Le prime 200 righe.
En automne 2019, j'ai reçu un appel d'une source.
Il me demande, "As-tu déjà enquêté sur Wirecard ?"
"Le site de paiement ? Non."
"C'est une entreprise étrange."
"Des sociétés sont créées."
"L'argent entre, l'argent sort."
C'est très troublant.
Il s'était fait contacter par des amis étrangers
qui avaient travaillé dans des agences de renseignement
et qui l'avaient averti.
"Wirecard, ça t'intéresse ?"
"Garde tes distances."
UN DOCUMENTAIRE NETFLIX
Ce scandale concerne la société allemande de paiement en ligne Wirecard.
M. Braun, les rapports sur votre affaire rappellent un roman à suspense financier.
Comment peut-on perdre des milliards de dollars ?
Fausses ventes, manipulations de bilan, et pire encore.
Jusqu'où cela empirera ?
Blanchiment d'argent, jeux d'argent, porno, aide aux organisations terroristes.
C'était le Financial Times contre Wirecard.
Ils cherchaient des infos,
puis Wirecard essayait de les retrouver.
C'était un deepfake complet.
On aurait dit une banque, mais c'était du vol.
L'ex-directeur des opérations, Jan Marsalek, est en cavale.
Le plus grand scandale de fraude allemand.
Il y a une chasse à l'homme mondiale pour Marsalek.
C'est fou qu'une chose pareille dure si longtemps.
Pour moi, c'était évident que ça allait être énorme.
Les escrocs profitent des désirs des gens.
En Allemagne, tout le monde voulait être en tête du peloton.
L'industrie allemande est prospère,
mais vieille et ancienne.
Ces célèbres marques allemandes comme Siemens, Daimler, BMW, Volkswagen,
ce sont de très vieilles entreprises.
On dit souvent aux politiciens
et aux commerçants allemands,
"Où sont vos nouvelles boîtes ?"
On veut notre propre champion mondial du numérique,
comme la Silicon Valley.
Le Google allemand, le Facebook allemand.
Et Wirecard a très bien joué sur ce désir.
Découvrez Wirecard.
Nos nouvelles technologies financières rendent les paiements mobiles
et presque invisibles.
Choisissez Wirecard,
le leader mondial de l'innovation en technologie financière numérique.
Le héros et rock star.
Veuillez accueillir le directeur technique et des opérations,
Dr Markus Braun.
Bonjour, mesdames et messieurs.
Wirecard, c'était le PayPal allemand.
Je vais résumer notre modèle économique.
Wirecard est un processeur de paiement pour le commerce en ligne.
Ils s'assurent que quand j'achète quelque chose,
l'argent est transféré de ma carte bancaire au magasin en ligne.
Il ne s'agit pas d'avoir des données.
Il s'agit d'algorithmes qui donnent une valeur à des données.
Il y a un fondateur d'entreprise vêtu d'un col roulé noir
avec une certaine éloquence…
Le modèle économique ajoute quelque chose,
et là où il y a valeur ajoutée,
il y a l'argent pour se réinventer.
… qui se présente comme un visionnaire.
Le "Steve Jobs des Alpes".
Je suis Martin Osterloh.
J'ai travaillé pour Wirecard pendant 16 ans.
Quand je suis arrivé, en 2005, on était entre 130 et 150 personnes.
Quand je suis parti, il y avait plus de 6 500 individus.
Wirecard grandit extrêmement vite en tant que plateforme de commerce financier.
Chez Wirecard,
on était très fiers de faire partie d'une société de technologie allemande.
Wirecard a pris le train du numérique dans les années 90
qui continue d'accélérer,
et maintenant, Wirecard a même dépassé la Deutsche Bank
avec une valeur de plus de 20 milliards d'euros.
Un symbole de la nouvelle ère de la finance.
C'était une entreprise en plein essor.
Elle s'est développée comme aucune autre entreprise allemande.
Et cette immense croissance a conduit beaucoup de gens à y croire.
C'était nouveau, prospère, mondial et rentable.
Les politiciens allemands étaient fiers de pouvoir dire,
"On a une société de FinTech !"
Quand la chancelière est allée en Chine,
elle a fait la promotion de Wirecard en 2019 avec Xi Jinping.
Tout le monde en Allemagne croyait en cette entreprise.
Personne n'aurait cru que c'était l'œuvre d'escrocs.
LONDRES, ANGLETERRE
Étant journaliste, on peut faire des choses
habituellement mal vues.
On dévoile des secrets.
La première fois que j'ai entendu "Wirecard",
je cherchais des sociétés louches sur lesquelles écrire.
Les fraudes d'entreprise, tout ça, parce que ça fait de bons scoops.
Je parlais avec un gérant de fonds australien.
Il m'a dit, "Des escrocs allemands, ça t'intéresse ?"
Il avait dû voir une fraude parmi les comptes.
Du coup, j'ai noté,
"Wirecard, à creuser."
De l'extérieur, ça ressemblait à une entreprise légitime.
Il y avait 6 000 employés, il y avait des bureaux.
Énormes bénéfices.
Ça semblait cohérent,
"Le paiement en ligne, ça marche, non ?"
Mais cette pile de documents
qui montrait tous leurs contrats conclus en Asie,
c'était un peu louche. Quelque chose clochait,
comme s'ils n'étaient pas réels.
En dehors de l'Europe, on observe une croissance de 25 %
entraînée par de nouvelles régions comme les régions en développement d'Asie.
Wirecard ne semblait pas gagner des clients,
comme Spotify gagnait des abonnés.
Il achetait des sociétés, surtout en Asie, pour se développer.
Mais les chiffres ne collent pas.
J'ai voulu joindre Wirecard.
Ils m'ont dit, "On est occupés. On n'a pas le temps."
Aucune entreprise ne fait ça quand le Financial Times appelle.
J'ai insisté.
Et ils m'ont mis Markus Braun au téléphone.
Bonjour, Markus.
Bonjour.
Merci beaucoup. C'est super de vous parler.
J'ai hâte d'être passé à la moulinette.
Excellent ! Alors, c'est quoi, Wirecard ?
Il y a ce nouveau terme, "FinTech".
C'est un très bon terme pour décrire ce qu'on fait.
On est des développeurs, un site internet
qui dispose d'une banque, et non l'inverse.
"On est des développeurs qui disposons d'une banque."
Cette discussion était très étrange.
Bon, par rapport à vos acquisitions asiatiques
que j'ai un peu étudiées,
j'ai l'impression qu'il y a plusieurs possibilités
sur ce qui se passe chez Wirecard.
Soit vous tenez mal vos comptes.
Soit ces acquisitions servent à cacher quelque chose.
C'est des conneries.
Désolé d'être si direct.
Il y a toujours des gens qui sont jaloux
ou qui nous en veulent pour une raison ou pour une autre.
Vous avez certainement parlé à quelqu'un comme ça.
Wirecard avait toujours la même rengaine dès qu'ils étaient critiqués.
Ils disaient que les critiques venaient de vendeurs à découvert
pour manipuler le cours de l'action.
LES VENDEURS À DÉCOUVERT BLANCHIMENT D'ARGENT ! WIRECARD !
Je m'appelle Tobias Bosler,
et je suis vendeur à découvert depuis des années.
Beaucoup investissent en croyant que l'action va augmenter.
Un vendeur à découvert diffère d'un investisseur, car on fait un bénéfice
quand le cours d'une action chute.
Les vendeurs à découvert ont la réputation
de vouloir faire baisser le cours des actions des sociétés
pour l'argent.
Certains groupes d'investisseurs les voient sûrement
comme vaguement affiliés à une sorte de terrorisme financier.
La réalité,
c'est que les vendeurs à découvert prennent souvent ce risque
parce qu'ils pensent qu'une action est déjà surévaluée.
On vend à découvert.
En fait, on est sûrement le seul fond "petites femmes uniquement" au monde.
On gagne de l'argent en pariant contre des actions,
en espérant que leur prix va chuter.
Et on gagne notre conviction au sujet de ces paris
en enquêtant de façon approfondie pour s'assurer qu'on a raison.
C'est comme être détective financier.
En général, on se penche sur les sociétés qui ont l'air suspectes.
J'ai enquêté sur Wirecard pendant deux ans.
J'ai parfaitement compris son modèle économique.
Ça gérait les paiements pour les sociétés de pornographie et de jeux en ligne,
mais ça restait légal.
Oui, c'était une grosse partie de ce qu'on faisait,
et ça a bien cimenté l'entreprise, au début.
Les sociétés de poker, les casinos, le bingo,
et aussi sûrement la pornographie.
Mais on l'appelait autrement.
- Vous appeliez ça comment ? - Du contenu émotionnel.
- C'est une blague ? - Non.
Le marché du poker aux États-Unis représentait 50 % du marché mondial.
Mais tout a changé en 2006,
quand une nouvelle loi américaine a rendu illégale
la gestion des paiements des citoyens américains jouant au poker.
Wirecard a donc perdu une importante source de revenus.
Mais malgré cette loi, les profits de Wirecard ne cessaient d'augmenter.
Quelle société peut faire ça ?
Ce n'est pas possible.
J'essayais de rédiger l'article, mais c'était compliqué.
Je faisais des allers-retours et ça n'avançait pas.
J'ai abandonné.
Personne ne semblait intéressé par l'affaire Wirecard.
Et là, j'ai reçu cet appel.
Je suis allé voir ce type, Matt Earl.
Il m'a appelé et m'a dit, "Hé, on déjeune ensemble ?"
Il vendait à découvert.
Et il écrivait sur les fraudes, sur un blog.
Un truc nommé Zatarra.
Quand j'ai découvert Wirecard,
c'était grâce à un lecteur de mon blog qui m'a contacté pour me dire,
"Vous connaissez la société Wirecard ?"
Il y a eu des allégations selon lesquelles Wirecard était impliqué
dans du blanchiment d'argent en Floride.
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