Ta gueule.
À l'école, je n'ai jamais cherché à me distinguer.
Être le 1er aurait énervé mes camarades,
Être le dernier aurait énervé mes parents.
J'avais décidé d'énerver personne.
J'avais 10 ans et demi, je mesurais 1,39 m,
j'étais un peu enrobé.
J'aimais pas qu'on me fasse remarquer mon faible pour les gâteaux.
Si je pouvais faire ce que je veux, je mangerais que du sucré.
Je préfère le sucré au salé.
Franchement, le salé, c'est que pour se nourrir.
Le sucré, c'est pour le plaisir.
La pudeur, c'est quand on est mal foutu, comme moi.
Un type bien bâti n'est pas pudique. Les gros sont pudiques
pour pas qu'on se moque d'eux.
J'aurais aimé
avoir les muscles
de Morgan Boulanger, comme ça, j'aurais pu plaire
à Sarah Delgado,
la plus belle fille de toute l'école.
Et là, j'étais comme un con,
presque à poil, devant elle.
Elle avait débarqué dans ma classe 15 jours avant.
Si j'avais une chance de l'intéresser, c'était autrement
que par le physique. Mais à 10 ans, immature,
elle pouvait pas comprendre ça.
- Alors, t'as un problème ? - Je peux pas me baigner.
- Why not ? - J'ai mal au ventre.
- Les filles ne vont pas se baigner. T'es pas une fille ?
Alors in the swimming pool !
Non !!
J'ai vite compris que mes capacités sportives étaient médiocres.
C'est fou, toutes les disciplines pour lesquelles on n'est pas fait.
Les enfants ont souvent
pour mission de réussir, là où les parents ont échoué.
J'ai été inscrit dans des activités éloignées
de mes aptitudes naturelles.
Aïe g
un-
Oh ! C'est une catastrophe, ce piano !
- Non, y a eu un gros progrès. Continue, mon chéri.
- Il perd son temps, et moi, mon fric.
Sa prof m'a dit, il faut qu'il persiste.
- Bien sûr, elle encaisse ! Arrête de faire des chèques.
C'est fini. César, arrête !
- Il peut se débrouiller. - Non, il a deux mains gauches.
- Il a une oreille très fine. - On joue pas avec les oreilles.
Musique rap.
Un-
Quelqu'un frappe énergiquement à la porte d'entrée.
- Et tout s'est accéléré. Je me souviens,
c'était un lundi soir.
Bertrand Petit ?
Oui. Enfin, c'est mon père.
Il est là?
Papa 7
- Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Police. On peut vous parler ?
- De quoi ? - Votre associé.
Norbert Chouraki. - Norbert quoi?
- Dans ta chambre. - Non.
Allez!
- L'autorité des grands permet de commander les petits
sans se fouler pour les explications.
Éteins ce truc !
- Je vous offre un verre ? - Non.
- Vous avez des questions ? - Oui.
- Si on peut vous être utiles. - C'est grave.
- Dès qu'il y avait quelque chose d'important, on me demandait de partir.
Ils sont restés ?
Oui, presque deux heures.
- Que voulaient-ils ? - Je sais pas.
- Ton père est pas le genre à parler aux flics.
Oui.
Sonnerie.
Allô, maman ?
Oui, j'ai tout pris. Oui, un bel ananas.
Morgan était calme,
baraqué, bon élève.
Il a toujours été mon meilleur ami.
Il connaissait pas son père et il vivait seul avec sa mère.
Personne. Sa mère travaillait de nuit dans un hôpital,
et il ne la voyait que le week-end.
Quand il partait, elle dormait, et quand il rentrait,
elle travaillait.
Le rêve !
César !
Poisson ou viande ?
- Les deux. - Ça va pas faire trop ?
Non.
Et en dessert, Frutos ou P'tit Filous ?
Les deux.
Une fois par semaine, mes parents m'autorisaient
à dormir chez Morgan.
Son indépendance l'avait rendu mûr plus vite que moi.
Et puis lui, il faisait du sport.
Moi, je trouvais que Morgan avait une belle vie.
Musique de Pulp Fiction.
*- Il faut donner à l'enfant
la possibilité de parler. Il faut prendre ces enfants
rapidement.
T'as appris ta récitation ?
Elle est chiante.
- "...Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches,
comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé...
- J'avais appris que le mot "maîtresse" n'a pas
le même sens pour un adulte.
La maîtresse d'un adulte,
c'est une femme qu'il désire et qu'il voit
en cachette. Moi, je la voyais pas en cachette,
mais je la désirais.
Je me demandais
comment elle était habillée en dessous.
' Magnifique g
Retourne à ta place, ma chérie.
Voyons...
Qui va venir ?
César, au tableau.
Et merde !
- Tu la sais ? - Un peu.
- Un peu ? Si tu la sais pas, je te colle un zéro.
Je la sais.
Très bien.
On t'écoute.
"L'Albatros"...
de Baudelaire...
Charles. 1851.
Quand tu veux.
Souvent...
- Morgan, viens t'asseoir là ! Sarah, va à sa place, s'il te plaît.
Sans le savoir, ma maîtresse venait
de me faire le plus beau cadeau que je pouvais espérer :
passer la fin de l'année scolaire à 20 cm de Sarah Delgado.
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