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MAKHMALBAF FILM HOUSE
et FABRICA CINEMA présentent
LE TABLEAU NOIR
De Samira Makhmalbaf
- Saïd ! - Oui ?
Merci pour ton eau.
- Mais tu as tout bu ! - J'avais soif. Excuse-moi.
C'est pas grave.
Où es-tu allé hier ?
Je suis allé à Dezlé.
Pourquoi ?
Pour chercher des élèves.
Mais pas de chance,
je n'ai rien trouvé.
Je suis resté trois jours.
- Tu fumes ? - Non, merci.
Je ne fume pas.
T'as donc pas trouvé d'élèves ?
Pas un seul.
Mon père m'avait pourtant bien averti.
Je ne l'ai pas écouté
et là,
je regrette vraiment.
- T'as étudié longtemps ? - Deux ans.
En deux ans t'es devenu instituteur ?
C'est que j'ai travaillé dur.
- Tu aimes être instituteur ? - Pas vraiment.
Pourquoi ?
Je cherche depuis trois jours et je ne trouve rien.
J'ai pas écouté mon père.
Il t'a dit quoi ton père ?
De devenir berger.
J'ai pas réussi.
Il est parti.
Levez-vous.
Dépêchez-vous !
Et ta femme ?
De retour de Téhéran, on a eu une dispute
à propos du médecin.
Sa famille a insulté ma famille. La mienne a répondu.
Alors son père l'a emmenée avec lui.
Dépêche-toi. Il faut le camoufler.
Il y a trois mois
qu'elle est rentrée chez son père.
Elle m'a laissé trois enfants dont un bébé.
Je lui ai cherché une nourrice.
J'ai vu une centaine de familles
pour en trouver une.
Par conséquent
il a bu le lait de plusieurs femmes et même de vaches.
Il ressemble à une centaine de femmes.
Il a les yeux de l'une et les oreilles de l'autre.
Et puis il est malade.
Maintenant je parcours les villages
pour trouver un élève et en faire un docteur.
On n'aurait pas besoin d'aller à la ville.
S'il y avait un docteur au village voisin
ce serait plus simple.
- Tu en feras un docteur ? - Oui.
- Vous prenez quel chemin ? - Celui de droite.
Il est bien dangereux.
- Tu vas par où ? - Par là.
Mais c'est très dangereux.
Attends.
Je vous répète que c'est dangereux.
Votre chemin est encore pire.
Non, c'est le vôtre le plus dangereux. Au revoir.
- Tu vas où maintenant ? - Au village.
- Je viens avec toi ? - Si tu veux.
Si on y va ensemble, tu crois qu'on trouvera des élèves ?
- Mais je viens pas. - Pourquoi ?
Je veux monter au sommet.
Tu peux trouver combien d'élèves ?
2 ou 3.
Alors, garde-les.
Moi je vais grimper là-haut.
Je n'ai pas de chance dans les villages.
Ma chance est là-haut.
Vas-y, toi, dans les villages. Je monte là-haut.
Au revoir.
Et fais bien attention.
Bonjour !
Bonjour.
Avez-vous une école dans ce village ?
Je ne sais pas.
Et un instituteur ?
Je ne sais pas.
Aucune idée.
Au revoir.
- Et excuse-moi. - Adieu.
Excuse-moi !
Attends une minute.
Quoi ?
Lis-moi cette lettre, s'il te plaît.
C'est quoi ?
Qu'est-ce qu'il écrit ?
Attends.
Cette lettre n'est pas en persan.
D'où vient-elle ?
Pour l'amour de Dieu, lis-la-moi.
C'est de ton fils ?
C'est pas du persan. C'est de l'arabe ?
D'où vient-elle ?
Elle vient d'Irak.
J'ignore si c'est de l'arabe, du turc ou du kurde.
C'est de mon fils.
Mais d'où ? Je n'arrive pas à la lire.
Il écrit qu'il est en bonne santé.
Il te salue.
Salutations réciproques.
Ensuite, il salue sa mère,
sa sœur, son père et son frère,
et sans doute ses oncles et ses tantes...
Attends.
Finalement il dit au revoir.
Mais comment il se débrouille ? Il a de l'argent ?
Attends voir un peu.
Je crois qu'il écrit
qu'il a un peu d'argent.
Des dinars irakiens.
Comment va-t-il en prison ?
Il va sûrement bien...
Il a dû écrire que vous lui manquiez.
À la fin, il dit au revoir.
Il ne dit pas quand il sera libéré ?
Au revoir.
Je ne sais pas.
Mais il sera libéré quand ?
C'est tout ?
Il sera libéré si Dieu le veut. Ne t'inquiète pas.
Au revoir.
Mon Dieu !
Jeune homme !
- Tu vas bien ? - Oui, merci.
Tu sais où sont les jeunes bergers ?
Là-haut. Par cette route, ou par là.
Les troupeaux montent par cette route ?
Écoute, je suis instituteur.
- Quoi ? - Je suis instituteur.
Que faites-vous ici alors ?
- Je cherche les enfants. - Allez-y donc.
- Mais où sont-ils ? - Ils sont là-haut.
Dis donc jeune homme, je te parle.
Mais enfin, ils sont là-haut.
- Quelle route dois-je suivre ? - Mais celle-ci.
Allez tout droit.
Tu sais écrire ?
Tu sais écrire ?
Lire et écrire ?
Non.
Tu aimerais apprendre ?
Ça sert à rien.
Montre-moi le chemin.
Le chemin, jeune homme !
Où vas-tu ?
- Jeune homme ! - Quoi ?
Le chemin ?
Par ici. Par-là. Par ici aussi.
Pas par ce côté-là ?
Je te parle !
- Jeune homme ! - Quoi ?
Indique-moi le chemin.
Je veux que tu m'indiques le chemin. Regarde-moi !
Fiche-moi la paix.
Y'a quelqu'un ?
Y'a quelqu'un ?
Il n'y a personne, ici ?
Ouvrez vos fenêtres. Répondez-moi !
Table de multiplication !
Venez apprendre à multiplier.
Une fois deux, deux.
Deux fois deux, quatre.
Madame !
Avez-vous besoin d'un instituteur ?
- Comment ? - Je suis instituteur.
Où sont vos enfants ?
Laisse-moi tranquille.
Je viens instruire vos enfants.
- Qui es-tu ? - Je suis instituteur.
- Tant mieux pour vous. - Je cherche des élèves.
Où sont les enfants ?
Va-t'en ailleurs.
Y'a quelqu'un ?
Y'a quelqu'un ?
Il n'y a personne ?
J'entends des voix pourtant.
Je viens de loin
pour apprendre à vos enfants
à lire et à écrire.
Je ne demande qu'un maigre salaire.
Je vous apprendrai à lire et à écrire des lettres.
En voilà des enfants ! C'est merveilleux. Approchez.
Arrêtez-vous. Dites-moi d'où vous venez.
D'où venez-vous ?
Où allez-vous ?
D'où venez-vous ?
Moi j'arrive du fond de la vallée pour vous trouver.
Laisse-nous passer, monsieur.
Une petite seconde.
Je ne vais pas vous manger.
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