L'Évadé : L'étrange affaire Carlos Ghosn
Le prime 200 righe.
… Carlos Ghosn, ex-PDG de Nissan, est en cavale.
… et l'ancien patron de Nissan, Carlos Ghosn,
assigné à résidence au Japon…
Il s'y serait rendu dans une malle pour instruments de musique.
130 jours en prison.
En isolement.
Entravé par des menottes
et une laisse autour de la taille.
Je n'avais plus l'impression d'être un homme.
Au Japon, si vous vous faites arrêter,
votre vie est terminée.
C'est Carlos Ghosn lui-même qui a trahi ma confiance.
Il est passé du statut de sauveur
à celui de criminel présumé.
Que s'est-il passé ? C'est la grande question.
La réponse est l'argent.
Je n'avais pas signé pour ça.
Je n'avais pas signé pour être impliqué
dans un étrange complot international,
surtout au Japon.
Tout me montrait que je n'allais pas être traité équitablement.
C'était très simple d'en conclure
que j'allais mourir au Japon ou que je devais m'enfuir.
Bonjour.
Bonjour.
Bonjour. Bienvenue.
Sachez juste que je suis actrice.
Mon texte reprend les entretiens
avec les plus proches assistants et conseillers RP de M. Ghosn
qui ont travaillé des années avec lui et qui, pour diverses raisons,
ont refusé de participer à ce documentaire.
Concentrons-nous sur les faits.
Tout a commencé en 1996 à Paris quand on a fait appel à M. Ghosn
pour aider à sauver le cher groupe automobile français Renault.
En 1996,
je cherchais un adjoint chez Renault.
Et je cherchais aussi un successeur.
J'ai donc contacté Carlos Ghosn,
qui est venu dans mon bureau.
Il était évidemment brillant et remarquable.
J'ai tout de suite su que c'était lui que je voulais.
À l'époque, Carlos Ghosn était libanais. Il n'était pas français.
Je lui ai dit que ce serait bien
qu'il obtienne la nationalité française,
car je trouvais important que le PDG de Renault soit français.
En arabe, notre nom, c'est Ghossone,
mais en français, c'est dur à dire.
Ou alors il faudrait dire
G-H-O-S-S-O-N-E pour l'avoir correctement,
mais non, alors c'est devenu Ghosn.
Oui, j'adore cette photo.
C'est tout lui.
Avec les moines.
Très sérieux.
Bon sang ! C'est…
C'était il y a très longtemps.
Pour nous, c'était un magicien.
C'est vraiment le frère qu'on voudrait tous avoir.
C'était un défi de travailler avec M. Ghosn,
car il me disait toujours :
"Envoyez-moi quelque chose, je vous dirai s'il y a une erreur."
J'ai toujours dit que j'étais celui qui nettoyait la cage du lion au zoo.
On doit se montrer très respectueux,
mais surtout pas apeuré.
Un constructeur automobile, c'est une grande horloge pleine de pièces.
Ghosn les a inspectées une par une.
"Ajustez ceci. Ajustez cela. Ajustez…"
Des milliers de pièces.
Il a analysé chaque fonction chez Renault
en disant : "L'année prochaine, vous avez trois engagements à tenir.
"Si vous ne les tenez pas,
"j'aurai vos roubignoles."
Les médias l'avaient surnommé "le tueur de coût".
Vous voyez ? Comme s'il suffisait juste
de virer des gens, de fermer des usines et de réduire des choses,
mais la croissance ne se réduit pas à ça.
Alors, oui, 3 000 personnes ont perdu leur emploi,
mais grâce à M. Ghosn, en deux ans,
Renault avait épongé sa dette et faisait des bénéfices.
Plus de 12,5 milliards de francs.
À l'époque, Renault avait fait un important volte-face,
mais on se sentait trop petit, trop dépendant de l'Europe.
On en a donc conclu qu'il fallait établir une alliance
avec un autre constructeur automobile,
et ce constructeur devait être asiatique.
Soit coréen, soit japonais.
Je pariais l'avenir de Renault
sur le succès de l'alliance Renault-Nissan.
J'ai déclaré publiquement que je n'aurais jamais conclu cet accord
si je n'avais pas eu un homme comme Ghosn pour diriger l'entreprise.
On avait peur, oui.
On se disait : "Quoi ? Le Japon ?
"On n'a rien en commun.
"Ni la langue, ni… On ne sait même pas dire bonjour.
"On ignore tout."
J'ai demandé s'il était sûr d'aller au Japon.
Et dès le début, il a dit : "Si j'échoue, c'est fini."
À l'arrivée de M. Ghosn, c'était le chaos.
Nissan était fauché, incapable de faire de nouvelles voitures
ou de produire des modèles populaires.
M. Ghosn a endossé la responsabilité,
en quelque sorte, de reconstruire Nissan.
Nissan, au moment de l'investissement de Renault,
avait 20 milliards de dollars de dettes
et était quasi insolvable.
USINE DE MURAYAMA
J'étais sceptique, tout en restant ouvert d'esprit,
mais personne, dans l'industrie automobile,
ne pensait qu'il réussirait.
Appeler ça une alliance,
ça implique une certaine égalité,
mais ce n'était pas une alliance.
Renault était au-dessus, et Nissan, en dessous.
Ce n'était ni une fusion, ni une union.
Renault avait investi.
Ils contrôlaient Nissan.
UNISSONS NOS FORCES.
C'était très surprenant
qu'une entreprise comme Nissan
fasse venir et accepte un PDG étranger.
Oui, très surprenant.
En tant que journaliste économique, j'avais également l'impression
que le Japon était renversé par un autre pays.
J'avais l'impression qu'on avait perdu la guerre
et qu'on était occupés.
Ça va ? Konnichiwa.
J'avais compris qu'accepter un étranger en tant que président
d'une telle société, c'était comme perdre la guerre,
car on avait perdu la guerre économique.
Il a lui-même visité les usines à travers le Japon.
Il voulait avoir l'air amical, concerné et généreux
envers ses employés,
pour montrer
qu'il n'était pas du genre à renvoyer du monde inconsidérément.
Beaucoup de défis.
Pour fortifier l'entreprise au fil des jours et des semaines.
Et le succès de l'entreprise est soutenu par vos efforts.
Je me demandais
si cet homme d'âge mûr était aussi révolutionnaire que ça.
C'était ma première impression.
À l'époque, il était petit, il avait le crâne dégarni
et il portait des lunettes démodées.
En ce sens, il semblait n'avoir aucun lien
avec la France, un pays très chic.
Pour que le plan de relance de Nissan
soit un succès,
il faut avant tout…
… surtout si on considère que Nissan a des bases solides pour se relever.
M. Ghosn était déjà connu
pour avoir réduit les coûts chez Michelin et Renault.
Les employés de Nissan
craignaient donc de perdre leur emploi.
Ce qui signifie une réduction de 21 000 personnes,
ou 14 % de l'emploi total.
Après l'arrivée de Ghosn,
j'avais pour tâche de licencier du personnel.
SUPPRESSION DE 21 000 POSTES
Il donnait des instructions et établissait des chiffres à atteindre
qu'il était impossible d'atteindre avec nos méthodes de travail.
Arrêtez la fermeture des usines !
Arrêtez la fermeture des usines !
Arrêtez le complot Renault-Nissan !
Mais si quelqu'un se plaignait,
il était renvoyé.
Surtout si les plaintes étaient contre Ghosn.
Du point de vue des relations publiques,
disons que c'était un sacré défi
de donner un sens positif au licenciement de 21 000 personnes.
Il fallait que M. Ghosn les charme.
- Bonjour, M. Ghosn ! - Ça va bien ?
- Enchanté. - Enchantée. Je suis Yuko Ando.
- Enchanté. - De même.
- Vous êtes bien matinale. - Oui.
Quand j'ai rencontré M. Ghosn pour l'interviewer,
il était sûr de ne pas échouer.
Il lui reste 15 minutes,
personne n'est arrivé, il peut travailler seul
sans personne pour le déranger.
Il consulte ses e-mails.
Il était sûr à 100 % de réussir.
L'échec ne lui a jamais traversé l'esprit.
Mesdames, messieurs,
je vous remercie d'avoir pris le temps de venir.
Aujourd'hui, je suis fier d'être libanais.
Un pays qui m'a soutenu dans les moments difficiles.
J'étais cadre débutant
quand il est arrivé chez Nissan.
J'ai travaillé pendant 19 ans pour lui et avec lui.
C'était un bon dirigeant, très fiable et très crédible.
Et charismatique, évidemment.
Nous n'étions pas très proches sur le plan personnel.
Mais c'était un bon patron. Un excellent patron.
C'est vous, le gros bonhomme. La technologie, les vibrations…
… merci d'être venus.
- C'est bon. - Oui ?
Préserver l'identité de Nissan
et la maintenir séparée de Renault était vraiment, je trouve,
une idée de génie.
Ça aurait échoué, sinon.
Ghosn avait très bien compris
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