180 baris pertama.
Chère Ida !
Que faisons-nous dans cette décharge ?
Venez.
Je voulais que vous vous imprégniez
des sons de cette symphonie mécanique.
Écoutez.
J'écoute, j'écoute.
Vous voyez, ça recommence...
Ça se répète.
Ça hypnotise.
Vous percevez ?
Ça en devient presque douloureux.
Douloureux, oui, c'est le mot.
Vous voyez cette musique...
c'est la marche du temps qui avance.
Ça, de la musique ?
Non.
Pas comme ça.
Non.
Ravel ?
Je ne peux pas.
[différentes versions du "Boléro" de Ravel]
- Je vais être en retard, maman. - Non.
Voilà, c'est parfait. Tu seras pris, Maurice.
Tu crois ?
Ils vont se rendre compte de ce que j'ai toujours su.
On va reconnaître ton excellence.
Ta vie va changer.
On est presque prêt.
Monsieur Ravel.
[Maurice joue une mélodie rythmée au piano]
Sont éliminés au premier tour, messieurs
Alavoine, Brizeux...
Bon sang ! Encore raté.
- Longeat... - Oh, mais non !
Ravel...
Tu aurais pu te tuer.
Ça n'est qu'un prix, mon chéri.
Je m'en fiche de leur prix.
J'ai entendu une mélodie orientale qui venait de la cour.
Ça devait être le vent dans les tuiles.
Alors, je me suis approché pour mieux entendre.
Et c'est idiot,
j'ai oublié qu'on était au premier étage.
Je te jure.
Je voulais pas mourir, maman.
Un jour, ces imbéciles du jury
le regretteront.
Ah ! Maurice !
Le champagne est pas bon ?
Si, si...
Vous vous souvenez de notre rencontre ?
J'étais gauche et empoté.
Non.
Vous êtes le seul à être venu vers moi
et à me tendre la main.
Je ne l'ai jamais regretté.
Mais je regrette
que vous ne soyez pas rentré dans la famille.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Ma sœur aurait été heureuse. - Oh...
- Misia ne manque pas de maris. - Ah...
Madame Natanson, madame Edwards, madame Sert...
Madame Sert ?
Plus pour longtemps.
José Maria a installé sa maîtresse sous leur toit.
Misia fait la fière, mais...
Ça ne peut pas durer.
Bonsoir.
- C'est une femme extraordinaire. - Bonsoir.
Empêtrée comme ça, dans l'ordinaire.
Pourtant, on voudrait la sauver d'elle-même.
Décidément, vous êtes toujours aussi mordu.
Dommage que vous soyez marié à la musique.
Je devrais la tromper de temps en temps.
Oui.
- Vous devriez. -
La Rubinstein, elle est où ?
Vous n'avez pas vu la grande chose peinte ?
Elle vous attend.
Elle ne parle que de ça.
Maurice Ravel, je vous cherchais.
Vous vous cachiez derrière cette colonne ?
Vous étiez entourée.
Vous atteindre est un parcours du combattant.
Vous avez un air...
Un air prodigieusement fringant.
Plus le temps passe, plus vous êtes jeune.
C'est vous qui êtes éternelle.
Oh, le vilain petit flatteur gentil.
Za vashe zdorovie !
Savez-vous quoi ? Nous trinquons à notre collaboration.
Est-il vrai ?
Prodigieusement vrai,
car vous allez écrire la musique de mon prochain ballet.
Comme vous êtes drôle.
On dirait un poussin tombé du nid.
Ne soyez pas inquiet.
Je m'y prends à l'avance, car je sais qu'il vous faut du temps.
Mais quel ballet ? Vous avez une idée ? Un argument ?
Argument...
Argument...
On s'en fiche, d'argument !
On verra plus tard.
Ce qu'il me faut, c'est du charnel.
De l'envoûtant.
De l'érotique.
Moi, je sais qu'il y a ça
dans votre musique.
- Érotique ? - Oui, érotique.
La sensualité du sud,
le parfum des fleurs vénéneuses...
Une Carmen moderne, quoi.
Votre mère était bien espagnole ?
Basque.
Encore mieux.
Plus rare.
Réfléchissez.
Non ! Ne réfléchissez pas. Composez.
Bonsoir, Ida.
Quelle prodigieuse surprise ! Vous ici !
Trois Russes ?
Un blanc, un rouge et un juif.
Et trois Français, alors ?
- Un mariage réussi. - Ah !
- Bravo. - Mais oui.
Le triangle est la seule vraie géométrie du couple.
- Mon frère chéri. - Misia.
Et mon chéri tout court.
Vous êtes encore là, heureusement.
On danse ?
Vous savez que je danse comme un pied.
J'ai traversé tout Paris pour danser avec vous.
Allons, venez.
Vous voyez ? Ce n'est pas mal.
Vous me marchez à peine sur les pieds.
Votre époux n'est pas ici ?
Non, il est à la maison avec Roussy pour le cours de langue.
Ne faites pas cette tête, je ne suis pas jalouse.
Vous savez bien.
Vous avez changé de parfum ?
Oui.
Shalimar.
Il vous va bien.
Du piment, mon petit Basque.
Du piment !
Elle est amusante.
Oui. Un peu fatigante, parfois.
Les femmes amusantes sont rarement reposantes.
Non ?
[les musiciens accordent leurs instruments]
Maître, les musiciens attendent.
Je sais, mais je ne peux pas.
Mais...
Enfin, Maurice, c'est une répétition.
Personne vous en voudra pour vos chaussures.
Si, moi !
C'est vous qui avez oublié vos souliers.
Oui.
Madame Revelot va les ramener de Montfort.
- J'étais sûr de les avoir. -
Vous croyez que je perds la boule ?
Pas du tout. Cessez ces enfantillages et rejoignez l'orchestre.
Non.
Monsieur ! Monsieur, les voilà.
Ah !
Madame Revelot.
Merci.
Mais, asseyez-vous. Vous êtes essoufflée.
Asseyez-vous.
Marguerite, servez-lui un verre d'eau.
Asseyez-vous.
Je ne veux pas vous perdre.
Merci.
Vous êtes sûre que ce sont les bonnes ?
Quoi ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Messieurs, je ne sais pas
si vous avez conscience de la précision
que cette valse exige.
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