Le prime 200 righe.
Coeur de verre
Je regarde dans le lointain
jusqu'aux confins du monde,
et avant même la tombée du jour, déjà, c'est la fin.
D'abord, c'est le temps qui croule, puis la terre.
Les nuages filent très vite...
puis la terre bouillonne : c'est le signe.
C'est le commencement de la fin.
Les bords du monde croulent.
Tout se met à crouler...
s'écroule et tombe, croule et croule.
Du regard, je pénètre cet écroulement.
Je sens un remous.
Ça m'aspire, ça m'attire vers le fond.
À mon tour, je croule.
Je croule, je croule, j'ai le vertige à force de crouler.
Maintenant,je fixe un point dans les eaux qui croulent.
Je cherche un point où accrocher mon regard.
Je deviens léger...
toujours plus léger.
Tout devient léger. Je prends mon envol.
De cet écroulement et de cet envol
naît un monde nouveau.
Telle l'Atlantide engloutie, la terre surgit des eaux.
Je vois une terre nouvelle.
Approchez ! Osez !
Approchez, je vous le dis !
Le géant a...
des yeux comme des roues de moulin.
Ses doigts...
sont des branches.
Et il a un rocher...
pour nez.
Le village a peur.
Le Rup dit qu'il a vu un géant.
Le temps des géants est revenu.
Le géant déracine les arbres.
Il tue nos bêtes et nous arrache les boyaux quand il nous voit.
Il nous suce le cerveau.
Dites au Rup...
qu'il n'y a pas de géant.
Et que la prochaine fois, il regarde mieux la position du soleil.
Le soleil était bas, et le géant n'était que l'ombre d'un nain.
Quand rien ne change, vous vous estimez déjà heureux.
Mais moi, je vois des flammes...
et je vois la verrerie.
Je vous dis encore ceci :
regardez les deux ponts, là-haut.
L'un va être traversé par un menteur, et l'autre, par un voleur.
Demain, tu crèveras, Ascherl.
Et je cuverai mon vin sur ton cadavre.
Patron, un autre verre pour Wudy !
Je dormirai sur ton cadavre.
C'est Hias qui a dit que je dormirai sur ton cadavre.
Et le Hias, il voit dans l'avenir.
Il faut encore qu'on couche tous les deux dans le foin.
Et il faut que ce soit moi
qui tombe le premier sur l'aire...
et puis que toi, tu tombes sur moi
parce que si tu ne tombes pas sur du mou, tu y passes.
Mühlbeck est mort...
et personne ne connaît le secret du Verre-Rubis.
Il aurait pu l'écrire !
Ça aurait été facile pour lui d'écrire...
comment on fait le Verre-Rubis.
Comme si tu avais jamais écrit un mot, toi !
Il aurait au moins pu nous le dire...
le Mühlbeck.
Mon Dieu !
C'était le deuxième verre.
Et cette merveille disparaîtrait à jamais du monde !
Qu'est-ce qui me protège désormais du déchaînement de l'univers ?
Tu n'oseras pas !
Que tu crois !
Père, avez-vous vu Adalbert ?
Pauline !
Pauline !
Tu couches encore toute nue !
Allez, habille-toi !
Le verre a une âme si fragile.
Il est immaculé.
C'est la fêlure, le péché.
Après la Chute, meurt le son.
L'avenir verra-t-il dans la disparition des fabriques,
comme nous voyons
dans les châteaux en ruine, l'inéluctable ?
Les gens disent que Hias a vu en vision
des orties envahir les verreries.
Les sureaux aspireront
à la compagnie des hommes. Voilà ce qu'on dit.
Le Verre-Rubis doit nous sauver.
Qu'on fasse abattre la maison de Mühlbeck
et qu'on cherche son secret dans toutes les fissures.
Qu'on creuse le sol de sa maison
jusqu'à trois pieds.
Il se peut que Mühlbeck ait enterré son secret.
Qu'on m'apporte le canapé vert de Paris qu'il avait offert à Anamirl.
Le désordre des astres tinte dans ma tête.
Votre chapeau.
Votre canne.
Le Maître ne désire pas son petit déjeuner maintenant.
Que Ludmilla dénoue ses cheveux.
Oui, dénoue tes cheveux.
C'est une faveur pour une servante.
Pourquoi cries-tu comme ça ?
Jésus Marie Joseph !
Père...
Gigl croit avoir trouvé le secret du Verre-Rubis.
Un jour comme celui-là, on se lève.
Non, non.
Je ne bouge pas de mon fauteuil.
C'est comme si ma colonne vertébrale s'effritait.
Votre colonne n'est pas pourrie !
Elle n'est pas pourrie !
Vous ne vous effriterez pas comme un tas de pierres.
Voilà 12 ans que vous êtes cloué dans ce fauteuil. 12 ans !
Oui.
12 ans déjà, que je vous montre vos chaussures.
12 ans déjà !
12 ans !
C'est bon.
C'est bon.
Je vous ferai porter, comme toujours !
Vous ne vous trompez pas ? C'est vraiment du Verre-Rubis ?
Oui.
C'est vraiment du Verre-Rubis ?
Ça, du Verre-Rubis !
Recommençons.
Non ! Non !
Je ne sais pas si je dois partir d'ici.
En bas, au village, rôde la folie.
Le Maître veut faire un nouveau four...
mais les compagnons ne viennent pas.
Je vois tout à coup des flammes couler dans le ruisseau.
Et le vent ramène le feu par ici.
Je vois les arbres brûler comme des allumettes.
Je vois une foule de gens gravir une colline, en courant.
En haut, ils s'arrêtent, à bout de souffle...
figés, de pierre,
les uns à côté des autres.
Toute une forêt pétrifiée.
Puis, c'est l'obscurité et le silence.
En bas, tout est sombre, détruit.
Il n'y a plus ni hommes ni maisons...
rien que des ruines.
Et puis, je vois...
en contrebas, sur la route, un homme qui court,
une branche allumée à la main, et qui crie :
"Suis-je vraiment le dernier ?"
"Suis-je vraiment le seul ?"
Adalbert !
Envoie chercher le berger Hias.
Qu'il nous révèle par ses visions le secret du Verre-Rubis.
Quand bien même il faudrait sortir Mühlbeck de sa tombe
pour que Hias lise dans son cerveau !
Étrange... une ville de verre.
Des hommes y vivent.
Comment des hommes peuvent-ils vivre dans des maisons de verre ?
Ça, c'est l'église.
Dedans, il y a des animaux.
Des animaux de toutes sortes :
lapins, poules, chevreuils...
oiseaux, vaches...
mais on ne voit personne dans cette église.
Les rues sont désertes...
Tout est couvert de neige.
Ludmilla !
Laisse ! Aujourd'hui, il y en aura encore, de la casse !
Sors de la demeure de ton maître.
Il pourrait glisser et se retrouver assis sur ta figure.
Pourquoi pleurniches-tu ?
Souillon, tu ferais mieux de prier
pour qu'on retrouve le principe du Verre-Rubis !
Il va se passer un tas de choses. Et Hias est en bas.
Il est déjà là ?
Tu savais ?
Tu n'as pas eu besoin du messager ?
Que le Maître veuille bien envoyer un chasseur pour abattre l'ours.
Les taureaux ont peur.
Nous ne pouvons rien garantir.
L'ours peut en tuer un...
et le reste du troupeau prendre la fuite.
Le Jour de l'Ours, un taureau peut courir jusqu'à Mayence !
Mühlbeck est mort.
Il a emporté son secret avec lui.
Aie la vision de l'ingrédient qui donne le Verre-Rubis.
Mühlbeck nous a lâchés.
Je ne sais pas quel est cet ingrédient.
Pour 10 florins, tu le sauras.
Alors, pour mille.
Veux-tu que nos gens mangent du pain d'avoine
qui leur donne mal à la tête ?
Alors, dis-le-moi, ce secret...
que nous refassions du Verre-Rubis.
Je te ferai contremaître.
Et moi, je porterai une meule jusqu'à Trèves !
Je ne suis venu que pour le chasseur.
Je veux le Verre-Rubis.
Je veux le verre rouge, tu comprends ?
Je veux un verre qui contienne mon sang...
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