Carnets d'un combattant kurde

Carnets d'un combattant kurde

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Carnets D Un Combattant Kurde (2006) Z2
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公開日: 2016-10-20
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最初の200行です。

Depuis 4 ans, j'ai pris le nom d'Akif.

En 1980, quand le peuple kurde s'est révolté pour la 29e fois,

j'avais 7 ans.

Cette fois, ce n'était pas une révolte "locale".

C'était la guerre.

Le PKK engageait la libération du Kurdistan de Turquie.

25 ans déjà.

Plus de 35 000 morts.

De nombreux villages détruits par l'armée turque.

Plus de 3 millions de personnes déplacées.

Nous, nous avons suivi notre père en Allemagne.

Durant toutes ces années, je n'avais qu'un rêve,

partir dans les montagnes.

En 1999, je deviens enfin combattant pour la libération de mon pays.

Apo, notre président, venait d'être emprisonné.

Il avait ordonné le cessez-le-feu

et le repli de nos troupes dans les montagnes du nord de l'Irak,

dans le massif du Qandil.

Toutes les camarades aiment le feu.

Dès qu'il y a des braises,

je joue avec sans arrêt.

Même contre 2 sacs de blé, je ne résisterais pas.

Tu pourrais, toi ?

Pour moi, le feu et la montagne ont la même signification.

La liberté.

Quelque chose de difficile à saisir.

C'est seulement dans les montagnes

que j'ai compris ce qu'est la liberté.

À notre arrivée, le commandant nous a dit :

"Bienvenue dans notre petit Kurdistan libre."

J'ai pleuré et j'ai embrassé la terre.

Pour la première fois de ma vie,

je me sentais libre dans mon pays.

Comme j'ai pu être sentimental, dans les 1re pages de mes carnets.

Je me prépare pour un nouveau voyage.

Avec un groupe de camarades,

nous nous rendons au camp de Kani Cenge.

Un camp situé à quelques km de la frontière turque.

Nos forces spéciales s'y préparent

à entrer au Kurdistan du Nord, le pays pour lequel nous combattons.

On peut faire du feu la nuit ?

- C'est interdit ? - Mais on peut.

- Normalement, c'est interdit ? - Oui.

Tes amis t'appellent comment ?

Akif l'Anglais.

Comment dit-on "heval", en anglais ?

- "Genosse", en allemand. - Comrade.

Quelle lune magnifique.

- C'est agréable, pour marcher. - Elle va disparaître.

Pas avant minuit, c'est une demi-lune.

Le groupe est composé de deux femmes, Özgür et Slav,

et de deux hommes, Siyar et Aram.

Par chance, Siyar, le chef, ne se prend pas trop au sérieux.

Slav vient d'Europe. Comme moi, elle a grandi en Allemagne.

Je suis heureux qu'elle soit là.

On se chamaille sans cesse sur nos conceptions de la liberté.

Je rejoins ce groupe dans d'étranges circonstances.

Un Européen que des amis connaissent

vient d'arriver à Qandil pour faire un film sur nous.

Je suis désigné comme guide et traducteur.

J'ignore encore ce qu'on attend de moi.

Il me demande si nous, les Kurdes d'Europe,

sommes accueillis différemment ici.

Les camarades

ont-ils essayé de te protéger,

ou n'ont-ils fait aucune différence ?

Avec moi, pas de différence.

Je ne me suis jamais senti vraiment allemand.

Je suis venu pour retrouver mes racines kurdes.

J'avais 13 ans

quand je suis entrée au parti.

Je n'étais qu'une enfant.

C'était une vraie nécessité

dans mes projets de vie.

Tout m'a poussée à entrer au parti.

C'est beau, de vivre dans la nature.

J'y vis pleinement

une idéologie.

C'est pour elle que je veux travailler.

Vous croyez à la liberté ?

Oui.

Moi aussi.

Mais pas maintenant.

Même ici, la liberté est limitée,

on est une organisation militaire,

on ne peut pas être totalement libres et en paix.

Mais on fera tout pour la liberté et la paix.

Je pense qu'on va bientôt rencontrer des difficultés.

Ils vont peut-être exiger qu'on dépose les armes.

Croire au pouvoir des armes, c'est important.

Le monde est si beau.

Mais ce qu'il y a de plus beau,

c'est là où il existe un espoir.

Ici, il y a un espoir.

Pas seulement pour les Kurdes. Pour le monde entier.

Si les 5 000 militants du PKK ne deviennent pas irakiens,

ils devront quitter la zone et le pays.

La Turquie est priée de leur garantir l'amnistie

pour les convaincre de déposer les armes et de se rendre.

Les Américains

ont demandé à la Turquie

d'établir la "loi du Repentir".

Les questions de sécurité

inquiètent la Turquie.

L'Amérique s'opposera à toute activité du PKK-KADEK

qu'elle considère comme un groupe terroriste.

Pour le PKK, la seule alternative

est de déposer les armes et de se rendre.

C'est pour nous impressionner.

Tu as peur de la prison ?

Ma peur,

c'est qu'on m'empêche de m'exprimer.

De ne pas avoir la force de résister.

J'ai peur de faire preuve de faiblesse,

d'être incapable de défendre notre cause,

d'être politiquement morte.

On a surmonté la peur de la mort physique.

On s'y est habituées.

Face à la police,

c'est de moi que j'ai peur. Suis-je capable de résister ?

Quand je vois des instruments de torture électriques,

je n'ai pas peur, je me demande juste

si je serai capable de tenir le coup.

On était en prison, après une attaque,

tout le monde était blessé mais on continuait à plaisanter.

On se disait :

"T'as vu celle-là ?" ou bien : "T'as vu les gardiens ?"

Un jour, j'ai tiré un gardien par la cravate.

Il était presque à l'agonie. Il m'a mordu la main.

J'étais allongée, j'ai agrippé sa cravate

et je l'ai tiré vers moi.

Il avait peur que je l'étrangle. Il m'a mordue.

On m'a dit qu'il m'avait presque arraché la main.

Je me suis évanouie.

J'ai cru que j'étais morte, que j'étais une martyre.

J'ai pensé : "Je peux pas mourir sans crier le slogan."

J'ai crié : "Vive le président Apo." Une amie m'a dit : "Tu vis !

"Tu n'es pas une martyre."

J'étais contente.

Un jour,

il y a eu une rafle de l'armée turque.

Je me suis cachée sous un rocher.

Dans un petit trou. Mes pieds dépassaient.

Le rocher était gros mais la cavité minuscule.

Je pouvais cacher mon corps mais pas mes pieds.

Les soldats quadrillaient le secteur, à notre recherche.

Ils examinaient chaque pierre, chaque arbre.

Un soldat est monté sur le rocher

qui me servait de cachette.

Il a dû voir mes chaussures. J'ai levé la tête.

J'entendais sa voix tout près.

J'ai levé la tête pour le regarder.

Nos yeux se sont croisés.

Il avait des yeux verts.

Il était blond.

On était là, les yeux dans les yeux.

On est restés à se regarder pendant une bonne minute.

Il n'a fait aucun geste vers son arme. Moi non plus.

Il a crié à son commandant :

"Il y a personne, ici !"

Et il est parti.

J'ai vu les soldats turcs un peu différemment, ensuite.

Tu devrais laver ton écharpe.

C'est vrai ?

Tu n'es plus cuisinier, tu es devenu traducteur.

Tu devais rejoindre la frontière mais tu es toujours là.

Akif, on te parle comme ça parce qu'on est tes amies.

Il faut que tu te douches aussi.

On peut te charrier, on est tes amies.

Vous avez un sens très personnel de la diplomatie.

La diplomatie anglaise n'a pas cours ici.

Camarade Siyar a décidé de remettre le départ à demain.

On attend les autorisations pour Özgür et Slav.

Avant l'arrivée de nos amis, j'étais de corvée de cuisine.

Je me tapais tout le sale boulot.

J'avais les ongles tout noirs.

Et ils le sont encore.

- Mes détracteurs m'appellent... - Akif l'Anglais.

Qu'ils meurent, tes détracteurs !

Mais tout le monde t'aime, ici.

6 mai.

Nous partons

après une nouvelle nuit blanche.

À 3 h du matin, l'alerte nous a poussés dans les grottes.

Cette fois encore, les avions ne nous étaient pas destinés.

Encore des avions américains se dirigeant vers Bagdad.

Nos camarades kurdes d'Irak ont enfin retrouvé leur liberté.

Alors que pour nous, les "terroristes du PKK",

la fin du régime de Saddam fait grandir la menace américaine.

Pourtant, nous ne revendiquons ni indépendance ni autonomie.

Juste que les 25 millions de Kurdes de Turquie

soient reconnus par la constitution turque.

- Tu suis quelle formation ? - Surtout politique.

Les armes, pas trop.

Arrêtez un peu de bavarder. Il faut partir.

On est de vieilles amies.

Elle vient de Mahmur.

- Vous vous êtes connues où ? - Dans la montagne.

C'était la plus jeune du groupe.

Elle a grandi, non ?

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