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'LE CHEVALIER DU STADE'
Mesdames et messieurs, monsieur Roy J. Turner,
gouverneur de l'Oklahoma.
Mesdames et messieurs, nous voilà réunis ce soir
pour exprimer notre fierté et célébrer un des fils de l'Oklahoma.
Mais pour lui faire justice, je renonce à l'honneur
de le présenter moi-même,
et j'appelle un grand homme dont nous sommes aussi très fiers,
même s'il ne vient pas de l'Oklahoma.
Permettez-moi de vous présenter une étoile du monde du sport
quelqu'un que nous aimons tous : Pop Warner.
Merci, M. le gouverneur, Mme Turner, mesdames et messieurs.
Je suis bien sûr très honoré de faire cette présentation.
En effet, cet événement est particulièrement important pour moi.
Je suis très fier et très heureux.
Cinquante ans, ce n'est pas rien.
Beaucoup d'événements passionnants et de gens ont connu un moment de gloire.
Ce soir, nous célébrons un homme dont la gloire a duré plus d'un instant,
un homme qui, au cours des cinquante dernières années,
s'est fait à jamais une place dans nos cœurs.
En cette occasion mémorable,
je ne peux m'empêcher de repenser à ce jeune Indien
qui grandit dans une réserve.
Durant sa jeunesse, il parcourait les bois avec son père en chassant et en pêchant.
ÉCOLE INDIENNE RÉSERVE DES SAC AND FOX
Un jour, il se retrouva obligé d'aller à l'école,
cette institution effrayante des hommes blancs.
Mais le jeune Thorpe ne supportait pas l'idée d'être enfermé entre quatre murs.
Son père l'avait laissé devant la porte d'entrée,
et Jim s'enfuit immédiatement par l'arrière.
Puis, avec la grâce sauvage d'un jeune cerf,
il retourna chez lui en courant.
Oh, grand-mère.
Jim.
Notre fils est à l'école, Charlotte.
Cette fois, je pense qu'il y restera. Je l'ai emmené assez loin...
- Jim, comment es-tu revenu ? - Il a couru.
Tu as fait 23 km en courant ?
Seulement 12, papa. Je suis passé par les collines.
Tu as entendu, Charlotte ? 18 km à travers les collines.
J'espère qu'il s'est amusé, parce qu'il retourne à l'école demain.
Je m'enfuirai.
Tu es son père.
C'est toi qui lui as appris ce qu'il aime faire.
Maintenant, explique-lui quel est son devoir.
Jim !
Jim !
Tu vas retourner à l'école.
- Non ! - Viens ici !
Je ne t'ai jamais fouetté, Jim. Je ne vais pas commencer maintenant.
Viens.
Regarde tout ça.
Qu'est-ce que tu vois ?
Une piste de coyote là où j'ai mis mes pièges.
Quoi d'autre ?
Le peuplier creux où niche le hibou.
Trois buses qui volent au-dessus d'un agneau mort.
Vois-tu des champs dorés de céréales ?
Vois-tu des troupeaux gras qui paissent dans la prairie ?
- Non. - Exactement.
Tu ne vois que le monde d'un petit garçon.
C'est tout ce que tu verras dans la réserve.
On t'octroiera un terrain et tu resteras assis enveloppé dans ta couverture.
Ou alors, tu peux essayer de faire quelque chose.
Devenir quelqu'un.
Qui ça, papa ?
Qui tu veux, mon garçon.
Tout est dans les livres et les livres sont dans les écoles.
Mais je n'aime pas l'école.
Il faut changer, Jim, c'est pour ton bien.
Il faut laisser l'homme blanc t'enseigner ce qu'il sait.
Rapidement, tu entreras dans le monde
la tête pleine de connaissances, et ton peuple sera fier de toi.
Tu veux que je m'en aille ?
Non. Je préférerais que tu restes avec moi.
Mais je sais que c'est ce qu'il faut faire. Et ce n'est pas tout.
Quoi, papa ?
Si quelqu'un veut obtenir quelque chose de toi, il ne l'aura pas en te fouettant.
Dix-huit kilomètres.
Une belle course, mon garçon !
Le garçon obéit à son père et retourna à l'école,
mais il ne parvint jamais à accepter
son nouveau mode de vie.
Cumberland Valley, en Pennsylvanie,
abritait la célèbre université indienne de Carlisle.
Il y venait des jeunes gens de toutes les tribus de la nation.
Shawnee, Cherokee, Sioux, Blackfeet, Cheyenne et Chippewa
qui pour certains parlaient à peine anglais.
Mais tous étaient impatients de se préparer à une nouvelle vie.
CARLISLE UNIVERSITÉ INDIENNE
Jim avait promis à son père de terminer ses études,
aussi se retrouva-t-il à Carlisle
pour tenir sa promesse. Mais il se sentait toujours perdu.
CARLISLE UNIVERSITÉ INDIENNE
Jeune homme déchiré entre l'idée de discipline et d'enfermement
et son amour des grands espaces.
"TOUS LIBRES ET ÉGAUX POUR JOUIR DE NOS
DROITS INALIÉNABLES" BRIG. GÉNÉRAL R.H. PRATT - PIONNIER
GLENN S. WARNER - Directeur sportif
À l'époque, j'étais entraîneur à Carlisle
et j'enseignais aux Indiens tout ce que je savais des jeux des Blancs.
C'était agréable, mais pas évident.
Si je ne travaillais pas, je traînais dans le campus
à la recherche de graines de champions.
- En voilà d'autres. - Donne-leur chacun une copie.
Apprenez ça pour demain matin, compris ?
Venez par ici. En voilà une pour vous.
Vous, le nouveau. Venez en prendre une.
Hé, vous.
Oui, vous. Venez par ici.
Une minute.
Comment vous appelez-vous ?
- Jim Thorpe. - Vous avez un nom indien ?
- Wa-tho-huck. - Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Chemin Lumineux. - Chemin Lumineux, hein ?
Dis-moi, Chemin Lumineux, tu connais l'hymne de l'université ?
- Non. - Non, monsieur.
Alors, voici les paroles.
Apprends-les par cœur pour pouvoir nous les chanter demain matin.
Une minute, Chemin Lumineux. Est-ce que tu parles indien ?
Oui.
Récite-nous le discours de Gettysburg en indien.
- Je ne peux pas. - Vraiment ? Bien.
Parce que le discours de Gettysburg,
ça se récite en anglais. On ne parle pas indien, ici.
- Salut, Pete. - Salut.
C'est quoi ? Un footballeur en herbe ?
À en juger par son attitude, c'est même pas de la graine de Carlisle.
- Tu as déjà joué au football américain ? - Qu'est-ce que c'est ?
Qu'est-ce...
- Tu ne sais pas ce que c'est ? - Non.
Eh bien, Chemin Lumineux, c'est un jeu de Blanc
qui se joue avec une peau en cuir, un peu comme ta valise.
Le but de ce jeu est de prendre la peau en cuir
et d'essayer de l'amener en courant derrière M. Denny et moi.
Allez, le nouveau. Passe derrière eux.
Désolé, Chemin Lumineux, mais c'est ça, le foot. C'est un jeu violent.
Le petit Indien a beaucoup à apprendre.
À votre tour d'essayer.
- D'essayer quoi ? - De me dépasser.
Laisse tomber, Jim. T'auras ta chance l'an prochain.
Essayez !
Dites, c'était pas mal. Venez rencontrer Pop Warner.
- Bonjour. - On m'a envoyé partager votre chambre.
- Oui. Entre donc. Je m'appelle Ed Guyac. - Jim Thorpe.
Et cet aborigène sauvage, c'est Petit Garçon à la Démarche d'Ours.
C'est long à dire, alors je l'appelle juste Petit Garçon.
Ne dis pas hau. Qu'est-ce que je t'ai appris ?
Salut.
C'est un Chippewa pur sang. Son père est chef.
Rien de tel qu'un aristo pour partager sa chambre.
- Et toi, d'où viens-tu ? - D'Oklahoma. Je suis Sac and Fox.
Moi je suis Mohawk. "Peau-Rouge malin de New York."
"Étudier le droit, gagner des wampum, lever l'hypothèque sur le tipi."
- Et toi ? - Moi ?
Qu'est-ce que tu vas devenir ?
Tu sais, médecin, avocat, chef indien, riche, pauvre...
Je ne sais pas.
Eh bien, tu es au bon endroit pour le découvrir.
- Ton lit est là. - Merci.
D'ailleurs, tu peux prendre celui-ci si tu veux. Petit Garçon ne l'utilise jamais.
- Lit trop mou, rend Petit Garçon trop mou. - Mou ! Écoute-le !
Cent kilos d'os.
Ces indigènes, je ne m'y ferai jamais !
Il faut se lever quand un étudiant de 3ème année arrive.
Oui, monsieur.
Allez voir l'intendant pour recevoir votre uniforme de cadet.
Il devra être impeccable pour l'inspection quotidienne.
Il faudra aussi remplir ces formulaires en indiquant vos matières préférées.
Ce lit est mal fichu.
Il devra être toujours fait si vous voulez rester.
Je ne suis pas sûr de continuer.
UNIVERSITÉ INDIENNE DE CARLISLE MATIÈRES
ALGÈBRE I, II - GÉOMÉTRIE I, II, III ANGLAIS I, II - LITTÉRATURE ANGLAISE
UNIVERSITÉ INDIENNE DE CARLISLE EMPLOI DU TEMPS - JIM THORPE
Jim avait de la difficulté à étudier.
Il travaillait jusque tard pour ne pas prendre de retard
et s'endormait souvent sur ses livres,
l'esprit agité et troublé.
Quand il n'en put plus, il se mit à courir.
Et là encore, la joie purement physique de la course le soulagea.
À vos marques.
Prêts.
C'est qui, celui-là ?
Partez !
Ou il me faut une nouvelle montre, ou nous avons un nouveau coureur.
Vous êtes Jim Thorpe ?
- Oui. - Enchanté, Jim. Je m'appelle Pop Warner.
Je peux m'asseoir ? Je voudrais vous parler.
Allez-y.
Beau spectacle que vous nous avez montré, ce matin.
- Spectacle ? - Vous ignorez ce que vous avez fait ?
Vous avez couru le deux cents mètres en 23 secondes, tout habillé.
Pourquoi ne vous êtes-vous pas inscrit dans l'équipe ?
Je n'y avais pas pensé.
Vous courez pour faire de l'exercice, c'est ça ?
Je ne sais pas vraiment pourquoi.
Vous ne vous plaisez pas ici, hein ?
- Non. - Alors pourquoi êtes-vous là ?
J'ai fait une promesse à quelqu'un. Il est mort.
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