Le prime 200 righe.
Le vol de nuit m'amena de Los Angeles à New York
par un jour frais et clair.
Il était encore tôt
quand j'arrivai au coin de Spring Street et West Broadway.
J'avais pris quinze jours
sur la préparation de mon prochain film.
J'étais venu voir Nick.
Nicholas Ray, réalisateur de la Fureur de vivre,
Johnny Guitare et d'autres films
qui ont leur place dans l'histoire du cinéma.
J'avais grimpé ces marches deux ans plus tôt.
Nick avait accepté de jouer dans mon film l'Ami américain.
Le rôle n'existait pas, nous l'avions écrit ensemble.
Nous jouions au backgammon. Nous étions devenus amis.
Ça fait plaisir de te voir.
Nick m'a dit de le réveiller à ton arrivée.
Non, je veux dormir un peu.
Toi aussi, sans doute.
J'avais vu Nick trois mois plus tôt,
au Sloan Kettering Memorial Hospital.
Il sortait de sa troisième opération en un an.
Il avait le cancer.
Nous n'avions même pas pu nous serrer la main.
On lui avait placé des cellules radioactives dans la poitrine
et personne ne pouvait l'approcher à cause des radiations.
"De la chirurgie aventureuse",
avait dit Nick quand il m'en avait parlé,
alors qu'il n'était pas encore sûr de s'y soumettre.
"Quels sont les risques ?" Avais-je demandé.
"Je pourrais en mourir."
"Et si tu ne le fais pas ?"
"Je mourrai lentement."
"- Si je regarde ta vie,"
"je crois que tu choisiras la chirurgie aventureuse."
"- Tu as sacrément raison."
J'étais épuisé,
mais je n'arrivais pas à m'endormir.
L'idée du voyage à New York nous était venue
deux jours avant, au téléphone.
Je n'avais aucune idée
de ce qui allait se passer.
Bonjour !
En avant pour une superbe journée !
Pas le temps de traîner,
il y a trop à faire. Allons-y !
Debout, brosse-toi les dents et prends un bon petit-déjeuner !
Ta gueule, petit salaud !
Silence !
Saloperie...
Susan ?
J'ai fait un rêve.
J'ai rêvé d'une comédie musicale...
au Venezuela...
Qu'est-ce qui se passe là-bas ?
Bonjour, Nick.
Wim, bonjour !
Tu es arrivé quand ?
Tôt. A six heures.
J'avais dit à Tom de me réveiller.
Je l'en ai empêché.
Tu restes combien de temps ?
Le plus possible.
Merveilleux.
Une semaine, j'espère.
Pour le raccord, l'objectif 35 et la caméra ici,
plus haut.
La cigarette de la main gauche.
Tu poses le rasoir,
tu prends la cassette,
tu fais ça, tu la reposes,
tu te grattes, tu t'allonges et tu cries.
C'est le plan de coupe.
Où est la cassette ?
A côté du cendrier.
Ça a l'air joué, Wim ?
Non, pas du tout.
Comment vas-tu ?
Prêt à me remettre au travail.
Formidable. Sur quoi ?
C'est très prétentieux.
J'en suis sûr.
Sur quoi tu travailles ?
Hammett.
Quel est le devis ?
Dix millions.
Ça, ce n'est pas prétentieux du tout.
Avec 1 % de ça, je pourrais faire...
la foudre sur les eaux.
On devrait faire un film ensemble.
Aujourd'hui, si tu veux.
Ça sera sur quoi ?
Tu fais du montage avec Tom ?
On a encore travaillé toute la nuit.
We Can't Go Home Again. J'essaie de le remettre en forme.
Si nous faisons un film ensemble,
il faut engager Tom.
Tu crois que c'est malin,
d'avoir sur un film deux types borgnes de l'il droit ?
Reprends.
Donne-moi la réplique.
Si nous faisons un film, il faut engager Tom.
Je ne sais pas si c'est une bonne idée.
Tu as un préjugé contre les borgnes.
Non, mais deux one-eyed jacks,
c'est une mauvaise distribution.
Tu as un préjugé contre Brandon Marlon,
Marlon Brando.
Oscar Homolka.
Pourquoi es-tu venu, Wim ?
Je voulais te parler.
De quoi ?
De la mort ?
NICK'S MOVIE
Je fumais, Pat ?
Je ne suis pas venu parler de la mort, Nick.
Mais il le faudra peut-être.
J'avais envie de te voir.
Pour te demander conseil.
Tu m'as dit que tu voulais me voir,
mais j'avais aussi peur de venir.
Autant te dire tout de suite pourquoi.
Je savais que je verrais ta faiblesse
et que tu serais gêné d'être vu comme ça.
Maintenant ça va.
Autre chose m'est venu à l'esprit dans l'avion hier soir,
qui me fait encore plus peur.
J'ai pensé que je pourrais me trouver
attiré par ta faiblesse,
ou par ta souffrance.
Si c'était le cas, je crois
que je devrais te quitter.
J'aurais le sentiment de te tromper
ou de te trahir.
Ça n'arrivera pas.
Quel est notre programme de la journée ?
De rester avec toi, toute la journée.
Bon Dieu, j'ai une conférence ce soir.
Je ramasse quelques dollars en allant dans des écoles de filles.
Mais c'est le genre mezzo mezzo.
Ce n'est plus une école de filles.
Vassar,
les filles de famille, tu te souviens ?
40 % de garçons maintenant. Le progrès !
On prend le train ?
J'ai une voiture.
Une limousine qu'on a louée pour moi,
la plus luxueuse
de toutes les machines en captivité.
Longue d'ici jusqu'à Poughkeepsie.
J'en possédais une autrefois.
Qu'allons-nous voir ?
Les Indomptables.
De quoi vais-je parler ce soir ?
Tu me le demandes à chaque fois.
Quand j'étais jeune,
on ne m'a jamais invité à Vassar.
Je ne crois pas qu'elles soient ton genre.
Va-t'en !
C'est un bon plan.
On y sera à quelle heure ?
Nous avons parlé de moins en moins.
Chacun était perdu dans ses pensées.
Nous n'avions pas encore d'histoire à raconter.
Pour l'instant, la réalité était notre histoire.
Comment est la copie ?
Une bonne 16 mm.
Et le son ?
Pourri.
Quand Mitchum revient chez lui,
se glisse sous la maison
et trouve l'illustré et le revolver, c'est...
le plus beau retour à la maison que je connaisse.
On n'était pas tous si mal, à la maison.
C'est quoi, rentrer à la maison ?
Des moments de chaleur...
Certains les trouvent,
d'autres se font braquer...
Je vais voir le reste du film.
On sera là-haut pour tourner.
Je te rejoins dès que ça va mieux.
Elle vient d'où, celle-là ? De l'Arkansas ?
Benjamin Britten.
Sans blague.
Je ne t'avais jamais entendue la chanter.
Mais si.
A un enterrement ou un mariage ?
En allant à la banque.
On y retourne quand ?
Allons nous promener en ville.
On n'ira pas loin. C'est une petite ville.
Je t'offre une soupe à la tomate.
Vous et moi sommes en train de faire un film.
Nous commençons
notre film
avec à peu près autant de préparation
que nous avions pour Les Indomptables.
Le tournage a démarré avec 26 pages de script,
et nous écrivions tous les soirs.
Il n'y avait pas grand-chose
en dehors de l'instinct
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