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Je le jure devant vous et devant Dieu, que je ne resterai pas ici,
sur cette terre où mon frère est mort pour une goutte d'eau.
- Je pars en France. - T'es fou ?
Je vais en France.
Sois raisonnable. - Je m'en vais.
Et tes ancêtres ?
Tes enfants ? Je les laisse à Dieu.
Ta terre ? Elle est maudite.
- Et nos ancêtres ? - Et moi, Ali ?
Laissez-moi, je veux m'engager
Qu'est-ce qui te prends ? - Rien du tout.
- Et ta famille ? J'en ai plus !
- Et ta femme ? - Elle se remariera.
- Ta terre ? - Je te la laisse,
avec toute sa misère. Je veux m'engager
Donne-moi pour signer, monsieur.
Sois patient, Kouider. - Dieu va nous aider, c'est sûr.
Il ne va pas nous aider. Il se fiche de nous.
Ne blasphème pas.
Kouider, sois raisonnable. On a vu pire que ça.
Oui mais regarde cette terre, c'est juste une friche.
J'en ai marre d'avoir faim et de toute cette pauvreté !
J'en ai marre de la misère. Je n'en peux plus !
- Sois raisonnable. - Je ne fais que ça.
Et les enfants ? - C'est pour eux que je m'en vais.
Pour eux que je m'exile !
Mais regardez-vous. Regardez dans quel état je suis.
Ahmed, regarde-moi bien et écoute-moi.
Viendra le jour où on...
Où on...
CHRONIQUE DES ANNÉES DE BRAISE
J'ai encore perdu trois moutons.
Si cette sécheresse continue, on les perdra tous.
On va prier le saint du désert, peut-être qu'il nous écoutera.
LES ANNÉES DE CENDRE
Si Dieu ne nous vient pas en aide...
Ça sera encore une journée noire.
Vous avez fait votre devoir. Que Dieu vous bénisse.
Que chacun rentre chez lui.
Le reste est la volonté de Dieu.
Gardes-en un peu pour tes frères. On a tous soif.
Hey !
Boulakhras !
Réponds-moi. - Où as-tu trouvé cette eau ?
Chez les Ouled Sidi M'barek.
C'est surtout de la boue.
Si vous en voulez, dépêchez-vous. N'en reste qu'un fond.
Mais c'est à une journée de marche.
Fodil !
Fodil.
Les gars, je crois que ça a éclaté à Sellat.
Si c'est vrai, alors dans quelques temps, la pluie sera là.
Les gars, vous attendez quoi ?
Qu'Aissa nous prévienne.
Qu'il vous prévienne de quoi ? La pluie arrive.
Je la sens.
Alors Aissa, des nouvelles ?
J'attends.
Allons voir.
C'est ça. Je reconnais le bruit de l'eau.
Arrête avec tes balivernes. Allez, lève-toi.
Tu te prends pour un sourcier ?
Tu avais raison.
Je te l'avais dit, Ahmed.
Si ça éclate à Sellat, l'eau arrivera chez nous.
Regarde toute cette bénédiction, regarde, Ahmed !
Attends !
Regardez ! L'eau ne se dirige que leur côté.
Notre côté est complètement bouché.
Allons dégager notre côté du canal.
Ne touchez à rien ! C'est la frontière.
Comment peux-tu dire ça ? Toute l'eau va de votre côté.
Ce n'est pas de notre faute.
L'eau va où elle veut. C'est la volonté de Dieu.
Dieu n'aime pas l'injustice. On a droit à notre part aussi.
- Dieu est juste. - Obéissez,
ou ça ira mal pour vous.
Ça ne pourra pas être pire, espèce de tyran !
Regardez, il pleut.
Avance.
Allez, mettez le tapis.
Faites vite.
Asseyez-vous.
Qu'y a-t-il, ma tante ?
Dis-moi.
Ahmed, mon fils...
je suis venue...
pour une demande de mariage.
Je n'ai pas compris.
Ta sœur, Kheira, et ton cousin, Saïd.
Nous sommes une même famille.
Voilà, tout est sec.
Il n'y a plus une goutte.
Tous les ans, c'est pareil.
Suis-moi !
Où va-t-il comme ça ?
Prends tes affaires.
Said
parle à ton cousin, et fais-le changer d'avis.
Qu'est-ce qui t'arrive, Ahmed ? Sois patient comme nous.
Est-ce que tu es devenu fou ?
Tu baisses les bras ?
Tes affaires ? Je n'en ai pas.
- Ta terre ? Je n'en ai pas.
- Tes ancêtres ? - Je te les laisse.
Et leur bénédiction ?
C'est la cause de nos souffrances.
Ne pars pas, je t'en supplie
Sois raisonnable, Ahmed.
Je demande ta bénédiction, Cheikh.
Qu'y a-t-il, Ahmed ?
Tu n'es pas venu seul.
Ta femme, tes enfants...
C'est pour eux que je fais ça.
Tu vas couper tous nos liens.
Cette terre l'a déjà fait depuis longtemps.
Et tu es sûr de toi ?
Oui, Cheikh.
Alors va, tu as ma bénédiction ainsi que celle des ancêtres.
Demande à cet homme où habite ton cousin.
Ils sont arrivés.
Peux-tu me dire où habite Kouider Ben Amar ?
Ils sont arrivés les va nus pieds, les affamés et les vagabonds.
Ils sont arrivés.
Je t'en prie, indique-moi la demeure de Kouider Ben Amar.
De plus en plus d'égarés arrivent ici
croyant trouver le paradis.
Alors qu'ils ne font que s'enfoncer plus profond dans le sable.
Le seul repos, mes frères,
je vous le dis, sur Terre,
où vous serez loin du malheur et du calvaire,
c'est ici, au cimetière.
Combien
de bergers ai-je vu
chassant les mirages, espérant trouver des richesses.
Mais en réalité, ils se perdaient de plus en plus.
Voilà votre mirage, imprudents voyageurs,
où vous ne trouverez que de l'eau pourrie à boire.
Ils étaient libres et pauvres, les voilà devenus miséreux.
Suis-moi.
Le pauvre.
Ce n'est qu'un fou.
Fou ? D'accord, je suis fou.
Je suis différent.
Mais je sais ce que je dis et où se trouve ma maison.
Mais toi, sais-tu où vont dormir tes enfants ?
Suis-moi, je vais t'emmener chez Si Kaddour.
Allez
Voici la ville, faite de pierres, qui vous attire comme des mouches.
Tu pourras tout acheter, si ta bourse te le permet.
Voilà celui qui nous gouverne avec mépris.
La prison, où on te jettera si tu es pris.
Là, devant toi, le cruel
et intransigeant colonel.
Ici habite un homme qui ne dit que des insanités.
Cet arrogant passe ses journées
à insulter son peuple et à l'opprimer.
La caserne.
Le commissariat.
L'église et sa croix.
Leur Dieu, sur eux il veille, mais nous, il nous surveille.
Et voici notre ville. Regarde comment elle scintille
et vois ses habitants y vivent.
Pauvres mais fiers.
Voici notre paradis, qui rend les gens éblouis
avec tous ses soucis
Miloud ! Miloud !
Sa tristesse et son stress.
Miloud !
Calmez-vous ! Calmez-vous !
Admirez ce paradis.
Voilà les mouches ! Que de grâce, que de beauté
Ni morve, ni trachome. Mouche-toi !
Allez-vous-en !
Dégagez !
C'est valable aussi pour toi.
T'approche pas, espèce de cinglé.
Maman, oncle Ahmed est arrivé.
Viens saluer ton oncle.
- Alors, la récolte ? - "Très bonne" Comme d'habitude.
Toi.
Toi.
Et toi.
Toujours les mêmes.
Toi, approche.
Je ne t'ai jamais vu. Tu viens d'où ?
De la tribu des Ouled Abdallah.
Les voleurs d'ânes.
Prends sur toi et ne réponds pas.
Reste digne, même si tu dois marcher au pas.
T'as entendu ?
Et c'est un fou.
Je te paye pour travailler, pas pour t'asseoir à ne rien faire.
Lève-toi !
Y a pas de travail. Allez, dégage !
Bonjour.
Que Dieu te bénisse.
Allez, levez-vous !
Allez, debout, votre heure est arrivée.
On a besoin de vous.
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