Le prime 200 righe.
à mon père
LE PREMIER QUI L'A DIT
Teresa !
Me voici.
- Sa chambre est prête ? - Pas encore.
- Tu as mis ses draps préférés ? - Quand j'aurais pu ?
Tu as enlevé les rideaux de la chambre de Luciana ?
- J'ai pas eu le temps. - Alors...
Prends des serviettes propres et astique l'argenterie.
Mais fais-le bien, avec le produit !
- Je veux pas voir tout ça. - Stefania !
À qui sont ces valises ?
Je dois faire quoi de ça ?
"Ô Voyageur, de ces terres lointaines,
"quels présents me portez-vous ?"
"Madame...
"je vous porte les fleurs parfumées du jardin,
"les plus précieuses étoffes d'Orient...
"et une valise pleine de bonheur !"
- Tommaso ! - Grand-mère !
Mon chéri ! Laisse-moi te regarder !
- Tante Luciana ! - Que tu es beau !
Voyageur, porte tes valises à l'étage.
- Le bonheur pèse ici. - Justement, porte-les toi-même.
"On l'emmène à l'hôpital !"
Et Loredana : "C'est rien, elle fait un caprice."
Luciana, c'est ton quatrième verre.
Je ne les compte pas.
Comment sont les nouveaux packagings ?
Je te les montre dès qu'ils sont prêts.
Rappelle-toi ce que disait Nicola :
"Pour les pâtes, d'abord la qualité, mais ensuite la beauté".
Il avait toujours raison.
Surtout maintenant, avec la concurrence.
Pour être compétitif, notre marque...
Je t'en prie !
Tu veux nous donner des leçons de marketing ?
Non !
Laisse-les manger ! Elles sont si belles !
Encore un peu, et elles nous mangent, nous aussi !
C'est signe de santé. Tu étais comme eux.
Merci.
Elles sont grosses.
C'est vrai qu'elles pèsent le double de l'année dernière.
- Elles maigriront en grandissant. - Pas elles.
- Elles sont grosses. - Et tes pilules pour le diabète ?
Oncle disait toujours que les gens grossissent...
pour montrer qu'ils ont des sous !
Papa, ne vous fâchez pas. Un peu de ventre, ce n'est rien.
Ne m'appelle pas "papa" ! Tu sais que ça m'agace.
Tu n'es pas mon fils.
Cinq !
Qu'est-ce que tu as fait, cette nuit ?
C'est ça, c'est ça !
Je ne te crois pas.
Fais gaffe, imbécile !
Mais non, pas toi.
Une dingue a failli m'écraser.
Je te rappelle.
Ce n'est pas à vous que je parlais...
Tu es pressé de repartir, pas vrai ?
Attends au moins qu'on signe les papiers chez le notaire.
Et ce dîner avec les Brunetti, tu sais que papa y tient.
Il veut te présenter à ses nouveaux associés.
Justement...
Je voudrais faire un petit discours à ce dîner.
- Il y a 3 choses que tu ignores. - Trois ? C'est tout ?
Commence par la première.
Je n'ai jamais fait de fac d'éco.
- J'ai une maîtrise de lettres. - Ensuite ?
Je veux devenir écrivain.
- Toi, écrivain ? - Pourquoi pas ?
J'ai déjà écrit un roman et j'attends la réponse d'un éditeur.
Mais c'est pas le plus important.
Le plus important, Antonio...
c'est que je suis gay.
Tu ne dis rien ?
Pour dire quoi ?
Tu te rappelles mon copain de primaire, Sasà ?
Je suis gay depuis Sasà.
On a jamais joué aux petites voitures.
T'y as jamais pensé ?
Non, jamais.
Mais tu es obligé de leur dire ? Tu les connais, non ?
Retourne à Rome,
fais ta vie cool, écris...
- Et ni vu ni connu. - Et la signature chez le notaire ?
Papa veut qu'on devienne associés.
Eh bien, signe. Où est le problème ?
Je veux pas de cette responsabilité.
Tu sais quoi ? Jeudi soir, au dîner,
je balance tout devant tout le monde.
Devant ce... Brunetti.
C'est une vraie commère.
Pourquoi devant tout le monde ?
Si je le dis devant tout le monde, papa me virera.
Je fais mes valises,
la boîte est à toi,
et je suis libre.
J'ai pas le choix.
Et s'il te vire pas ?
Je lui présente Marco.
Passe !
Et s'il accepte Marco ?
J'écris un roman de SF !
Au voleur !
À l'aide ! Au voleur !
Au voleur !
- Quoi ? - T'as entendu ?
- T'inquiète pas. - Le voleur est de retour ?
C'en est un autre, pas celui d'il y a trois ans.
Retourne te coucher.
Le voleur est revenu cette nuit.
C'est la troisième fois, ce mois-ci.
Si ça ne tenait qu'à elle, il viendrait toutes les nuits !
T'en as du culot ! Pas toutes les nuits...
Jour et nuit, oui !
Bonjour.
Je peux avoir un café ?
Je devrais arrêter de dormir la fenêtre ouverte.
Tu ne connais pas mon père.
Quand il saura que je suis pédé,
ça sera le bordel ici.
Mais je m'en fiche, j'ai déjà fait mes valises.
On s'en fout ! Ta vie est ici avec moi.
Tu as raison. Marco...
Je peux te dire un truc ?
- J'ai de la chance de t'avoir. - De la chance ?
Oui.
Quelle aurait été ma vie sans notre rencontre...
Si je n'étais pas allé à ce brunch.
Moi aussi, j'y pense. Mais je m'exprime pas aussi bien.
- Tu me rappelles tout à l'heure ? - Bien sûr...
Ou alors...
je partirai cette nuit et j'arriverai avant ton réveil.
Je m'assiérai près du lit
et je te regarderai dormir.
- Alors, je laisse du café au chaud. - D'accord.
Si je ne pars pas, je t'appelle ce soir.
Salut.
Alors le flic dit : "Mais moi, je sais pas conduire,
"c'est un collègue pédé qui a piqué le levier de vitesse !"
- Compris ? "Le levier de vitesse" ! - J'ai compris, Salvatore.
Il croyait que la voiture n'avait pas de levier !
Ça va, j'ai compris.
Elle est bien bonne !
Tommaso, viens !
Je te présente Alba, la fille de M. Brunetti.
Notre nouvelle associée.
- Salut. - Enchanté.
On jouait ensemble quand on était petits, tu as oublié ?
Désolé.
C'est rien, je me souviens pas non plus.
- Viens, je te présente M. Brunetti. - Jolies chaussures.
Raffaele, voici mon fils Tommaso.
Ravi de te connaître.
Ces jeunes, l'avenir de l'entreprise !
Bonsoir.
Oui, bonsoir ! C'est moi, ta belle-sœur.
Lunettes, lentilles, chirurgie... et rien ?
Tu as déjà deux verres à la main.
Servez-vous, je vous en prie.
Stefania, tu as entendu la blague de Brunetti
sur le flic qui ne trouve pas le levier ? On en rit encore !
- Non, raconte. - Raffaele...
Je vous préviens, mesdames, elle est un peu vulgaire.
Moi, ça m'a fait rire !
- C'est un policier... - Une tapette !
Salvatore, laisse-le parler.
Ce policier prend la voiture tous les soirs...
- Il croyait que le levier... - Laisse-lui le temps de parler.
Si vous voulez l'entendre, sinon...
- Je vous en prie ! - Allez-y !
Continuez.
Ce policier prend la voiture tous les soirs...
Toujours la même, c'est important pour la blague.
Excusez-moi.
- Excusez-moi, tous... - Pardon, écoutez-moi.
- Je voulais dire... - Pardon, Tommaso.
- J'ai une histoire à vous raconter. - C'est pas la peine.
Celle d'un garçon qui a toujours fait ce que ses parents voulaient,
sans jamais dire ce qu'il voulait ni qui il était vraiment.
Car ce garçon avait un problème,
vous appelleriez ça un "défaut" :
Il aimait les garçons.
C'est quoi, cette blague ?
T'as jamais su raconter, t'es pas drôle.
Ce garçon a caché ses tendances pendant des années.
Il a même eu des copines pour faire comme les autres.
Mais un jour, à l'usine où il travaillait,
il s'est trouvé un ami.
Un ami spécial
qui le comprenait, parce qu'il était comme lui.
Ils se voyaient souvent,
mais notre ami a eu peur,
peur des ragots,
qu'on découvre son secret.
Alors, il a renvoyé Michele de l'usine.
Vous vous souvenez de Michele ?
L'ouvrier spécialisé qui contrôlait les mélanges ?
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