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LES MILLE ET UNE NUITS
« La vérité n'est pas dans un seul rêve,
« mais dans nombre de rêves. »
Qui lance les enchères pour cette esclave, la dame des lunes ?
Personne ici ne masse mieux qu'elle :
ses massages de la tête
font dormir comme des loirs.
Ses massages aux jambes font bondir comme des chevreaux,
et comme dit le poète : « la masseuse
« est au-dessus des sages,
« et tient sous sa main
« les têtes des rois. »
500 dinars !
Moi 600 !
700 dinars !
Tu as entendu, dame des lunes ? Il offre 700 dinars.
Tu le veux pour maître ?
Sûrement pas cet homme poilu comme un singe !
Je la prends pour 800 dinars.
S'il était bon maître, Dieu ne l'aurait pas fait borgne !
Comment oses-tu ?
Maudit vendeur, qu'as-tu amené au marché ?
Je n'y peux rien. Le patron lui permet de choisir son acheteur.
Mille dinars.
Qu'attends-tu ? C'est un prix de roi ! Tu veux bien de ce vieux ?
Tu as là un bâton en cire molle !
Quand tu dors, il se lève,
et quand tu te lèves, il dort. Dieu aie pitié de qui est près de toi !
Vendeur !
Tu oses amener une esclave
qui se moque de nous et nous humilie
ouvertement
par ses idioties !
Excusez-moi encore !
Je ne veux être vendue
qu'à ce garçon là-bas !
A moi ?
Mais ce garçon n'a pas un sou !
Tu es sûre ?
Lui seul sera mon maître, car il a les joues lisses
et ses beautés éblouissent.
Allons ! Courage, monsieur !
Achète-la, puisqu'elle t'a choisi.
Viens,
avance, elle est à toi !
Prends ma main, emmène-moi dans la petite rue.
Prends cette bourse.
- Ensuite ? - Donne mille au vendeur.
Avec le reste, loue une maison dans le quartier des charpentiers.
Pas là, idiot... pas comme ça.
Je ne sais pas y faire, aide-moi.
Cesse de jouer, Barsoum. Viens là !
Viens là, vite !
Noureddine, réveille-toi. Viens !
Qu'y a-t-il, mon amour ?
C'est toi qui l'as fait ? Tu as travaillé toute la nuit ?
Regarde !
Porte cette toile au marché et vends-la
200 dinars.
Mais écoute bien :
ne la vends pas à un homme aux yeux bleus.
A aucun prix, tu as compris ?
J'ai peur que quelque chose nous sépare.
Je suis en sueur. J'ai comme une ombre dans le coeur.
Je suis là, sois tranquille.
Regardez comme c'est beau !
Ce n'est pas beau, monsieur ?
C'est le travail de mains habiles. Qui l'a fait ?
Une esclave qui tisse pour moi.
Je veux l'acheter.
Je pourrais vendre l'âme qui est dans mon corps.
Je plaisante ! Prenez cette toile.
Et donnez-moi 200 dinars.
J'en offre 1000.
Je ne peux la vendre à un homme aux yeux bleus.
C'est une affaire ! Tu serais bête de refuser.
Donne-moi les mille dinars, mais reste à l'écart !
Chrétien, tu me suis comme un chien.
Je veux seulement quelque chose à manger.
Il n'y a rien ici, va-t'en !
Qui refuse à manger est ingrat envers Dieu.
Qu'y a-t-il ?
Qu'est-ce que tu lis ?
Ecoute :
« Mon oeil la vit, pour mon malheur,
« et je fus pris d'angoisse à devoir la quitter. »
Poètes de ma cour !
Voyons s'il est vrai que les poètes savent parler
des choses qu'ils n'ont pas vues.
Faites-moi une poésie qui commence ainsi :
« Mon oeil la vit, pour mon malheur,
« et je fus pris d'angoisse à devoir la quitter. »
Toi, Sioum !
Mon oeil la vit, pour mon malheur,
et je fus pris d'angoisse à devoir la quitter,
la gazelle qui fit de moi
son prisonnier à l'ombre de deux palmiers.
Elle versait sur elle l'eau d'un vase d'argent.
Elle me vit et se cacha le pubis
mais il débordait de ses mains.
Puissé-je rester au-dessus, une heure ou deux !
Je passai près de deux jeunes gens et dis :
« Je vous aime. »
Et eux : « Tu as de l'argent ? »
Je répondis : « Je les dépense avec plaisir. »
Alors, ils s'écrièrent :
« Affaire conclue ! »
Regarde là-bas ! Qui sont ces trois-là ?
Je peux vous lire mes vers ?
Je les ai écrits il y a longtemps, quand j'étais jeune
à peu près comme vous.
Un homme chargé d'ans avec des désirs jeunes
aime avec passion les beaux garçons.
Le matin il se lève, dans l'esprit de Mossoul.
Cité de la pureté ! Mais il ne rêve, tout le jour,
qu'à la vie pécheresse d'Alep.
J'ai quelque chose à vous proposer.
On t'écoute. Parle.
Si vous n'avez rien à faire, venez chez moi.
C'est plein de bonnes choses.
Vin précieux, porté par les frères du monastère !
Viandes d'agneau et toutes sortes d'oiseaux.
Mangeons, buvons...
puis, vous trois, prenez plaisir l'un avec l'autre
et si vous voulez, ensemble, donnez-moi du plaisir.
Nous sommes d'accord.
Allons !
La plus grande joie est celle du jeune buveur
qui a de beaux garçons pour compagnons.
L'un chante pour lui, l'autre lève son verre à sa santé.
Et quand il veut le baiser d'un autre, cet autre lui donne sa bouche.
Pourquoi tu n'écris pas une poésie pour chacun ?
Je paierais de ma vie
la douceur de cette joue parce qu'aucune somme ne la vaut.
Béni soit celui qui a fait ces joues sans poil
et y a répandu
cette couleur où affluent toutes les beautés.
Si mon esprit est tranquille dans ce village, mon coeur
est attiré par deux désirs :
un amour me pousse vers le minaret de Bagdad...
et un amour vers la terre des deux mosquées.
Comment t'appelles-tu ?
Mon nom est Berhane.
- Quel âge as-tu ? - Quinze ans.
Tu es marié ?
Non et je ne pense pas que je me marierai.
Les femmes t'auraient fait du mal ?
Non, mais j'ai lu qu'elles étaient perfides.
« Le paradis se trouve dans leur sein et la lune,
« dans le ciel, surplombe leur colline. »
Tu trouveras cela aussi dans les livres.
Par nature, les femmes trahissent n'importe qui.
Elles se peignent les cils,
se teignent les doigts, se tressent les cheveux
et t'en font voir de belles.
Je te propose quelque chose :
tu veux venir à ma cour ?
Oui, merci, mon seigneur !
Comment tu t'appelles ?
Giana.
Quel âge as-tu ?
Quinze ans.
Tu veux venir avec moi ?
Avec plaisir.
Allons !
Tu perdras ton pari, Zeudi.
La fille dont tu parles
est un vase d'urine à côté de mon rameau de myrte.
Inutile de débattre de qui est plus beau.
On leur a donné deux narcotiques différents
pour les réveiller à des heures différentes.
Ils se jugeront mutuellement.
Nous, nous ne serions jamais d'accord.
C'est sûrement elle la plus belle.
Regarde-la !
Tu te trompes. Le plus beau, c'est lui.
C'est l'amour qui en décidera.
On va les réveiller.
Si l'un tombe amoureux de l'autre, c'est qu'il est moins beau.
Car c'est toujours le moins beau qui aime le plus beau.
Bon, laissons l'amour en décider.
Ce que Dieu veut arrive. Ce que Dieu ne veut pas n'arrive pas.
Personne n'a gagné.
Ils s'aiment autant l'un que l'autre.
Ils sont le miroir l'un de l'autre.
Deux pleines lunes dans le même ciel.
Comment es-tu entré ?
Par la porte ou la cour, qu'importe ?
Tu me reconnais, Zoumourroud ?
Tu as osé dire
que mon membre ne se levait pas.
Voilà la punition que tu mérites.
Dieu te punira !
Sang de mon sang, Zoumourroud !
Où es-tu ?
Où es-tu ?
Quel est ton nom ?
Pourquoi tu pleures ?
Dis-moi ce qui t'arrive.
J'ai perdu mon esclave, achetée mille dinars.
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